24/02/2010

3 poèmes

Voyage

 

Par ses fenêtres illuminées,

Le train,

Immobile,

Regarde passer

Le paysage,

Pressé.

 

Les poteaux filent,

Comme des aiguilles,

Tirant leur fil.

Cousent-ils

Les champs,

Les arbres,

Les maisons,

 

Comme une tapisserie,

En folie,

Qui roule et boule,

Entrainant

Les villages,

Les nuages,

Les bois sauvages,

 

Et cet étang,

Tranquille,

Entre les arbres noirs?

Sur ses bords,

J'aurais rêvé

M'asseoir.

 

:8:8:8

 

 

Naissance

 

Ce matin,

Quelle surprise !

Sur mon PC,

En l’ouvrant,

J’ai trouvé

Un poème nouveau-né,

Comme un poussin,

 Sorti de l’œuf,

Tout mouillé,

Tout neuf.

 

Dans ma tête,

Il est entré.

Sans crier gare,

Dans ma tête,

Il a sauté,

Dans la mare

De mes neurones

Epouvantés.

 

Trottant partout

 Sous mon crâne,

Picorant,

De ci, de là,

Dans ma mémoire,

Dans mes idées,

Dans mes rêves,

Dans mes pensées,

Ne va-t-il pas

Tout brouiller ?

 

 

J’ai peur d’écrire

Des choses folles,

Quand, dans ma tête,

Il cabriole.

 

Mais le voilà

 Qui s’envole,

Par la fenêtre de l’oubli.

Comme un rêve,

Au réveil,

Fuit.

 

 

:8:8:8

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Houte si plou

 

La fenêtre est mouillée et le jardin se noie.

J’écoute la pluie frapper mes carreaux

De ses mille petits doigts,

Comme une musique.

 

Le ciel descend bas,  couvercle gris,

Sur les toits luisants

Des maisons trempées.

Les branches nues des arbres

Se tordent et gémissent,

Au vent qui s’amuse.

 

Un oiseau triste, lance une trille,

Depuis le bouleau effeuillé.

Mais dans les parterres noirs,

Où l’eau dégouline, en petits ruisseaux,

Les fleurs du printemps

Se cachent et rient.

 

Demain, elles pousseront leur nez vert,

Comme une main se tend,

Pour sentir s’il pleut encore.

Et bientôt, par ma fenêtre ouverte,

Je les verrai sortir,

Habillées de toutes les couleurs,

Comme un arc en ciel,

Au soleil.

 

☺☻☼☻☺

 

 

 

 

 

17:23 Écrit par Marie-Claire Schùermans dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

23/02/2010

Le bracelet de vermeil

Le Bracelet de Vermeil

 

Il était une fois un château fort bâti au sommet d'une colline. Des créneaux en couronnaient les  murailles. Un fossé profond l'entourait, rempli d'eau glauque où se reflétaient les tours poivrières et le donjon massif. Un pont-levis, une herse et une forte porte en chêne, bardée de métal et de clous, en défendaient l'accès.

 

            Cependant, le pays était calme ce printemps-là. Par le pont-levis baissé et les deux battants ouverts de la porte, se pressait un va et vient de gens, les uns portant des paniers rempli de verdures, les autres poussant des animaux, rétifs ou dociles, bœufs, cochons que le boucher attendait, ânes porteur de farine. Une soubrette amenait un panier de linge, frais lavé à la rivière qu'on voyait miroiter dans la plaine.  De ci de là picoraient des poules, des paons et des pigeons, dans la cour intérieure, entre les serviteurs affairés. 

Au milieu de toute cette agitation, un garçon musardait, le nez en l'air. Il avait quinze ans, un air ingénu, des cheveux bouclés et les joues roses de l'enfance qui l'avait quitté depuis peu.

 

"Thibaut, que fais-tu là, paresseux?" lui lança la soubrette en passant, "Es-tu le seul à ignorer la venue de la Damoiselle Sybille ? Elle arrive céans, les guetteurs ont vu son cortège au-delà du village. Elle sera là dans moins d'une demie heure."

"Que m'importe la Damoiselle, Nicolette ma mie, quand j'ai devant moi le plus joli minois qu'on peut voir à des lieues à la ronde, " répondit le jouvenceau.

 

" Ne t'avise pas d'y toucher, à ce joli minois" fit la soubrette, en riant.

 

"Et au reste, je peux?" répondit effrontément Thibaut, en tirant la belle par son bliaut

 

" Au lieu de dire des bêtises, aide-moi plutôt à porter mon panier."

 

 

A ce moment, des cavaliers entrèrent en trombe dans la cour, bousculant tout qui ne se garait pas assez vite.

Une troupe de soldats les suivit, escortant une Dame à l'air sévère, montée sur une jument  blanche, et une Damoiselle de bleu vêtue, portant diadème d'or sur ses longs cheveux dénoués. Son cheval était noir comme un diable. Il encensait et ses naseaux fumaient. Le contraste était saisissant entre l'étalon plein de feu et sa cavalière, encore presque une enfant.

 

Thibaut, poussé dans une encoignure, avec Nicolette et son panier, regardait la jouvencelle, comme une apparition. Pourtant, elle passa devant lui, hautaine, sans le voir, pas plus qu'elle ne sembla voir la foule pressée dans la cour.

Un écuyer l'aida à  descendre de sa monture et la fillette s'avança vers la châtelaine qui venait d'apparaître sur les degrés du logis Seigneurial.

"Soyez la bienvenue, chère enfant, dit la châtelaine, votre voyage s'est-il bien passé? Vous devez être fatiguée. Entrez vous rafraîchir. Le repas sera servi dès le retour du Comte."

Orpheline, Sybille était la nièce du comte de Gréole, le Seigneur du domaine. Son père avait péri en Terre Sainte après avoir vaillamment combattu les infidèles.  Sa mère, ayant trépassé au cours de l'hiver, l'avait confiée par testament aux bons soins de  son frère et de son épouse. Le printemps s'était fait longtemps attendre, c'est pourquoi Sybille du Pontois arrivait seulement chez son oncle, quatre mois après le décès de la comtesse, sa mère.

Elle était arrivée  en compagnie de sa gouvernante, une  vieille fille austère et revêche qui élevait avec sévérité  cette enfant au caractère fantasque et rebelle.

Les jours qui suivirent leur arrivée, Thibaut, oublieux de taquiner Nicolette comme à son accoutumée, trouvait tous les prétextes pour traîner au château dans l'espoir de rencontrer la Damoiselle. Orphelin lui aussi, fils d'un baron ruiné, il était au service du Comte, bon à tout faire, ni vilain, ni écuyer, il végétait, apprenant par ci, par là de qui voulait bien l'instruire les rudiments nécessaires pour devenir plus tard Chevalier. Du moins, c'était là son rêve!

 

 

Comme il fallait s'y attendre, le château n'étant pas si grand, il se trouva un beau jour, au détour d'un couloir, nez à nez avec l'objet de ses pensées. Sybille sortait d'une pièce à l'étourdie et faillit lui tomber dans les bras.

Cette fois elle lui jeta un regard courroucé: quel était ce minable qui avait osé se trouver sur son chemin? Bredouillant Dieu sait quoi, Thibaut lui laissa le passage. Il y avait tout de même un certain progrès: la Damoiselle l'avait regardé!

 

D'espoir en désespoir, le hasard, bon enfant, les fit se rencontrer souvent. Plus les jours passaient, plus son amour grandissait. Il n'avait plus qu'un seul rêve: avoir un jour Sybille comme épouse.

Nicolette suivait d'un air goguenard  les heurs et les malheurs des amours impossibles du garçon. Elle se moquait gentiment de lui: pour qui se prenait-il, tout baron qu'il était, sans un sol vaillant, sans avenir? La Damoiselle avait du bien, de la naissance. Le fief de son père prospérait sous l'autorité efficace d'un régisseur tandis qu'elle vivait chez son oncle. Bientôt les jeunes seigneurs des alentours se presseraient à la porte du château dans l'espoir d'épouser la jouvencelle et sa fortune. On disait même que la Cour avait eu vent de sa beauté. Le roi avait plusieurs fils. Qui sait si un jour Sybille ne deviendrait pas Princesse?

 

"Tu n'es pas gentille, Nicolette. Pourquoi me décourages-tu de la sorte?"

"Parce que je t'aime, idiot! Je n'ai pas envie de te voir malheureux."

"C'est vrai? Tu m'aimes? Alors tu vas m'aider! J'ai entendu l'autre soir, à la veillée où pour une fois le Comte m'avait convié, j'ai entendu, dis-je, la Damoiselle déclarer qu'elle épouserait seulement celui qui serait capable de lui amener le bracelet de vermeil de la reine Guenièvre.

Bien sur, le Comte a ri. Mais Sybille était sérieuse. Elle ne se dédirait pas. Nicolette, ce bijou c'est moi qui le lui apporterai."

 

"Tu es devenu fou, Thibaut. Comment et où voudrais-tu le trouver?"

"Voilà quatre nuits que je passe à la bibliothèque du château. Il s'y trouve de vieux grimoires et des manuscrits précieux. A part le chapelain, personne ne s'y intéresse. Le Comte lui-même sait à peine lire. Moi, je connais le latin, j'ai appris à lire avec un clerc. J'ai habité chez lui une année avant de venir ici. Le bracelet de Guenièvre existe. Il suffit de le trouver."

 

"Comment feras-tu? Voyons, tu sais bien que c'est impossible!"

" J'ai mon cheval, c'est mon seul bien, avec l'épée de mon père. Je vais partir dès l'aube et ne reviendrai qu'avec le bijou. J'irai au bout du monde s'il le faut mais je le trouverai."

 

 

Nicolette fit tout ce qui était en son pouvoir pour le dissuader. Ne savait-il pas qu'il y avait des brigands un peu partout? N'avait-il donc jamais entendu parler des troupes du féroce Prince Noir? Que ferait-il, tout seul, avec un cheval âgé et une épée trop grande pour lui? Il n'avait pas un sol en son escarcelle. De toute façon, comme il resterait parti longtemps, (il n'allait pas trouver ce bijou sous le pas de son cheval) à son retour, la Damoiselle serait mariée, oublieuse de son caprice d'un moment. Et qu'il ne compte en aucun cas sur elle! S'il voulait faire cette folie, qu'il la fasse tout seul!

 

Et c'est ainsi que le lendemain, ils partirent tous les deux sur le vieux cheval du baron défunt. S'il s'était figuré que Nicolette allait l'abandonner, il était encore plus fou qu'on ne l'aurait cru! Qu'aurait-il mangé ? Et bu? Le soleil sera bientôt au zénith. Il pensait sans doute que des fontaines parsèmeraient son chemin et qu'il trouverait du pain sur le bord de la route? Encore heureux qu'elle avait quelques écus cachés dans un bas, sous sa paillasse! Ils tiendraient bien quelques jours avec cela et rentreraient alors au château, bredouilles bien entendu,  sains et saufs,  à condition que les soudards du Prince Noir prennent une autre route!

 

            Tandis qu'elle bougonnait dans son dos, Thibaut riait et se sentait tout guilleret, à chevaucher sous un ciel bleu comme le manteau de la Madone. Cela ne lui déplaisait pas non plus de sentir les bras de Nicolette autour de sa taille et son corps souple tout contre lui. Il allait sur ses seize ans, il avait la vie devant lui. Il espérait presque mettre du temps avant de trouver le bracelet de la Reine, pour profiter du voyage et voir du pays.

 

Ils allèrent tantôt à cheval, tantôt marchant pour l'épargner, le pauvre ! Ils logèrent dans les granges des fermes, mangèrent ce qu'ils trouvèrent ou ce qu'on voulut bien leur donner quand les provisions de Nicolette eurent disparu dans leur gosier, arrosées généreusement d'eau claire. Le temps restait beau et les brigands avaient à faire en d'autres lieux. Eux-mêmes s'arrêtaient dans les abbayes, interrogeaient les moines, consultaient de vieux parchemins, mais le bracelet de Guenièvre restait introuvable.

 

Un jour, pourtant, il y eu un indice: d'entre les feuilles d'un manuscrit, un bout de parchemin s'échappa quand Thibaut l'ouvrit. L'ayant parcouru, il poussa un cri de joie. Il s'agissait de la fin d'un conte ancien, quelques lignes, mais elles faisaient allusion au bracelet de vermeil! La reine Guenièvre le portait au poignet lors de sa mise au tombeau! 

Nicolette protesta vigoureusement: il ne s'agissait que d'un conte! Et quand bien même serait-il vrai, où donc se trouvait le tombeau de la reine? Et Thibaut allait-il, le trouvant, l'ouvrir pour voler le bijou? Ne savait-il pas que profaner une tombe était grand sacrilège? Il serait certes excommunié! Que deviendrait-elle alors, pauvre Nicolette! Elle irait se pendre dans l'heure! Que faire d'autre?

 

Thibaut se mit à rire et lui plaqua deux gros baisers sur les joues pour l'apaiser. Ils reprirent leur errance, plus souvent à pieds qu'à cheval, le vieil animal boitant bas. Bientôt hélas, il