18/10/2009

Pour Brigitte


Un moment de la vie de Marie
Brévent

 21 un moment de la vie...

                     Marie Brévent va mourir. Non! Ne pleure pas. La mort n'est pas triste à son âge. D'ailleurs, elle ne va pas mourir tout de suite. Peut-être demain? Ou dans six mois?

                 Parfois même, je me demande si Marie Brévent vit toujours,  à peine si elle se rend compte du temps qui passe entre le moment où le soleil se glisse entre les branches du hêtre, là, et celui où il allume les boules de cuivre de son lit, avant de se cacher derrière la colline. Elle reste des heures immobile, les yeux tournés vers le dedans. Des lambeaux de souvenirs s'accrochent aux buissons de son paysage intérieur, comme les oripeaux déchirés d'une fête ancienne : un éclat de rire... le baiser lumineux du soleil de juillet sur un plat de cerises... le crissement des skis sur la neige... des bribes de paysages... le bruit d'un torrent... la gifle glacée de l'eau sur son corps brun et ferme. Sa vie entière défile, coupée menu, macédoine de mémoire : pleine, féconde, créative, comme en témoignent ses mains, à présent gisantes sur son tablier gris. Vois, sous leur peau transparente et fine, papier de soie chiffonné, les petits chemins bleus où la vie coule au ralenti. Parfois comme un frisson agite ses doigts gourds. On dirait de doigts de dormeurs qui rêvent et se souviennent. Tout ce qu'ils ont touché depuis leur commencement les ont peu à peu façonnés. Aveugles petits bouts de chair bourgeonnant sur des embryons de mains, tendrement caressés par le liquide originel; petits doigts qui se crispent sur le sein maternel; mains avides de connaître, qui s'agitent malhabiles, explorent, pataudes, un fascinant univers. Expérience du chaud, du froid, de ce qui est rugueux: écorce, écaille; doux et velouté comme des feuilles neuves; râpeux comme la langue du chat, subtilement électrique comme son poil qui se hérisse.Terre grenue sous les doigts, sable fuyant, eau lumineuse, glaçon entre deux paumes serrées. Main-sens, mains sentiments : confiance des petits doigts perdus dans une main plus grande aux arrondis calleux ; tendresse d'une soudaine pression quand on se sent perdu au milieu du monde. Mains agiles, mains habiles, fil de laine qui glisse entre les doigts; crayon qui court sur le papier,  et les travaux innombrables accomplis tout au long d'une vie ;  mains qui se tendent vers d'autres mains, pour donner, pour aimer.

                  Dans un peu de temps, les mains de Marie Brévent vont mourir avec elle. Où vivra la mémoire de ce qu'elles ont fait? Quelle joue se souviendra de leur caresse? Peut-être diras-tu en voyant tel objet : c'est Marie qui le fit. Et puis un jours, quelqu'un dira : qui était Marie? Et il n'y aura personne qui pourra lui répondre. Ainsi d'une photo pâlie au fond d'un tiroir ou d'un nom sur la page de garde d'un livre.

                 Mais le souvenir a de multiples façons d'exister : il est des enfants dont on dit qu'ils ne ressemblent à personne : d'où leur sont venus ces yeux là, ce petit nez et ce sourire qui n'appartient qu'à eux? Quelqu'un « d'ailleurs » doit rire en contemplant son reflet sur leur visage!

                 Marie Brévent n'est pas encore morte, même si sa vie tient à peine à un souffle, comme la flamme incertaine d'une lampe à beurre, qu'un simple courant d'air peut  éteindre ou ranimer. Quand ses enfants vont la voir, à chaque fois, ils ont un choc en entrant dans la chambre : est-ce bien là leur mère ou une autre personne? L'ombre de l'ombre de quelqu'un qu'ils ont aimé? Ils la reconnaissent cependant à la façon qu'elle a de les regarder, comme si elle voulait les apprendre par cœur, trait par trait, pour se souvenir quand elle sera là-bas. Peut-être décidera-t-elle de mourir quand elle sera sûre de ne rien oublier d'eux! Quand les yeux fermés, elle pourra voir leur visage sans le moindre flou. Leur visage d'hommes et de femmes mûrissant mais aussi, à travers lui, tous les visages qui furent les leurs au long de leur vie, depuis le jour lointain où, émerveillée, elle a contemplé la figure minuscule et fripée de son enfant premier-né. Le jour lointain? Mais non, c'était hier. Contre sa poitrine, elle sent encore la chaleur du petit corps, la douceur de plumes des fins cheveux contre sa joue. Elle sourit de sa bouche édentée et contre elle se blottissent ses enfants tout petits et leurs enfants à eux, fraternellement mêlés.

               Ils sortent de la chambre l'un après l'autre, songeurs. Nous reconnaît-elle encore? Mais à chaque fois, quelque chose de chaud et doux les traverse. Ils ne savent pas que c'est leur corps qui se souvient. Quand Marie Brévent mourra, ils seront orphelins, tout grands soient-ils, eux qui ont déjà passé le milieu de leur vie.

 Tu m'ennuies! Tu écris des choses tristes...

Mais non, voyons! La mort n'est pas triste. Si tu aimes la vie, tu dois aimer la mort qui en est la chute naturelle. Comme se suivent les saisons, ainsi les âges. Et combien trouve-t-on le printemps merveilleux après un long hiver!

               Quel mystérieux printemps se prépare là-bas pour Marie? Car elle va mourir bientôt. La chose est sûre. Elle a peine à marcher du lit au fauteuil. Elle oublie son repas sur un coin de la table. Silencieuse, les yeux ouverts sur ce que nous ne pouvons voir, elle poursuit au long du jour son rêve immobile.

« Marie, Marie, resteras-tu sans rien faire jusqu'au soir? Ne vois-tu pas le soleil faire des clignettes entre les feuilles? Resteras-tu dans ta chambre par ce beau jour? »

            "Qui parle de la sorte? Je suis Marie Brévent, je suis très vieille et je vais mourir. A peine puis-je me tenir sur mes jambes, si maigres que la peau se décolle et pend, comme des bas sans élastique."

              « Tu veux rire, Marie! Prends-moi la main. Courrons au jardin désert. Vois, la grille est ouverte et le chemin nous fait signe... Il nous conduit vers le bois aux délicieux mystères. Sous leur chapeau pointu, les sapins se promènent immobiles, à travers des rêves confus de futurs improbables. Sous tes pas, le sol couvert de mousse, plie comme du caoutchouc. Le lumineux printemps pétille dans l'air comme des bulles. Au sous-bois, le faon hésite sur ses jambes peu sûres et le lapereau étonné, au sortir du terrier, cligne de l'œil au soleil de mai. »

               "Quel pouvoir as-tu, toi qui m'entraîne? J'ai dix ans de nouveau et des cheveux de lune. Comme elle est loin de moi cette Marie Brévent si vieille, qui meurt à petits pas dans sa chambre close! Par les sentiers, nous courrons, sauvages et libres, comme les bêtes du bois. A travers les relents de la dernière averse, l'odeur des champignons se faufile. Dans les flaques immobiles, les jeunes fougères mirent leur crosse d'évêque parmi les reflets bleus et blancs du ciel qui dérive à nos pieds. Je regarde à l'envers et je ris, prise de vertige entre deux univers."

 Ainsi, Marie Brévent au bord de sa vie.Où est le haut, où est le bas? Où est le rêve, où est la réalité?

            "Hélas, tu m'as oubliée au milieu de la chambre et je me noie sans bruit dans le fond dérisoire d'un verre d'eau. Où es-tu, petite fille aux cheveux de lune? Le soir descend derrière les carreaux. Un oiseau chante tristement. Verrai-je encore l'aube? Sur le jardin désolé sont passées les saisons de ma vie: le printemps, si loin, et l'été des jours heureux, l'agonie de l'automne et la mort de l'hiver qui hurle dans les branches nues.

                Pesamment, Marie Brévent s'est assise. Un poids l'oppresse, fait d'angoisse et de solitude. Le miracle tout à-coup vient de cette main dans la sienne: petite et menue entre ses doigts tremblants.

                " Ne crains rien Marie, ma sœur, mon amie. La mort est un éclat de rire. »

                Si tu vois Marie Brévent dans son fauteuil près de la fenêtre, tu peux croire qu'elle dort toute la journée, les yeux ouverts. Elle est là... et elle n'y est pas. Elle a dix ans au jardin de novembre. Le vent la soulève comme une plume au milieu des feuilles. Elle s'envole par-dessus les barrières comme Mary Popins. La réalité (quelle réalité?) ne l'atteint plus que par instant.

                  Par la magie d'une petite fille, Marie Brévent n'a plus peur de mourir. Elle vit mille choses impossibles. Hier, aujourd'hui, demain se mélangent. Ceux qui la soignent avec bonté pensent qu'elle déraille. Ils ne savent pas qu'elle essaye simplement de mourir sans se cogner la tête en sortant.

            Sagement la petite fille s’est assise sur le lit.

« On est bien dans ta chambre, Marie. Dehors, décembre se traîne, nu et mouillé. Tu entends la pluie qui frappe au carreau? C'est joli comme une musique. Raconte-moi une histoire... "Il était une fois... "

                  Et les enfants de Marie Brévent sont assis en rond autour d'elle. Ils ouvrent tout grand leurs yeux pour mieux voir l'Oiseau-Mage qui traverse la chambre avec un bruit de soie. Vite! La princesse a frappé dans ses mains. Dans la pomme d'or sont rentrés pêle-mêle, l'oiseau, le château blanc, la colline et les enfants avec leurs grands yeux ronds.

                    Ferme les yeux et savoure à ta guise les choses que tu as aimées: le lait chaud, les tartines et le miel, la crème sur les fraises, le jus des cerises, les pêches savoureuses, la peau étoilée des pommes rouges que tu faisais briller sur la manche de ton tablier, et les gâteaux d'anniversaire...  Tu te souviens des goûters de communion? A quelle tarte veux-tu encore goûter, Marie? Tartes aux prunes, aux abricots, rondes comme des roues de charrette, ou la "Doreye" de chez nous, aux riz et macarons? Tu ris, Marie, et tu manges en n'y pensant pas, la fade nourriture, au long des jours lugubres.

               La porte s'est ouverte et sans bruit, sur son cheval, la prince est entré. Il emporte Marie. Par la fenêtre, la petite fille aux cheveux de lune leur fait de grands signes.         

Quel âge as-tu Marie?

 Tous! Tous les âges sont bons pour aimer. Et de toi, mon petit prince, j'aime tous les visages.

              Sais-tu quel âge a cette vieille, assise à sa fenêtre?

Elle a vingt ans entre les bras de celui qu'elle aime. Sur le grand lit défait, ils sont couchés, main dans la main. Sous les draps froissés, on devine leur deux corps nus, tendres et apaisés...Le soleil de juillet brille entre les rideaux tirés que le vent doucement agite, tandis que la vie au plus profond d'elle-même commence d'exister.

                 Marie Brévent ouvre les yeux sur le demi jour de la chambre : Son fils est là, devant elle; celui qu'elle vient de faire avec son jeune mari. Elle rie de tout son coeur. Cela fait un drôle de bruit, à mi-chemin entre le hoquet et les sanglots. Son vieux torse maigre en est tout secoué.

             "Je n'ai pas rêvé, dit Marie. Dieu merci, je n'ai pas rêvé."

               Non, Marie Brévent n'a pas rêvé sa vie. Dieu merci, elle l'a vécue, pleinement, je dirais: en connaissance de cause. Elle ne sait pas, Marie, comme il est rare de vivre ainsi les yeux ouverts, de jouir de chaque instant, de savourer, sucer, mâcher le temps avant qu'il  ne passe. Cela fait mal, parfois, diras-tu. Si tu jouis intensément de tes joies, si petites soient-elles, ne vas-tu pas souffrir intensément de la moindre égratignure?

                  C'est vrai, tu as raison, mais Marie aime assez la vie pour la porter dans ses bras comme un enfant. Un enfant aussi fait parfois souffrir. Voudrais-tu n'en pas avoir?

                   Pourquoi Marie Brévent vit-elle toujours dans sa chambre close? La sombre mort hésite, qui la tient dans sa main, fragile, prête à l'écraser comme l'oiseau entre les mâchoires du chat. Le temps s'écoule sur la pointe des pieds pour ne pas déranger. Assise entre deux vies, elle flotte entre des réalités parallèles qui se rapprochent, s'éloignent et s'entrecroisent comme un ballet au ralenti.

             Marie qui a tant pensé aux autres, n'a soudain plus qu'elle pour meubler ses pensées. Elle se regarde et ne se reconnaît pas. Fallait-il qu'elle atteigne les portes de la mort pour voir enfin son propre visage?  Elle regarde avec étonnement cette vieille, assise à sa fenêtre. Elle voit ses cheveux comme une auréole autour de sa tête, son visage plein de bonté, ses yeux clairs encore vifs sous les paupières tombantes, et ce demi sourire qui flotte entre deux rides. Pas le sourire mystérieux de la Joconde. Un sourire tout simple qui est là comme chez lui, qui restera le dernier signe visible de Marie.

            Comme le sourire du chat de Chester, on ne verra plus que lui quand Marie Brévent aura passé la porte du non-visible. Il flottera encore longtemps entre les murs de la chambre quand elle sera partie....

           Dehors, le jardin de l'hiver est mort sous la neige.

          Marie Brévent se prend d'amitié pour la vieille qui la regarde. Elle se demande, quand sortiront les crocus, si elle sera toujours là pour les voir. Un attendrissement l'étreint qui lui fait venir les larmes. Ainsi aura vécu Marie, pour mourir dans la solitude.

          Mais n'est-on pas seul, en réalité, dès le moment de sa naissance? Préoccupée  des autres, Marie n'y avait jamais pensé. Songeuse, elle regarde l'hiver se promener à pas feutré dans le jardin dépouillé. Un grand désir de printemps envahi son vieux cœur. Hélas! Ses forces la quittent et le brouillard l'entoure. Fallait-il qu'elle arrive si loin sur le chemin pour se perdre?

                 Marie Brévent va mourir. C'est une question d'heures, peut-être de minutes. Pauvre chose légère, elle repose sur son lit trop grand. Pas un pli sur le drap où sont posées ses mains blanches. Un rauquement sort de sa poitrine. Ses yeux, étrangement, sont grands ouverts et brillent. Dehors, le brouillard, lentement s'étire et s'effiloche. Une lumière diffuse le traverse et le rend irréel. Peu à peu, les formes des choses émergent: les arbres scintillants de givre, la barrière, le chemin, puis la forêt au loin, où s'accrochent aux sapins des écharpes grises et la colline, enfin, inondée de lumière. A la demande de Marie, on ouvre la fenêtre. Plus rien, en ce dernier moment, ne peut lui faire de mal! Un air léger pétille.

           " Ça sent le printemps, " dit quelqu'un. Peut-être Marie? Non. Pour Marie Brévent, tout est fini.

              Sur le grand lit, son corps menu pèse à peine. Pour elle aussi le brouillard a disparu. Ses yeux se sont ouverts sur un paysage nouveau. Marie Brévent, petite fille aux cheveux de lune, a quitté sa robe chiffonnée. Par la fenêtre ouverte, elle s'élance en riant vers un printemps que tu ne connais pas.

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11:37 Écrit par Marie-Claire Schùermans dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

16/10/2009

Le voyage à Copenhague

Voyage à Copenhague

 

Grand Prix de la Nouvelle 1983 de « Femmes d’Aujourd’hui » Prix du Jury. Publié dans le magazine.

 

Un jour, j'ai quitté ma maison pour aller à Copenhague

 

I

l faut d'abord que tu saches comment c'était chez moi,  comment c'est resté dans ma tête.

Imagine une maison avec les portes et les fenêtres ouvertes sur le dehors, sans clé et sans rideaux.

La lumière de "l' Ailleurs" y rentre à flots.

Celle du "Dedans" attire les enfants perdus, les gens tristes, les solitaires.

Ceux qui entrent ne le regrettent pas, ils sont attendus. Ils reçoivent ce qu'ils sont venus chercher, sans   qu'on leur pose de questions. Il y a toujours un lit quelque part pour celui qui est fatigué, une oreille attentive pour écouter n'importe  quoi ; l'affamé se pousse avec nous autour de la table, une table longue, longue et des enfants nombreux : "Tes fils comme des plans d'oliviers...". Ils sont  tous grands.

Ils parlent, rient, se chamaillent.

Et moi, petite souris entre papa et maman, je regarde et j'écoute.

Papa partage et distribue la nourriture : c'est la guerre.

S'il vient quelqu'un de plus, la part dans les assiettes est plus petite. Mais celle du cœur...

Parce que, tu vois, l'amour, l'amitié, plus on donne, plus on en a. J'ai appris cela chez moi, dans ma maison, il y a longtemps.

 

 

Et pourtant, un jour, je suis partie pour Copenhague.

 

I

magine encore, s'il te plaît: il y a du monde partout, dans toutes les pièces. Si je veux être seule, je me cache en dessous du piano à queue. J'y reste des heures, avec ma poupée, à raconter des histoires dans ma tête. Je les lui chuchote à l'oreille.

Elle ne comprend pas, mais cela m'est égal. Mes histoires sont pour moi.

Parfois maman joue du Bach.  Je retiens mon souffle et je mets les mains à plat sur la caisse pour entendre même avec mes doigts. C'est merveilleux.

Je vois les pieds de maman sur les pédales. Je me souviens très bien de ses souliers bruns à lacets, et des bas de soie sur ses jambes.

Ne dis rien.

Je sais bien ce que tu penses: j'aurais dû sortir de là‑dessous et regarder, la couleur de ses yeux,  la courbure de son nez, la forme de sa bouche, la façon qu'avaient ses paupières de tomber un peu sur le côté pour lui donner des yeux qui descendent, tu vois, comme les miens.

Regarder pour me souvenir, pour apprendre par coeur, par coeur, tu comprends ?

Pour quand je serai si loin d'elle, là‑bas, à Copenhague...

Mais je ne l'ai pas fait. je ne me souviens que de ses souliers, seulement de ses souliers.

 

Imagine, je t'en prie: ici, c'est la guerre. Tu ne l'as pas connue. Tu ignores la peur de l'effrayant inattendu.

En fait, l'inattendu, c'est amusant.

Pas à ce moment: il a la couleur grise des uniformes, le bruit des bottes, le sou­rire disparu d'une petite fille avec une étoile jaune. Il crie dans une langue inconnue, sonne à la porte après le couvre‑feu : qui est‑ce? le fugitif que l'on recherche? ou bien celui qui va le trouver?

 

Et puis, le nuit, il y a des avions. Ils font un bruit de chat qui ronronne. Quand je dors, je ne sais pas bien si ce sont des avions, le chat ou mon ventre qui gargouille. Quand la sirène mugit, la peur commence à sortir. Elle dormait au fond de moi comme un bébé sage.        

 

Elle sursaute et me mord, en avançant dans ma poitrine et dans ma gorge. Elle s'y roule en boule et m'étouffe. Elle empêche mes cris de sortir. Alors maman m'emmène à la cave avec une couverture.

Nous nous serrons dans les alcôves vides de bouteille, jusqu'à ce que l'alerte soit passée. Les autres enfants, ceux qui sont grands, partent sortir les gens des décombres des quartiers détruits.

Papa prépare sa trousse pour soigner les blessés. Je me coule prés de maman, dans le grand lit, en attendant qu'il revienne me déloger.

Imagine comme je suis bien. Non c'est impossible à imaginer. Qui d'autre aurait l'idée de se faire peur pour rire? Rien que pour se sentir immédiatement et pleinement rassurée par sa seule présence.

Je lorgne les ombres inquiétantes entre le mur et l'armoire. Elles avancent vers moi comme le diable et je ris silencieusement quand elles se rencognent sans pouvoir m'attraper. J'ai presque envie d'une autre alerte.

 

Qu'est  ce que je ferai s'il y a des alertes à Copenhague?

 

N

e crois surtout pas que j'ai pleuré sur le quai, quand le train est arrivé. J'aime partir. J'ai toujours aimé partir. Je suis très bien ici, mais c'est plus fort que moi. Il me faut voir autre chose. Qu'y a-t-il derrière le mur? Et derrière la colline? Et plus loin?

A certains suffisent la beauté de la colline, le vert des sapins, celui des prairies émaillées de vaches.

Et l'ombre des choses qui change et s'allonge au long des heures, des jours et des saisons. Moi je voudrais partir avec le soleil quand il se couche pour le voir se lever sur un autre horizon.

C'est pourquoi j'ai dit oui tout de suite pour ce voyage à Copenhague. Je ne savais même pas où c'était. Je ne connaissais du Danemark que les contes d'Andersen. Je me voyais partir, vilain petit canard, rester longtemps et revenir, ô merveille! Si grande que les autres enfants de la maison ne me reconnaîtraient pas à la descente du train : "Est-ce elle, notre petite sœur?  Mais oui, bien sûr!"

Maman, seulement maman ne serait pas étonnée. Et pourtant... je suis sûre qu'elle ne se doutait pas que je changerais à ce point. C'est trompeur le temps. Tu pars pour une année... tu as dix ans, des cheveux mal peignés, une jupe écossaise trop courte et voilà... Quel âge as-tu quand tu reviens?

 

Je crois que j'invente des choses, à présent. Où est le vrai, où est l'autre, faut-il dire le faux? Et qu'est-ce qui est vrai et qu'est-ce qui ne l'est pas? Ai-je eu vraiment une mère? Et alors, pourquoi est-ce que je ne m'en souviens pas? Ou bien serais-je la seule à m'être trouvée là brusquement quelque part sur la terre, sans sortir du ventre d'une femme? Tu sais, comme les enfants imaginent la naissance du petit Jésus : un moment, il n'y a rien dans la crèche et l'instant d'après, le temps de cligner les yeux, le voici tout rond et rose comme un petit cochon, qui sourit en tendant les bras.

Imagine-moi à Copenhague, et les gens me demandent qui est ma mère et comment elle est? Comment veux-tu que je réponde? Quand je ferme les yeux, je vois seulement des souliers qui appuient sur les pédales du piano. Ce qui me rassure tout de même : quelqu'un qui a des souliers existe, je suppose.

Tu vois comme j'y tiens, à maman. A croire que je ne peux pas respirer sans elle.

Et pourtant, je suis partie souvent, oh, pas loin. A gauche, à droite, dans la famille. Je pars en riant. Je t'ai dit comme j'aime ça. Le bruit du train, la vapeur qui sort en sifflant quand la locomotive attend en gare, le marchepied noir, l'odeur du wagon de bois, les portes qu'on ferme, le "Sois sage" qu'elle doit me crier depuis le quai, (toutes les mamans disent cela à leurs enfants quand ils s'en vont); le sifflet et le halètement du train qui part. Et puis je dodeline de gauche à droite en regardant monter et descendre les fils électriques sur le fond du paysage qui fuit. Je suis comme un chien qui a une laisse à enrouleur. Tu connais? Il court à perdre haleine. Il ne sent rien. La laisse se dévide, il est heureux, s'il pouvait le faire, il rirait (peut-être rit-il à sa manière?) Puis hop! Un coup sec. Il est arrivé au bout. Aussi longue soit la laisse, il faut qu'elle ait un bout. Le chien doit s'arrêter et suivre le fil qui se rebobine pour revenir près de son maître (Tout à coup, je me demande ce qu'il ferait si le maître n'était plus là, côté bobine).

 

Le fil qui me relie à maman est de longueur inégale.

Parfois je pars, je reste longtemps là-bas et cela ne me fait rien.

Comme au temps où j'allais à l'école chez ma tante, à la campagne. C'était la guerre, je te l'ai dit. Là, il y avait l'abondance des jours heureux oubliés! Du pain blanc, des œufs, du lait... Et le cochon Adolf qui mourut sans un cri, étouffé par une écharpe autour du groin. Sans compter les lapins innombrables que je gavais de feuilles de choux et les poules sans tête qui fuyaient vers les jardins voisins, dans un dernier sursaut. Je leur courais après dans les groseilliers. Je faisais mille sottises avec ma cousine Suzon.

Un jour, j'ai jeté le chat du haut du toit pour voir s'il retomberait sur ses pattes...

(si cela t'intéresse, il l'a fait, effectivement, et n'a reparu de deux jours à la maison dans sa frayeur).

Bref, c'était le paradis.

Mais il a fallu prendre le train du retour, dare-dare, malgré les bombardements et la disette en ville, le moment où je n'ai plus supporté d'être loin de maman. Le fil s'était sournoisement enroulé, sans que je m'en aperçoive. Je l'ai su quand j'ai dormi si fort et si tristement que je me suis oubliée dans mon lit.

D'autres fois, le fil est très court. Je rentre de l'école en courant. Malheur à moi si elle n'est pas à la maison. Je l'attends sur le seuil, sans bouger, ma mallette au pieds, mon caban sur les épaules. Rien, ni personne n'y peut.

 

Et pourtant, un jour, je l'ai quittée pour aller à Copenhague.

 

A

fin que je les oublie pas, tous les enfants de la maison m'ont donné des cadeaux. Penses-tu! Comment aurais-je pu les oublier? De leur part, cela aurait été plus vite fait.

Ne t'y trompe pas : ils m'aimaient. J'étais leur "chose" leur petite sœur. Mais j'aurais aimé être "quelqu'un" pour eux. Il aura fallu encore et encore du temps pour en arriver là!

Mais voilà, depuis ma naissance, ils s'occupaient du bébé que j'étais. Un bébé, est-ce vraiment quelqu'un? C'est un objet, bruyant peut-être, mais un objet. On le change, on lui donne à boire, on le met ici et là. Qui lui demande son avis? Peut-être qu'il sait lui qu'il est quelqu'un. Qui s'en soucie? Maman était malade, souvent, et fatiguée. La petite suivait les autres qui la prenaient partout avec eux pour que maman se repose. A six mois, j'ai failli me noyer dans la Meuse. Un des enfants m'avait mise dans une périssoire, tu sais, ce kayak minuscule et instable; et, tu ne me croiras pas, un jour ils m'ont même amenée sur le toit. J'avais quatre ans. Le pli était pris. Et pour longtemps. Quand je serai à Copenhague, ils seront étonnés que quelque chose leur manque, un peu comme un moustique qui vous a agacé des heures et qui disparaît soudain Dieu sait où.

 Vous le cherchez un moment et puis vous n'y pensez plus. Tu crois que j'exagère? Je me le demande, à voir leur attitude envers moi quand "cela" est arrivé. Ils n'ont rien compris. Peut-être est-ce mieux comme ça. Moi, je les regardais, je les admirais, je les aimais, je subissais leurs caprices, leurs gentillesses et leurs taloches, presque sans me plaindre. Ils étaient mes dieux tutélaires. Sans eux, la maison m'aurait semblé insupportablement calme et ma vie sans piment, je pourrais te raconter avec tendresse jusqu'à demain des choses sur eux. Leurs noms étaient pour moi comme une litanie. Je les récitais tout bas, les uns après les autres, comme un Tibétain récite "Mani". Je voulais, j'espérais, je désirais leur ressembler, être quelqu'un parmi eux, être l'un d'eux.

 

C'est pourquoi, j'ai voulu partir à Copenhague.

 

 

C

'est amusant de faire sa valise. Je la regarde, ouverte comme le bec immense d'un oisillon géant. Elle engloutira bientôt mes trésors, avec appétit d'abord, puis à la limite de l'indigestion. Je vais la gaver comme une oie. Je prends quoi? Ceci? Cela? Mes pauvres habits usés, rapiécés font un tas triste dans un coin. N'oublie pas que c'est la guerre, même si elle touche à sa fin.

 

 Et tous les autres enfants ont mis avant moi ces choses, parfois sous une autre forme : avec des morceaux d'une robe, on taille une jupe; et ainsi de suite, jusqu'au mouchoir.

 Je choisi les moins miteuses. Je me console à l'idée que "là-bas", c'est un pays de cocagne. Les gens qui m'ont invitées m'offriront peut-être des vêtements neufs, qui sait?

Et je mangerai  là, ces fabuleuses délices dont seul le nom m'est familier : chocolat, banane, orange...

Il est possible que maman supervise ces préparatifs. Je ne sais pas. Je ne sais plus.

Encore une fois, elle est malade.

Enfin, j'ai tout casé. Ma poupée chérie sera du voyage. Elle dort en rond, entourée de chaussettes. Et les cadeaux des autres enfants se cachent dans les replis des pulls et des chemises. Là-bas, je les alignerai dans ma chambre (en effet, tu n'en croiras pas tes oreilles : j'aurai une chambre pour moi toute seule), je les alignerai, dis-je, et je mettrai leurs noms dessous, en lettres rondes et belles.

La valise est fermée. Gonflée comme elle est, et serrée dans une large courroie, on pourrait croire qu'elle a mal aux dents. Je la regarde en me demandant si je n'oublie rien. J'oublie quelque chose et je ne le sais pas encore. J'oublie le fil.

 

 

 

Je pense à ces gens, à Copenhague, quelle langue parlent-ils? J'irai à l'école là-bas. Je suis tellement contente de partir que cela m'est égal, même s'ils parlent chinois. J'arriverai bien à le parler aussi. Il paraît que Copenhague est si loin qu'il faudra dormir dans le train. Tu te rends compte? Cela ne m'est jamais arrivé.

 

Enfin, enfin, j'ai quitté ma maison pour aller à Copenhague.

 

L

es autres enfants m'ont dit au revoir. Ils avaient l'air tristes de me voir partir. Je suis bien tranquille. Cela ne va pas durer. Ils ont l'air étonné que je ne pleure pas en embrassant maman dans son lit. Pourquoi pleurer? Dans un an, je reviens. Ce n'est pas si long! Au fond, que sais-je au juste de la longueur du temps? J'apprendrai bien vite que ce n'est qu'un élastique avec lequel on peut jouer, se prendre les pieds, sauter, tirer et se faire mal, parfois. Comme ce jeu qui fera fureur quand mes filles auront dix ans à leur tour. Papa m'a embrassée, sans dire un mot. Ah, si tu avais vu ses yeux! Comment n'ai-je pas compris?

 

Mais je pars à Copenhague et plus rien d'autre ne compte.

 

Je monte dans le train, toute seule. Pas dans celui de Copenhague. Celui-là, il part demain de Bruxelles. Je logerai ce soir chez une tante.

Maintenant, je ne sais pas si je vais continuer à écrire au présent. Peut-être vaudrait-il mieux employer le passé. Ne me regarde pas comme ça. Je sais, je tourne autour du pot. Du trou, je devrais dire. Dommage que je ne sois pas tombée dedans... Mais ce n'est pas un trou dans lequel on tombe... Je ne peux pas employer le passé, parce que ce passé-là, il sera toujours présent.

 

N'imagine plus. Tu ne pourrais pas. Ecoute seulement : le train de Copenhague vient d'arriver en gare. Sur le flanc des wagons, il y a des instructions :

 

"Train spécial à destination de Copenhague, Malmö, Stockholm".

 

Tous ceux qui vont y monter sont des enfants invités là-bas pour un an, comme moi. Tous sont petits, mal habillés, pâles. Ils en ont vu de toutes les couleurs au long de cette interminable guerre. Ils reviendront transformés, joufflus et roses, si grands qu'on aura du mal à les reconnaître.

Partout ils courent et se bousculent. Les parents les regardent entrer  et sortir des wagons. Ils tentent de les calmer. Ils crient et distribuent des gifles aussitôt suivies de longues embrassades. Les moniteurs se démènent avec des listes de noms. Les enfants inscrits ne sont pas là et ceux qui sont là ne sont pas sur les listes.

 Quand on a retrouvé les premiers, les moniteurs ont perdu leur papier dans la cohue. C'est à devenir fou.

Je les regarde sans les voir. Je suis déjà installée dans le train, à cette place près de la fenêtre que je vois depuis le quai. En pensée, le train démarre, il est parti.

 

Je suis partie pour Copenhague.

 

J

e monte enfin, ma tante porte la valise. Elle la met dans le filet. Des enfants s'agitent autour de moi. Ils se lèvent sans cesse et vont voir à la fenêtre. On crie des noms, encore. Je ne sais pas si je suis sur une liste. Cela m'est égal. Je pars. Tout à coup, on crie mon nom. Pourquoi, puisque je suis déjà dans le train? Je regarde vers le quai. Ma tante est toujours là. Elle pleure. A côté d'elle, je vois mon frère. Que fait-il ici? Il essaie de me dire quelque chose. Je n'entends pas : je vois les mots sur ses lèvres. Comme un automate, j'ai retiré ma valise et je suis descendue du train. Je n'avais jamais vu pleurer mon frère. Il veut encore parler. Je me bouche les oreilles et je ferme les yeux. Je ne veux pas savoir ce que je sais déjà : le fil que j'ai oublié s'est cassé, et il n'y a plus personne qui tient la bobine : à sa place, il y a un trou. Le trou... Un trou rempli de vide. J'ouvre la bouche pour crier. Et puis je la referme.

Le cri est parti remplir le trou. Il s'y roule en boule et n'en sortira pas, parce que le trou est à l'intérieur de moi et que j'ai refermé la bouche. Je l'ai si bien refermée qu'ils vont tous croire que je suis trop petite pour comprendre.

 

Le train de Copenhague est parti sans moi.

 

M

ais cela m'est égal. Je n'ai plus besoin d'y aller pour grandir. En une minute, j'ai fini mon long voyage.

En une minute, je suis devenue grande, même si j'ai toujours l'air d'avoir dix ans, avec ma jupe écossaise trop courte, et mes nattes mal peignées.

16:59 Écrit par Marie-Claire Schùermans dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

15/10/2009

Qui suis-je?

Bonne question! "Connais toi toi même" disait Socrate. Je vais essayer. Mon nom : Marie-Claire , je suis mariée et nous avons quatre enfants et 11 petits-enfants. Mon âge?  Tous les ages, voyons! J'ai une mémoire étonnante. En fermant les yeux je peux revivre n'importe quel moment de ma vie. C'est très amusant parfois, mais aussi très difficile d'autres fois.

Ce que j'aime faire dans la vie:  j'adore lire et écrire. J'ai participé à différents concours de nouvelles et de poésie, le plus souvent avec succès. Je compte partager mes écrits avec qui cela intéresse.

J'aime la musique, beaucoup de sortes différentes de musique, avec une préférence très nette pour la musique de Jean-Sébastien Bach.

J'aime dessiner et peindre, sur bois le plus souvent.

J'aime m'instruire, voir de belles choses, visiter des endroits qui me font rêver.

J'aime partager mes coups de coeur, donner mon avis sur tout et sur rien si je pense que c'est important.

Je ne désire en aucun cas que ceux qui me liront (du moins s'il y en a qui me liront!) je ne désire pas, dis-je, les faire changer d'avis . Même si le mien est éventuellement différent du leur, je le respecte. je pense qu'un échange d'idées est toujours enrichissant.

17:54 Écrit par Marie-Claire Schùermans | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

14/10/2009

Jules Roy Vezelay Analyse

 

Jules ROY: «VEZELA Y ou l'amour fou». * (édité chez Albin Michel)

 

..."Qui a contemplé une fois cette ville et ses remparts ne pourra plus se passer d'elle... Quelque chose d'indéfinissable, peut-être d'infini, vibre en soi, qui agit dans la conscience ou l'inconscience..."

 

Ce livre plaisant à lire, écrit comme on taille une fleur de pierre, n'est pas un livre d'histoire (quoique l'auteur nous en fasse 1'historique: Vézelay, étape sur la route romaine; Vézelay, riche abbaye qui règne sur un peuple de paysan; Vézelay ruinée puis reconstruite sous l'instigation de Prosper Mérimée au siè­cle passé...) encore moins un guide tou­ristique (ce mot-là même semblerait sa­crilège !). C'est une méditation, un poème dédié à un endroit chargé de sens,

privi­1légié, lieu sacré de tous temps reconnu par les hommes. L'auteur nous y em­mène à petits pas soignés, comme à tra­vers un tableau:

 

…"Un bourg sur un éperon rocheux dans un paysage tourmenté avec une église romane au sommet, une agglomération aux rues en pentes... A 1 'horizon se des­sinaient les tours dont nous entendions les cloches quand le vent soufflait du Nord..."

.."11 est vrai que du jour où nous fûmes là, nous n'eûmes pas envie de partir... s'il est des questions en amour, il n'y a pas de réponses."

 

L'amour! Voilà le mot lâché.

 

.."Les moines des origines ont dédié leur abbatiale à Sainte Marie-Madeleine. A une femme, le support de leur foi, à une ancienne pécheresse! La Basilique est un monument à sa gloire, et l'ange à l'olifant accompagne Madeleine qui revient... du tombeau vide."

 

Jules ROY décrit superbement cette Ba­silique. C'est un tableau où les coups de pinceau sont des mots. Comme un pein­tre, il transfigure ce qu'il voit, ce qu'il sent.

 

..."D'un bond, le soleil jaillit et, en obli­que, frappe d'abord d'une flamme vio­lente les piliers nord, puis, de sa pique, transperce le vaisseau sur toute la dis­tance de l'allée triomphale et jusqu'aux extrémités du narthex... La grande nou­velle toujours d'actualité que l'ange crie à Vézelay, c'est le Christ est ressuscité.  Sans Vézelay, le monde perdrait une lumière, l'Europe un de ses hauts lieux et, nous, petit peuple de Dieu? Il n'y aurait donc plus de révélation, plus d'inspira­tion, plus d'âme, plus rien ?... Vézelay... jaillit encore comme une énorme fleur minérale qui célèbre la Résurrection, et cela seulement... Vézelay est une affir­mation. On va à Vézelay comme vers la lumière... Vézelay, c'est le matin de Pâ­ques... quand l'aube d'un ciel éclatant se jette sur cette merveille et que le soleil la fusille, notre abbatiale devient un lys d'or, un lys éblouissant, et où dégoterait-on un symbole plus glorieux de l'amour, pareil au visage d'une femme ardente comme fût la nôtre? Un lys! Tant pis pour les mauvaises langues et les cervel­les perverses"

 

 Ainsi, l'auteur mêle merveilleusement la basilique et sa dédicatrice,  l'amour qu' i1 porte à l'une et l'amour qui emplissait l'autre.

 

..."Que serait Vézelay sans Madeleine et que serait Madeleine sans l'amour fou ?».

 

Je pourrais vous transcrire toutes les pa­ges de ce petit joyau, vous raconter la passion et les regrets de l'auteur.

 

..."Vézelay n'est rien qu'un souvenir du passé, la résonance d'un mot et de l'idée qu'on s'en fait."

 

Mais je vais vous laisser le plaisir de le lire vous-même et je terminerai par les derniers mots du livre.

 

..."Si j'osais, une rose à la main, je lève­rais un verre de vin léger à la gloire de notre belle, à sa santé, et je boirais son regard et l'eau de ses yeux."

 

 

Marie-Claire

 

* Invitation à la lecture et au voyage (Vézelay se trouve dans le Morvan, au coeur de la Bourgogne).

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Article paru dans la revue "L'Echo de Jupille" Février 1994           ................................................................................

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18:01 Écrit par Marie-Claire Schùermans dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |