11/11/2009

Peter Singer : Questions d'éthique partique.

Peter Singer :

 Questions d'éthique pratique".

 Voici en gros ce que je pense de ce livre. D'abord, il est évident que je suis d'accord avec pas mal de choses, par exemple le respect qu'il faut avoir pour tout ce qui est vivant, le fait qu'il est inadmissible de faire souffrir les animaux, quelle que soit leur taille, et de les utiliser inutilement pour des expériences. Je suis aussi d'accord qu'il faut respecter l'environnement, pas seulement pour nous, mais aussi pour tous les êtres vivants qui ont autant de droits que nous à vivre sur une terre vivable. Je suis, bien sur, contre la chasse qui est devenue un sport cruel et plus une nécessité pour survivre. Je suis aussi contre la pêche où l'on attrape des poissons pour le plaisir, pour les rejeter ensuite. Je déteste voir des oiseaux en cage, je n'aime pas trop voir des animaux dans un cirque ou un zoo. Je suis d'accord sur le  fait que nous sommes, nous aussi, des animaux, d'une espèce un peu plus évoluée au point de vue intelligence et douée de conscience, ce qui ne nous donne nullement le droit de considérer que nous avons tous les droits sur la nature qui nous entoure, en ce y compris les autres êtres vivants.

Pour ma part, je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour mettre en pratique ces idées, en triant, par exemple, les déchets, en évitant la multiplication des sacs en plastic, en ne jetant rien par terre, en respectant les plantes et les animaux. J'achète des poulets et des œufs en provenance d'élevages qui respectent le bien être des volailles. Ici en Belgique, c'est facile de s'y retrouver, il y a un label de qualité de vie pour les volailles sur les paquets. (Mais tout le monde ne peut pas faire ça, les volailles élevées en batterie sont beaucoup moins chères) Je ne mange jamais de foie gras. Je suis contre la déforestation et je me préoccupe autant des bonobos que des baleines et des dauphins. Je suis contre les avortements de convenance et leur emploi à la place de contraceptifs. Je suis contre la guerre, les massacres, la peine de mort, la pollution physique et intellectuelle, le racisme (parce qu'il n'existe sur terre qu'une seule race humaine, ce qui différencie les gens est bien plus que la couleur de leur peau)

 

Mais ! J'ai été très choquée par certaines idées de ce livre, et pour commencer par  sa forme: je déteste la manipulation des gens par le biais des syllogismes, ce dont use et abuse l'auteur. Je préférerais qu'il expose ses idées tout simplement, parce que celui qui n'est pas d'accord ne va pas changer d'avis avec de tels arguments (les syllogismes). C'est une façon que j'estime malhonnête de vouloir convaincre, c'est presque un viol moral. Je refuse de me laisser manipuler. J'ai un cerveau et je veux réfléchir par moi-même sur le bien fondé  des idées de quelqu'un et décider toute seule si j'y adhère ou pas.  

L'auteur emploie des raisonnements fallacieux en excluant d'office ce qui pourrait le gêner.  Il ne tient pas compte de choses fondamentales, comme le fait que chaque espèce est solidaire de ses semblables.

Je trouve inadmissible pour un homme de mettre sur le même pied, par des raisonnements boiteux, un enfant nouveau né ou un handicapé et un animal d'une autre espèce, aussi intelligent soit il, aussi capable de souffrance ou de bien être soit il. Je ne dis pas que les humains sont des animaux supérieurs aux autres animaux, je dis que ce sont des humains et à cause de cela je les préfère aux autres êtres vivants parce que je suis humaine moi aussi. Et entre le bien d'un animal, quel qu'il soit, et celui d'un  humain, je n'hésite pas un instant.

Si on veut suivre ses raisonnements à la lettre, syllogismes y compris, on arrive à des aberrations : il faut protéger les êtres vivants. Les virus et les autres microbes  sont des êtres vivants. Donc on ne peut pas prendre des médicaments pour se soigner, parce que cela les tue.

Ou bien, suivant le même raisonnement, il ne faut pas chasser les rats et les souris de sa maison, ni les poux sur la tête de ses enfants, ni les moustiques qui sont vecteurs de malaria, ni les sauterelles qui mangent tout sur leur passage, ni les mouches tsé-tsé, etc…Et le cuir, les fourrures, la laine? C'est chez les autres animaux qu'on trouve tout cela. Il ne met pas de pull et il n'a pas de souliers, Peter Singer?

Je trouve que les femmes doivent avoir le choix d'avorter quand on remarque un handicap certain et très invalidant sur un fœtus, ou si la grossesse est le résultat d'un viol, ou si la future mère est une jeune adolescente et que l'enfant risque de ne pas être aimé si on oblige l'aboutissement normal de la grossesse. De même si la santé de la future mère est très compromise.

Bien sur, je suis contre ce que faisaient les nazis quand ils supprimaient les handicapés et les malades mentaux. Un embryon de quelques semaines ne peut pas être comparé à un enfant né vivant. Je suis pour le fait que des gens qui ont une tare grave dans leur famille puissent empêcher la naissance d'un enfant porteur de cette tare, en faisant un tri dans les embryons produits in vitro. Si cela peut aider à trouver des remèdes efficaces, je ne suis pas contre les manipulations d'embryons puisque ce ne sont que des cellules vivantes qui ne sentent rien et ne souffrent pas.

Je ne vois pas du tout la raison de devenir végétarien pour ne pas tuer des animaux, si ce sont des animaux élevés normalement, en ayant soucis de leur bien être durant leur vie, et tués sans leur occasionner de souffrances. Les hommes sont des omnivores depuis la nuit des temps. Certaines théories des préhistoriens avancent même que c'est en grande partie la consommation de protéines animales qui a permis au cerveau humain de se développer.  Dans la vie, la loi est manger ou être mangé et cela vaut pour tout ce qui vit. Tout être vivant est un prédateur pour un autre. Chacun se sert des autres pour survivre (et la nature n'est pas exempte de cruauté loin de là!)  C'est vrai pour nous aussi.

C'est faux de dire que les recherches pour les nouveaux médicaments, les vaccins, la lutte contre le cancer, le sida etc.. pourraient être menées à bien sans expérience sur des animaux. Qui préférerait que son enfant meure, sans être soigné, parce qu'on aurait défendu les expériences sur les animaux? Peter Singer est sans doute très sincère et peut être essaye t il de vivre selon ses idées. Mais je ne suis pas d'accord avec l'argument suivant " si on trouve quelque chose a redire c'est que ses arguments nous dérangent et nous forceraient a changer beaucoup de choses dans notre manière de vivre et de penser".

Cela ne me dérange pas du tout qu'il pense comme ça. Chacun est libre de penser comme il veut. Mais je refuse absolument, et c'est surtout ça qui me dérange dans ce livre, que qui que ce soit veuille m'obliger à être de son avis, par des moyens fallacieux. Il est utopique et il est bien certain que ce n'est pas une personne qui change sa manière de vivre qui va changer grand-chose.

Ce ne sont pas, par des arguments de choc, qu'on va pouvoir changer quoi que ce soit. Je trouve au contraire que c'est par le raisonnement scientifique, l'exposé rationnel des faits et de leurs conséquences, l'éducation, pour ôter ces idées absurdes, véhiculées par les religions créationnistes, qui font de l'Homme le roi et le maître de l'univers! Il faut parler aux gens de leur propre intérêt. Si on pollue la terre, si on ne respecte ni les plantes, ni les animaux, nous ne survivrons pas. C'est ça qu'il faut faire et pas du sentimentalisme genre : je ne vais pas manger de poulet, le pauvre a le droit de vivre! Et pas de poisson non plus: ils sont stressés si on les pêche. Pas de lait (c'est pour les veaux); pas d'œufs: ils auraient pu devenir des poussins. Pas de steaks, pas de jambon, pas de pâtés, de boudin etc.

 Les hommes ne sont pas des herbivores! Et on voit en Inde, par exemple, ce que cela donne avec des gens qui sont végétariens. Ils sont indolents au point d'avoir une religion qui les conforte dans l'idée de ne rien faire pour changer sa situation de vie. "S'ils sont malheureux, c'est qu'ils n'ont pas été gentils dans une autre vie, alors il ne faut surtout rien y changer,  pour avoir une meilleure vie à la prochaine renaissance"

 En conclusion, Peter Singer a de bonnes idées, c'est certain. Nous devons prendre conscience de notre vraie place dans la nature, des responsabilités que nous avons parce que nous SAVONS, ce qui n'est pas le cas des autres animaux. Nous devons respecter l'environnement, les autres êtres vivants aussi mais il faut raison garder et ne pas se laisser embobiner par des idéaux utopiques et pas vraiment souhaitables dans leur entièreté.

Rien ni personne ne pourra jamais me forcer à faire quoi que ce soit. Si je trouve des idées bonnes, je ne me sens pas pour autant forcée à quoi que ce soit. C'est après réflexion que je décide de ma façon de vivre et, si je suis convaincue de quelque chose, les arguments qu'on aura pu donner, pour me convaincre, ne  me dérangent pas.

            Les syllogismes de Peter Singer ont l'air juste,  mais ils sont boiteux. On peut prouver tout ce qu'on veut de cette manière, même de dire finalement qu'un cheval bon marché est cher. Je me méfie absolument des gens qui cherchent à convaincre. Normalement, si une théorie est bonne, le seul fait de l'énoncer devrait suffire à emporter l'adhésion des gens. Ce n'est pas à quelqu'un qu'on adhère éventuellement, mais bien à des idées qu'on juge bonnes. Et peu importe celui qui les a émises.

 

Marie-Claire.

 

 

11:33 Écrit par Marie-Claire Schùermans dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

04/11/2009

réflexions sur les religions

Origines des mythes

                    De tous temps et dans tous les pays du monde, les gens se sont posés des questions au sujet de leur environnement, de la vie en général et de leur présence sur notre planète. La science, inexistante alors, ne pouvait leur être d'aucun secours. Comme il est dans la nature des hommes de ne pas supporter des questions sans réponse, ils imaginèrent différents scénarios pour les débuts du monde qui les entourait et pour justifier leur existence et tout ce qui en découle : la chance, la malchance, le mal, le bien, la maladie, la mort.

                  Ils inventèrent des Esprits mystérieux qu’il fallait contenter pour ne pas subir leur colère, ils leur donnèrent des noms divers, ils étaient les Dieux, qu'ils personnifièrent de différentes façons en leur élevant des statues humaines ou animales ou un mélange des deux. Avec le temps, les récits inventés des débuts du monde et de la vie se structurèrent, ils étaient souvent ingénieux et propres à satisfaire les attentes des hommes. D'ailleurs, par divers moyens, en se servant de la crédulité des gens, en leur faisant peur parfois, des hommes et des femmes plus intelligents et plus réfléchis (parfois plus cupides et désireux de dominer les autres)  ont profité de l'ascendant qu'ils avaient sur leurs contemporains pour accaparer ces divinités et prétendre être leur porte-parole, pour imaginer des rites, des obligations, des tabous et se mêler de la vie quotidienne de leurs semblables, pas toujours pour leur bien, même si parfois cela réglementait la vie de façon constructive (éviter les querelles, engager les gens à s'entraider, réduire les horreurs des guerres…)

                  Les mêmes récits des premiers temps se retrouvaient avec quelques changements dans les religions diverses d'un même ensemble de pays proches. A ces récits se mêlaient aussi des réminiscences d'histoires anciennes, de faits arrivés et enjolivés ou transformés au fil du temps. (La tour de Babel, le Déluge…)  C'est pourquoi on retrouve les récits de la Genèse, avec des variantes, dans à peu près toutes les religions anciennes du Proche et du Moyen Orient. Il est donc parfaitement stupide de prendre les récits de la Genèse au pied de la lettre. D'ailleurs, les avancées de la  science  remettent, si besoin était, ces mythes à leur vraie place, celle de l'imaginaire collectif. A mon avis, c'est une erreur de continuer d'en parler comme s'ils avaient une quelconque vraisemblance. Ce sont de jolies histoires qui font partie de notre patrimoine commun, comme les contes de Grimm, les récits de la mythologie grecque, les Niebelungen ou les Sagas scandinaves.

 

Si cependant, on veut analyser ces histoires de la Genèse, qu'y trouve-t-on?

  • Des récits poétiques, n'oublions pas que les orientaux parlent d'une façon

imagée et adorent les récits édifiants, inventés pour expliquer et développer des idées.

  • Une image des premiers hommes supposés, pas vraiment flatteuse : Adam est crédule et influençable, Eve, crédule et rusée : elle croit ce que dit le serpent (le serpent qui ici personnifie un personnage mauvais, est au contraire vénéré pour ses dons bénéfiques en Egypte) et son mari l'écoute et mange la pomme.
  • Dieu : ce Dieu me paraît mesquin, jaloux, rancunier. Il semble vouloir maintenir ses créatures dans une prison dorée, entièrement sous sa domination et tout à fait infantilisés. Quand ils osent lui désobéir, hop, ils sont jetés dehors comme des malpropres et un anathème épouvantable les condamne, eux et leurs descendants, sans exception!

 

Bien entendu, on peut voir plus loin et, comme on dit, lire ces récits au second degré. On y trouve alors matière à réflexions :

  • L'importance de la parole créatrice

"Dieu dit:"

  • L'omniprésence de ce que nous appelons faute de mieux, le Divin:

"l'Esprit de Dieu régnait sur les eaux"

Pour moi, (comme tout ce que j'écris et n'engage que moi, à charge de plus malin de me prouver que j'ai tort) cette phrase met en lumière cette part de nous qui aspire à plus haut que nous, cette part que j'appelle "Divin" faute de mieux ou de plus précis.

 

Question que je me pose :

"Pourquoi sommes-nous des insatisfaits?"

 Nous sentons qu'il doit exister quelque chose qui nous dépasse et vers quoi nous aspirons. D'où nous vient cette certitude?

 

Cela me rappelle un épisode du livre de Nils Holgerson:

Il y est question d'une île qui a la forme d'un corps de papillon sans aile.

Un berger qui y habite dit ceci:"Existe-t-il quelqu'un qui pourrait m'expliquer pourquoi une telle nostalgie plane ici… je l'ai ressentie tous les jours de ma vie…Je voudrais savoir si quelqu'un d'autre a compris que toute cette nostalgie vient de ce que l'île entière est un papillon qui regrette ses ailes"

Avons-nous quelque part perdu nos ailes?

 

  • J'aime l'idée que nous sommes faits de terre. Nous faisons intégralement partie d'elle et je pense souvent que la Terre est bien réellement notre mère, nous venons d'elle et nous y retournerons.
  • Je n'aime pas l'idée du tentateur. Je trouve que nous n'en avons pas besoin pour agir à notre guise, en bien ou en mal.
  • Le Mal ! Beau sujet de méditation.

 

Question :

"Pourquoi le mal existe-t-il?"

 

                 Des religions ont cherché une réponse à cette question du bien et du mal.

Certaines, avec logique, en ont déduit  qu'il existait deux divinités : le Dieu du Mal et celui du Bien, lesquels se faisaient une guerre perpétuelle, et la vie des hommes étaient liées à leurs victoires et leurs défaites. (le dieu Ahura Mazda, en Iran) (Seth et Osiris en Egypte…)

                 D'autres ont inventé un Dieu (ou des dieux) à deux visages, selon l'idée que le bien et le mal pouvaient exister dans une même divinité (En Egypte ancienne : Sekhmet et Hathor, deux noms pour une seule déesse: celle de la destruction, de la guerre, des épidémies et celle de l'amour, de la naissance, du renouveau). Les chrétiens ont inventé les anges déchus et le fameux démon qui a hanté les cauchemars de bien des enfants autrefois, et qui n'est autre chose qu'un faune, diabolisé par les premiers chrétiens, qui voulaient empêcher les gens de bien s'amuser lors des fêtes de Dionysos.

                 Mais, comme la mort, personnifiée par un squelette avec une faux en Europe, le mal a simplement été personnifié par un diable cornu. (Son aspect est tout simplement emprunté aux personnages mythologiques grecs : les faunes)

On a beau retourner la question dans tous les sens, il n'y a pas de réponse connue à cette énigme : Pourquoi et comment le mal existe-t-il?

 

                A cette question cependant,  la réponse habituelle des gens d'Eglise est que Dieu nous laisse libres.  Je réfute cela.  

 

               Nous ne sommes pas libres, ou tout au moins, pas entièrement. Notre liberté se heurte à la liberté des autres, elle est limitée par cette liberté-là. De plus, ces religions, qui nous prétendent libres, n'arrêtent pas de nous mettre des tabous, des interdictions, des ordres, en un mot de tout faire, jusqu'à vouloir nous contraindre dans notre vie personnelle, dans notre sexualité, notre droit fondamental à la liberté de pensée.  Si être libre c'est faire ce que ces religions préconisent ou ne pas faire ce qu'elles défendent, en se targuant de la soi-disant parole de Dieu, écrite sous sa dictée,  dans des livres comme la Bible ou le Coran, je n'appelle pas cela autrement que contrainte.

"Tu es libre de faire ce que tu veux, mais si tu ne fais pas ce qu'on te dit, tu es damné, éjecté du paradis…" "Moi je suis croyant, les autres sont des païens, des hérétiques, il faut les tuer, les brûler, les forcer à changer d'idées pour adopter les miennes"…

 

La Bible

                  Dans la Bible telle que nous la connaissons, il y a comme on dit, à boire et à manger. Outre les mythes récurrents, on trouve des récits guerriers, la lutte d'un peuple, qui se réfère à une promesse mythique pour légitimer la conquête brutale et sans pitié d'un pays dont les habitants sont chassés, tués, massacrés.

Mais c'était les mœurs du temps. Au Moyen et au Proche Orient, les peuples ont souvent passé tout leur temps à se battre. (On ne peut pas dire que ce soit terminé à notre époque!)

 

(Petite réflexion personnelle à ce sujet: si les Juifs n'étaient pas si persuadés par leur religion qu’Israël est leur bien, donné par leur Dieu Yahvé et que les Musulmans cessaient de penser qu'une terre peut être plus sacrée qu'une autre, ils arriveraient à s'entendre et à partager le pays, ils essaieraient de vivre ensemble. Ne sont-ils pas frères, selon la Bible et le Coran, puisque descendants du mythique Abraham? )

 

                Je viens de lire un livre tout à fait objectif écrit par deux archéologues israéliens : Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman, "La Bible dévoilée"

               Ces auteurs ne sont vraiment pas soupçonnables de vouloir saboter le Livre que leur peuple (et bien d’autres) tient pour écrit sous inspiration divine. Et pourtant, en tant qu’historiens et archéologues, ces auteurs sont persuadés, preuves à l’appui, que la Bible  a été écrite par des auteurs successifs, sans aucun fondement autre que religieux. D’après eux, les patriarches Abraham, Isaac, Jacob, et leur descendance supposée, sont des figures inventées pour l’édification des fidèles. Les Hébreux n’ont jamais été esclaves en Egypte, (il n'y avait pas d'esclave en Egypte), ils n’en sont pas sortis avec la complicité de Moïse, lequel est aussi mythique que les autres personnages bibliques. L’origine des Juifs est Cananéenne, ils n’ont jamais du conquérir un pays dans lequel ils habitaient de tous temps. Les rois mentionnés, eux-mêmes, sont légendaires. On ne trouve mention d’aucun d’eux dans les textes égyptiens ou dans les correspondances échangées entre eux et les peuples divers du Moyen Orient. Même le roi Salomon, réputé pour sa sagesse, n’est rien d’autre qu’un mythe édifiant ! S’il avait existé, tel que décrit dans la bible, il est impossible qu’il n’ait laissé aucune trace historique. Pourtant, c’est bien le cas !

 

                Que reste-t-il alors de ce Livre des Livres, commenté, décortiqué, enjeu de palabres et de discussions savantes ou pieuses depuis des siècles ? Outre toutes ces histoires édifiantes sorties de l’imagination de pieux -ou très roublards-  écrivains, désireux de donner une structure et un vernis d’authenticité à leurs croyances, dans un but parfois louable, parfois de domination, il y a  justement cette part que nous cherchons, la trace que nous espérons trouver de la réalité de ce qui nous dépasse. Mais pour moi, ce n'est certainement pas ce Dieu décrit dans la Bible, jaloux, rancunier, cruel, autoritaire, lequel est en réalité l'exacte réplique des gens qui l'ont inventé. A mon avis, ce n'est pas Dieu qui a fait l'homme à son image mais bien le contraire: ce sont les hommes qui se sont inventé des dieux qui leur ressemblent.

                  Il y a pourtant des textes sublimes dans la Bible, ce sont certains psaumes par exemple ou certains textes de prophètes, ceux qui montrent le désir des hommes d'accéder à ce qui les dépasse et leur désir de l'existence de quelqu'un qui les aime et s'occupent d'eux. Ce qui n'est, à mon sens, malheureusement qu'un mythe.

                  Personnellement, je crois plutôt en l'homme lui-même, parce que, malgré les horreurs qui se sont passées et qui se passent encore ici et là, il y a toujours quelqu'un qui se lève et qui donne sa vie pour que cela change. Et je m'en voudrais de croire qu'il n'agit que poussé par un Dieu quelconque, comme je suis persuadée aussi que nul diable n'intervient pour pousser les hommes à commettre des crimes odieux.

 

De la place de la femme dans la Bible et le Coran

 

                Il est archi faux de penser que l'homme a partout, et de tous temps, dominé la femme. Il y a eu et il existe encore des sociétés matriarcales. Et on a tout lieu de penser qu'aux temps de la préhistoire, la femme, étant seule capable de mettre un enfant au monde, était considérée à la hauteur de ce pouvoir, l'égale, peu s'en faut, de la Déesse Mère qui était censée le lui avoir donné.

               La Bible étant un livre sorti d'une autre civilisation, c'est-à-dire une civilisation patriarcale, j'ai parlé de Dieu au masculin. Mais il ne faudrait pas oublier que la première divinité inventée par l'homme n'est pas un père, mais une mère, en l'occurrence la Terre elle-même (Gaïa en grec) d'où nous sommes sortis et qui nous fait vivre. Ce mythe est récurent dans le monde entier et dans toutes les religions anciennes (Pacha Mama en Amérique latine, Isis en Egypte, Ishtar à Babylone, Cérès à Rome, Marie pour le christianisme…).

 

               Les religions actuelles issues du Moyen Orient dont, pendant des millénaires,  les sociétés étaient patriarcales, ont gardé, de nos jours, cette défiance de la femme et de la sexualité. Le pouvoir de la femme de donner le jour à un enfant a toujours un peu effrayé les hommes, surtout quand ils n'avaient pas encore compris leur rôle dans la procréation. Mais après, ils ont monopolisé la procréation parce qu'ils pensaient que la femme était juste une "bonne terre" qu'ils ensemençaient.

17:39 Écrit par Marie-Claire Schùermans dans Culture | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

réflexions au sujet de livres ésotériques

Livre ésotérique au sujet des morts qui parlent

 

                Ca ne peut rien apporter à personne. C'est un fatras de choses qui n'ont pas de sens. Ce genre de livre n'est pas intéressant. On n'apprend rien. C'est bon pour les gens crédules et qui avalent tout sans y réfléchir une minute. Les morts ne disent rien du tout, of cause! Si on veut savoir quel est leur message, c'est dans les souvenirs que nous avons d'eux, de ce qu'ils ont fait, de ce qu'ils ont dit, quand ils étaient vivants, qu'on pourra le trouver. Bien sur, on aimerait que les morts ne le soient pas tout à fait et qu'ils communiquent quelque part avec nous. Mais c'est une illusion. Il ne faut pas se laisser avoir. Il faut être adulte et accepter que la vie a une fin et que ce serait bien étonnant qu'il y ait quelque chose après. On peut rêver, c'est tout.  Personne n'est revenu nous dire ce qu'est la vie après la mort et s'il y en a une. Ce qu'il faut, c'est vivre maintenant à fond et ne pas perdre une minute du temps qu'il nous reste.

17:36 Écrit par Marie-Claire Schùermans dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Réflexions sur le catholicisme

Réflexions sur la religion chrétienne et l'Eglise catholique

 

                       Je me demande comment il se fait que les autorités religieuses catholiques ne se posent pas plus de questions au sujet de la désaffectation des chrétiens pour la messe. Je pense que les textes des prières, des chants, des lectures, ne satisfont plus les gens parce qu'ils contestent avec raison leur vraisemblance. Je pense qu'un fatras de choses a été ajouté au fil des siècles par des tas de gens bien intentionnés (pères de l'Eglise, moines, mystiques en tous genres, illuminés, j'en passe et des meilleurs!) et que cela  a noyé le poisson et ôté, au fil du temps, toute crédibilité au message des Evangiles ainsi déformé.

                       Ne serait-il pas temps de remettre les pendules à l'heure d'aujourd'hui et de débarrasser la religion de tout cela? La plupart des chrétiens n'accordent plus aucune créance aux dogmes, lesquels sont devenus obsolètes. Ne peut-on pas revenir aux origines, au message du Christ: Aimez-vous! Il n'a pas dit autre chose, de quelques façons que ce soit, de mille manières qui reviennent à la même chose, dite autrement.

                    Alors qu'importe si cet Homme a ou non existé, qu'il soit ou pas ressuscité, que sa mère soit vierge ou pas, qu'il ait eu des frères ou pas. C’est le message qui est important. Pourquoi revenir avec ces légendes édifiantes, obliger les gens à y croire ? Les gens s'instruisent maintenant, ils réfléchissent. Ils sont devenus adultes et les contes de fées, la mythologie d'où qu'elle vienne, ils n'y croient plus. Ils risquent de jeter le bébé avec l'eau du bain si on s'obstine à vouloir à tous prix les obliger à croire tout cela.

                    Si on décidait au nom de cet Homme qui a peut-être existé et à qui on prête d'avoir dit "Aimez les autres comme vous -même" (comme on prête à Homère les poèmes de l'Iliade et de L'Odyssée) si on décidait que c'était CA, et pas autre chose l'important?

                    Enfin on peut toujours rêver. Et transformer les églises vides en salle de concert, en hôtel, en bibliothèque, en restaurant, en attendant...Je sais, je suis un peu utopiste. Il y a encore des tas de gens qui croient tout et n'importe quoi. Est-ce une raison pour les enfoncer encore un peu plus ? Ceci n'est qu'un petit aperçu de ce que j'entends ici et là, de ce que je pense.

                    Mais hélas, l'Eglise qui nous fait croire que l'Eglise c'est nous, se fiche pas mal de ce que les chrétiens pensent et ne tient aucunement compte de leurs avis. Le pape, même gaga, est infaillible ! Alors nous on est de la crotte!  Mais si demain il n'y a plus personne dans les églises il ne faudra pas s'en prendre aux chrétiens. J'essaye d'être sincère. Ce n'est pas par facilité que je ne vais  plus que rarement à la messe. J'ai aimé l'Eglise, vraiment, elle m'a terriblement déçue, elle est en grand danger de disparaître et cela me fait encore mal. Sinon je ne m'amuserais pas à écrire tout cela.

 

Marie-Claire

17:22 Écrit par Marie-Claire Schùermans dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

29/10/2009

Exposition van der Weyden à Louvain

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On vient de rentrer de Louvain où nous avons été voir une très belle exposition des tableaux de Rogier van der Weyden (Roger de la Pasture) un peintre du 15ème siècle, donc un "primitif", époque de Charles le Téméraire et de Philippe le Bon. C'était superbe , surtout une série de portraits divers splendides, entr'autre le portrait d'un inconnu mis en valeur seul sur le mur du fond de la salle, de très belles "vierges à l'enfant" et d'autres tableaux genre nativité ou descente de Croix ou d'autres du même genre. C'est un ensemble muséal  conçut récemment à partir d'une ancienne maison de Maître; Il est très moderne, très beau . La ville de Louvain est une ville très belle avec des maisons anciennes, un piétonnier très imposant. Je conseille d'aller admirer par exemple les deux béguinages, le grand et le petit en plus de la visite classique de l'hotel de ville et de l'église qui lui fait face.

16:24 Écrit par Marie-Claire Schùermans dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Exposition Wibald à Stavelot

 Une extraordinaire exposition à l'abbaye de Stavelot: Wibald de Stavelot, Abbé d'Empire (1158) C'est une exposition à la fois artistique et historique. Très bien commentée par un audioguide, ( quatre langues à disposition)plusieurs films, beaucoup de textes explicatifs, des consoles avec écran tactile, des manuscrits, des pièces d'orfévrerie, des costumes d'époque, reconstitués magnifiquement par une artiste du genre : en papier,  sur mannequins de fil de fer grandeur nature, stupéfiant! En bref une exposition qui vaut d'être vue dans le beau décor de l'Abbaye de Stavelot. Le catalogue est en vente au shop du musée pour un prix très raisonnable. Je vous recommande aussi la cafétéria et ses plats et boissons très variés et bon marché, dans un cadre très agréable et sympathique.Numériser0001

16:15 Écrit par Marie-Claire Schùermans dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

19/10/2009

Le chat Botté

On peut lire les contes comme on veut. Ceci est ma façon de lire l'histoire du Chat Botté.

9 le chat botté

 

             Il était une fois un chat qui n'aimait pas les souris. Quoique ne dédaignant pas le blanc de poulet ou quelque poisson savoureux, il préférait les nourritures de l'esprit et passait le plus clair de son temps à la bibliothèque municipale. Il s'y glissait la nuit par un soupirail, gagnait l'étage et lisait jusqu'à l'aube tous les livres qui lui tombaient sous la patte.

           Que dites-vous? Les chats ne savent pas lire? Comment ça, ils ne savent pas lire? Qu'en savez-vous? Etes-vous déjà allé la nuit à la bibliothèque municipale? Non? Moi non plus d'ailleurs! Pourtant, je vous assure, ce chat-là, il lisait très bien! C'est la souris de mon ordinateur qui me l'a dit! C'est très savant, une souris d'ordinateur. C'est fou ce qu'elles savent faire, ces souris-là! Les ordinateurs font absolument tout ce qu'elles leur ordonnent de faire. C'est bien simple, sans sa souris, un ordinateur est tout à fait perdu.

              Oui, bon, je m'égare! Où en étions-nous? Donc, ce chat lisait jusqu'à l'aube tous les livres, les uns  après les autres. Et puis il courait à toutes pattes rejoindre le moulin où il habitait. Parce que normalement, son métier était d'attrapper les souris qui grignotaient la toile de jute des sacs de grains pour les trouer et se  régaler de leur contenu, ce qui ne faisait pas l'affaire du meunier. Arrivé au moulin, le chat se glissait sous l'escalier et feignait de dormir. Il espérait que les sacs  ne seraient pas troués mais il y en avait toujours un qui l'était! Alors, le meunier cherchait le chat pour lui donner une raclée. Il avait même défendu à ses fils de lui donner à manger pour l'obliger à attrapper les souris. Mais qu'en pouvait ce pauvre chat s'il ne les aimait pas? Ca vous plairait à vous qu'on vous oblige à manger des souris?

Bon d'accord! Vous n'êtes pas des chats! Mais il y a surement une chose ou l'autre que vous ne mangeriez sous aucun prétexte, je ne sais pas moi, des lentilles ou de la soupe aux choux par exemple!

           Alors, le chat du meunier serait mort de faim  si son plus jeune fils ne l'avait nourri en cachette. Les autres fils l'injuriaient et lui donnaient des coups de pieds à l'occasion, mais le plus jeune partageait tout avec lui, même son dessert.

          Cependant, un certain jour, le meunier se prit les pieds dans un sac et descendit l'escalier du moulin en vol plané, la tête la première. Voilà le moulin sans meunier! Qu'arriva-t-il alors? Le fils aîné hérita du moulin et son cadet hérita de l'âne. Il ne resta au plus jeune que le chat!

           Les deux aînés unirent leurs héritages pour faire tourner le moulin: l'un était à la meule et l'autre transportait grain et farine sur le dos du grison. Ils n'avaient que faire d'un chat qui ne mangeait pas les souris et d'un frère qui passait son temps à rêver.

 Le plus jeune s'en alla donc, tout triste, suivi du chat trottinant, la queue dressée comme un cierge. Ils marchèrent tous les deux jusqu'au bord de la rivière et s'assirent dans l'herbe, songeurs. Qu'allaient-ils devenir?

          Devant eux l'eau coulait, paisible. On entendait zonzonner les insectes. Le soleil faisait des clignettes entre les feuilles des saules. Un petit sentier serpentait en flanant le long du cours d'eau capricieux. Une canne avait fait son nid dans les roseaux. Dix beaux œufs verts se cachaient sous ses plumes. Elle jeta vers les intrus un regard inquiet. Mais ils ne bougeaient guère. Rassurée, elle reprit sa couvaison. Là bas un héron marchait dignement dans l'eau claire. Il faisait doux. Le chat, satisfait, ronronnait, couché en rond, la queue sur son nez. Mais le fils du meunier soupirait  en carressant son compagnon d'une main distraite.

          " Pourquoi soupires-tu?" dit tout à coup le chat, en s'étirant.  Le garçon ouvrit de grands yeux! "Tu parles?" lui dit-il, stupéfait!

            Le chat s'assit sans répondre et entreprit de se lècher la cuisse,  la patte arrière tendue vers le ciel. Ce qui permit de remarquer qu'il avait le bas des pattes blanc, comme s'il avait mis de chaussettes.

"Ce ne sont pas des chaussettes, dit aigrement le chat, ce sont des bottes." (Il avait toujours désiré avoir des bottes! )

           "Je n'ai pas rêvé! Tu parles." fit le garçon."Tu n'avais jamais rien dit avant."

           "C'est que je n'avais rien à dire" répondit le chat en baillant, comme s'il ne venait pas de faire sa sieste. Puis il reprit : "Je t'ai entendu soupirer. Pourquoi?"

           "Hélas! N'as-tu pas compris que nous voilà dehors, obligés de mendier notre pain et de dormir à la belle étoile, comme des clochards?"

           "C'est certainement ce qui nous attend, répondit le chat, si nous restons à paresser au bord de l'eau. Debout! Marcher nous donnera peut-être des idées."

Subjugué, le garçon obéit. Il se leva et ils prirent ensemble le chemin de la ville proche.

           C'était une ville entourée de ramparts, avec des portes aux quatre points cardinaux, des portes de chêne, garnies de gros clous.Une grille, relevée à cette heure, en renforçait la sécurité. On en voyait les pointes menaçantes au dessus de sa tête quand on franchissait les portes dont les battants étaient ouverts pendant la journée. Des gardes nonchalants jouaient aux dés dans un coin, jetant un coup d'œil distrait sur les passants.

           Le garçon et le chat entrèrent dans la ville. C'était jour de marché. Il y avait un monde fou: des paysans avec des paniers remplis de légumes, une laitière avec son pot de lait sur la tête, des oies, des poules, des moutons, des petits cochons roses. ( Non, il n'y avait pas de raton laveur! On n'est pas en Amérique ici! D'ailleurs, à l'époque où se situe mon histoire, on ne l'avait pas encore découverte. Sauf, bien entendu, ces cachotiers de Vikings qui ne l'avaient dit à personne.)

            Le chat sauta sur l'épaule du garçon. Il craignait qu'on lui marcha sur la queue et, de plus, un chien de berger lui avait lancé un de ces regards…On peut être courageux sans être téméraire.  Les deux amis déambulèrent un bon moment entre les étals. On vendait de tout: une femme vantait les œufs de ses poules, une autre vendait des paniers, un bonimenteur proclamait que ses potions guérissaient tout, même la peste, le choléra et le sale caractère de votre belle-mère. Des étals de nourritures odorantes firent saliver le garçon: il avait le ventre vide. C'est alors qu'un homme pressé bouscula un jouvenceau qui portait un panier rempli de patés chaud. Les patés en profitèrent pour se sauver entre les pieds des passants. Ils ne furent pas perdus pour tout le monde. Nos amis se retrouvèrent bientôt sous le porche de l'église, se gavant de patés qui leur brulaient la langue. Ils riaient de l'aubaine et le garçon se sentait déjà mieux.

         " Ce n'est pas tout, ça," dit enfin le chat en lissant sa moustache. " Il nous faut trouver un logement."

             Ils marchèrent encore au hazard des rues. Le garçon avait le nez en l'air. Il admirait la flèche de la cathédrale qui pointait comme un doigt vers le ciel. Il trébucha sur une manne et s'étala au milieu d'une avalanche de linge malodorant. La lavandière l'avait posé là un moment, le temps d'acheter une brioche à l'étal d'un boulanger.

            Confus, il se mit en devoir de réparer son étourderie en ramassant ce qu'il avait fait tomber.                                                          

           "Heureusement que je n'avais pas encore lavé ce linge" dit en riant la lavandière. "Il appartient au roi et à sa famille."

           "C'est vrai?" dit le garçon admiratif.

            La lavandière se rengorgea:" Personne ne lave et ne repasse aussi bien le linge que moi, dit-elle, et la reine me confie même ses habits les plus précieux. Par exemple, cette chemise de dentelle appartient à la princesse. Pauvre petite princesse," ajouta-t-elle! "Elle est bien malade en ce moment."

         " Qu'a-t-elle donc?" questionna le garçon.

           "Personne ne le sait," répondit la lavandière," Elle ne quitte pas son lit et refuse de manger. Mais , "dit-elle,"je dois me dépêcher! Le travail ne se fera pas tout seul"

          Gentiment, le fils du meunier se proposa pour porter la manne jusqu'au lavoir. La lavandière était ravie. Ils s’en allèrent en devisant, le chat sur leur talons, la queue dressée, et les oreilles aussi. Il ne perdait pas un mot de la conversation. Il apprit de la sorte que le roi avait promis une forte récompense à quiconque trouverait le nom de la maladie de sa fille et parviendrait à la guérir. (A entendre la lavandière, il commençait à s'en faire une petite idée qui se mit à lui trotter dans la tête et à le chatouiller derrière les oreilles). Non, la princesse n'avait pas mauvaise mine. Elle avait un air boudeur plutot. Elle refusait de répondre aux questions de ses parents angoissés.

             Le lavoir accueillait de nombreuses commères. Elles travaillaient, les  bras nus et rouges, frottant, tapant le linge avec vigueur. Elles firent place à la lavandière royale et la taquinèrent un peu à cause de la présence du garçon.

            Le chat s'établit sur un muret, assez loin pour ne pas être éclaboussé, mais assez près pour ne pas perdre une miette des conversations. Il feignait de dormir au soleil, clignant des yeux d'un air patelin. Il apprit de la sorte que le boulanger cherchait un apprenti et qu'un fameux médecin d'une ville lointaine avait été requis pour soigner la princesse. On attendait le retour du messager du roi, avec l'espoir qu'il précéderait de peu le disciple d'Esculape.

           Le fils du meunier aidait gentiment la jouvencelle à tordre les draps brodés et à les étendre pour qu'ils sèchent. Tout naturellement, il prit  le panier, sentant bon le frais, pour le porter jusqu'au palais du roi.

         Passant devant la boulangerie, le chat y entra, nonchalant, et se frotta contre les jambes de la boulangère en ronronnant. "Quel beau chat" dit-elle" Je me demande d'où il vient et ce qu'il veut."

        "Il vient mendier" répondit son mari, dédaigneux.

 Mais il eut alors la surprise de sa vie: le chat, assis dignement, la queue enroulée sur ses pattes se mit à lui parler!

        " Ne me prenez pas pour ce que je ne suis pas," lui dit-il," je viens au contraire vous tirer d'affaire : votre apprenti s'est sauvé hier avec la servante du voisin. Je vous en propose un autre, sérieux, travailleur et ne demandant pas plus que le gîte et le couvert pour lui, et pour moi, cela va sans dire. Je ne vous dis pas que je compte manger les souris qui grouillent dans votre grenier, j'ai l'estomac fragile. Cependant, j'ai assez d'autorité pour les prier d'aller ailleurs porter leurs valises. Je gagnerai de la sorte ma subsistance." (Il se vantait, bien sur! Il ne faisait peur à personne, et encore moins aux souris!)

          Revenu de sa stupeur, le boulanger accepta pour autant que l'apprenti l'aggrée. Le chat fila au petit trot pour rattraper le fils du meunier. Il le rejoignit comme il disait au revoir à la lavandière, devant la porte du palais du roi.

         " J'ai trouvé un logis et de quoi manger pour nous deux" lui dit-il quand la mignonne l'eut quitté. "Tu entres dès ce soir en apprentissage. Mais ne t'en fais pas, cela ne durera pas longtemps, ou je ne m'appelle plus le chat botté."

          Ainsi fut fait, le boulanger lui trouvant bonne mine et la boulangère ses yeux bleus attendrissants.  La nuit venue, on logea les compères dans la soupente du toit, après leur avoir donné un souper copieux. Le garçon s'endormit de suite. La tabatière était ouverte. Le chat s'y faufila et sauta dans la ruelle. Il avait assez dormi pendant la journée. Ce soir, il avait à faire au palais.

          A la porte, le garde rêvait à sa belle en regardant les étoiles qui s'étaient donné rendez-vous là haut, par cette belle nuit d'été. Le chat lui fila entre les jambes sans qu'il s'en aperçut. Il eut tôt fait de trouver son chemin le long des couloirs, se glissant dans la pénombre, sans faire de bruit. Il arriva de la sorte devant la chambre de la princesse.  Une servante étourdie l'avait laissée entrouverte. Il entra comme chez lui. La princesse était assise dans son lit et mangeait de bon appétit des brioches dorées.

        "Tiens, tiens," dit le chat, "on m'avait dit que vous étiez malade! A ce que je vois, cela ne vous coupe pas l'appétit!"

          La princesse sursauta. Etait-elle en train de rêver? Un chat qui parle! Là, dans sa chambre, assis sur la carpette! Elle ferma précipitament les yeux et les rouvrit au bout d'un instant, espérant ne plus le voir.

         Mais non, il n'avait pas bougé. Il la regardait d'un air narquois. " Alors comme ça, vous jouez la comédie! Je m'en doutais à voir vos bonnes joues roses." Et il sauta sans façon sur le lit.

          " Je suppose, reprit-il, que ce ne doit pas être très amusant de rester au lit par ce beau temps. Même la nuit est douce. J'ai vu une  étoile filante en venant ici. Si nous allions sur le balcon? On en verra peut être encore une et vous pourrez faire un vœux!"

         "Pourquoi faire?" soupira la princesse."J'ai tout ce que je désire mais je m'ennuie abominablement. C'est pour cela que je reste dans mon lit. Plus rien ne m'intéresse!"

        " C'est donc plus grave que je ne pensais, " fit le chat. "Vous avez peut-être tout ce que vous voulez mais n'avez-vous pas envie de ne plus vous ennuyer?"

         La princesse en convint. Le chat l'engagea à se lever et à admirer le nuit depuis le balcon de sa chambre. Quelle belle nuit! Les étoiles brillaient sur le fond du ciel noir, comme des bijoux somptueux sur un drap de velours. Soudain, une lueur fugitive, comme une étincelle, un cailloux brillant lancé dans l'eau sombre d'un lac.

         "Faites un vœux, dit le chat, vite!"

        "C'est fait dit la princesse, mais je n'y crois pas."

         "Vous avez tort, ma chère! Je ne donne pas huit jours pour qu'il se réalise. Vous pourrez alors vous lever, manger, vous promener et dire adieu à l'ennui! "

        La semaine qui suivit ne fut pas perdue pour tout le monde. Tandis que la fille du roi boudait toujours et se gavait de brioches, une fois ses parents couchés, le chat se mit à raconter au garçon, l'une après l'autre, les plus jolies histoires qu'il avait lue à la bibliothèque. L'apprenti boulanger l'écoutait tandis qu'il touillait dans la pâte, enduisait les brioches de jaune d'œuf et enfournait le pain.  Quand une histoire était terminée, le chat filait à la porte du palais, se nichait sur un muret, fermait les yeux et ouvrait ses oreilles. Les potins de la cour n'eurent plus de secrets pour lui. C'est ainsi qu'il apprit que le messager venait de rentrer, avec la nouvelle que le fameux médecin le suivait de peu. Le roi avait décidé d'aller à sa rencontre. Il avait déjà commandé son carrosse et fouette cocher! Les chevaux l'emmenèraient à toute allure vers le lieu de rendez-vous.

         Heureusement pour le chat, il fallut tout de même un certain temps au roi pour se changer: il voulait faire honneur au savant, et aussi au cocher pour préparer les chevaux et le carrosse.

       Notre ami à quatre pattes les prit justement à son cou, enjoignit au fils du meunier de prendre la caisse de la boulangerie sous le bras et le chapeau du dimanche du boulanger, "celui qui a une plume" précisa le chat avec autorité, et de le suivre illico presto. Subjugué, le garçon obéit. Ensemble ils galopèrent, l'un suivant l'autre jusqu'à un petit pont sur la rivière. Là, le chat ordonna à son ami de se désabiller, de cacher ses habits dans un buisson, de se jeter à l'eau et de crier bien fort dès qu'il lui ferait signe.

       " Quoi qu'il arrive, dit-il, ne me contredis pas, et tu ne le regretteras pas."

        Là-dessus, le laissant faire trempette, il courut ventre à terre jusqu'au point de rendez-vous avec le savant docteur. Il était temps! Sa voiture se pointait en haut de la côte et descendait allègrement au joyeux tintement des clochettes ornant l'arnachement de ses chevaux. Le chat se précipita au milieu du chemin en faisant de grands gestes avec le chapeau du boulanger.

         Le cocher jura un bon coup et freina si fort que le savant médecin heurta du front le caisse du véhicule. "

        " Que se passe-t-il?" dit il avec colère.

        "Un chat, monsieur le docteur, c'est un chat."

         "Et c'est pour un chat que tu t'arrêtes ainsi, animal!" cria le savant.

         "Ne vous fachez pas comme ça, monsieur le savant médecin," dit le chat en s'avançant." Je suis envoyé par le roi de ce pays. Il vous remercie de votre diligence. Cependant votre présence auprès de la princesse n'est plus nécessaire. Tandis que le messager du roi allait vous quérir, soudain la fille du roi s'est levée et se porte en ce moment le mieux du monde. Le roi attribue à votre grand talent cette subite guérison : il a suffit que vous soyiez au courant de la maladie, et, par le biais de la pensée, vous avez guéri la princesse. Pour vous remercier, le roi vous fait remettre ce petit présent."

        Et le chat lui offrit, avec force courbettes et balayant le sol de la plume du chapeau, la caisse de la boulangerie.

        Le savant docteur fit faire demi tour à sa voiture et partit, bien content et surpris par cette miraculeuse guérison. "Je la ferai mettre dans ma publicité," se dit-il, "cela me fera surement de nouveaux clients."

         Il ne restait au chat qu'à rejoindre le fils du meunier, ce qu'il fit en un éclair. Le carrosse du roi était en vue.

          Il fit signe au garçon de crier aussi fort qu'il pouvait. Intrigué par ces cris, le roi fit stopper son véhicule. A ce moment le chat se précipita à la portière où l'on voyait la tête du roi, fronçant les sourcils.

         "Sire," dit le minet en otant son chapeau, "Le savant docteur vient de se faire attaquer par des brigands. Ils lui ont prit tout, même ses vêtements et ils l'ont jeté à l'eau."  Le roi donna ordre au cocher de sortir de la rivière le pauvre garçon grelotant et nu. Il le revêtit de son propre manteau et le ramena avec lui au palais, le chat sur ses genoux.

           Le fils du meunier était terrorisé! Quelle idée avait eu ce chat! Comment tout cela allait-il se terminer? Il voyait son avenir au plus noir. Pendant ce temps, l'autre ronronnait tranquillement, riant dans ses moustaches. Il avait gardé le chapeau du boulanger sur sa tête.

          Arrivé au palais, on conduisit le garçon à la garde-robe royale et on lui trouva des vêtements, un peu grand il est vrai, le roi étant plutôt enveloppé et le jouvenceau fluet.

      " Ne fais pas cette tête là" lui dit le chat en apparté,"Rappelle-toi que j'ai passé des heures  à te raconter des histoires. La princesse s'ennuie, c'est tout. Elle n'est pas vraiment malade."

        On l'amena ensuite dans la chambre de la Princesse.

Celle-ci, assise au milieu du désordre de son lit, les genoux sous son menton, regardait passer les heures avec mélancolie.

       "Voici le roi et le grand savant médecin Diafoirus" annonça le chambellan.

        "Quoi!" fit la princesse" Est-ce là un savant docteur?" Puis elle aperçut le chat et se tut. Si cet animal était là, il allait y avoir du nouveau et c'est justement ça qu'elle attendait.

        "Sire dit le chat, il serait préférable que vous laissiez  le docteur Diafoirus seul avec votre fille. C'est ainsi qu'il officie habituellement"

         Un peu inquiet tout de même, (ce savant avait l'air si jeune!) le roi sortit de la chambre, le chat sur les talons.

Le fils du meunier se demandait ce qu'il devait faire et la princesse attendait qu'il se décide. Ils restèrent quelques minutes à se regarder en silence.

        "Heu, finit-il par dire, vous vous ennuyez, je crois, et c'est ce qui vous rend malade."

       "Vous avez bien deviné," soupira la princesse. "Vous ne pouvez vous imaginer combien je m'ennuie."

        "Je ne vous comprends pas, il y a tant de choses amusantes à faire!"

        "Ah oui? Quoi par exemple?"

          Il ouvrait la bouche pour les lui énumerer, mais il la referma aussitôt. Ce qui l'amusait, lui, ne pourrait en aucun cas amuser une princesse! Il aimait se promener le long de la rivière, grimper aux arbres pour voler des cerises ou des pommes dans les vergers. Il riait quand arrivait le fermier furieux: il courait bien plus vite que lui! Il aimait voir le soleil se coucher dans un grand incendie de nuages, il aimait rêver sous les étoiles, en caressant son chat. Alors, il se tut.

      "Quel docteur vous faites!" se moqua la princesse." Et êtes-vous bien docteur, à votre âge?"

       Penaud, le garçon dut convenir qu'en effet il ne l'était pas! Et il raconta le quoi et le comment de sa vie, depuis la mort du meunier.

           "'Vous avez un  chat vraiment extraordinaire" fit la princesse. Donnez-le moi. Je ne dirai pas à mon père qui vous êtes en réalité et je me lèverai aussitôt le chat en ma possession. Le roi pensera que vous m'avez guérie et il vous payera une fortune."

      "Il n'en est pas question" répondit le jouvenceau. D'ailleurs cet animal est parfaitement libre de faire ce qui lui plait. Je ne considère pas qu'il m'appartienne. Il est mon ami et il reste avec moi parce qu'il le veut bien."

      "Réfléchissez! Vous êtes sans le sou, vous avez volé l'argent du boulanger, vous avez menti au roi. Vous serez pendu, à tout le moins, dans une heure, si vous vous obstinez."

         Sans répondre, le garçon se dirigea vers la porte.

        "Où allez-vous? " demanda la princesse.

         "Me rendre auprès du roi et tout lui avouer"

         " Je n'ai pas vu souvent quelqu'un d'aussi fou que vous! Je ne veux pas qu'on vous pende."

           La dessus, la princesse se leva. "Je vais beaucoup mieux, dit-elle, et c'est grâce à vous. Vous êtes courageux et fidèle à votre ami. Je vais essayer de trouver à m'occuper. Et si votre chat voulait bien venir me voir de temps en temps, je serais bien contente."

           Quand ils sortirent tous les deux du palais, le fils du meunier portait un sac très lourd, rempli d'écus sonnants. Sur ses talons, le chat trottait, la queue en l'air.   

            "Tu vois comme les histoires que je t'ai racontées  ont fait de l'effet sur la princesse" disait-il en se  rengorgeant.  Le fils du meunier ne le contredit pas. C'était tout de même   grâce à lui qu'il était tiré d'affaire! Ils se rendirent chez le boulanger. Le chat expliqua que son ami, loin d'avoir voulu voler la caisse, était au contraire parti à la suite de voleurs pour la récupérer. Ils reprirent leur service, l'un à la pâte et l'autre au grenier pour chasser les souris.   Ne le dites à personne, mais le chat passait ses journées à dormir et ses nuits à courir, si bien qu'il y eut bientôt un grand nombre de chats portant des chaussettes qui naquirent aux alentours. Devant cet afflux, les souris firent leur paquet et désertèrent la région.

                Quand le fils du meunier sût parfaitement cuire le pain, les brioches et les gâteaux, il acheta la boulangerie  avec les écus du roi, puis il épousa la jolie lavandière. Ils vécurent heureux et ils eurent beaucoup d'enfants.

             "Et la princesse?"  direz-vous.  Elle épousa un prince, comme il se doit et oublia cette histoire jusqu'au jour où un de ses enfants trouva un chaton portant des chaussettes, perdu dans un buisson du parc. La princesse, émue,  le  garda, en souvenir du chat botté.

 

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16:02 Écrit par Marie-Claire Schùermans dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |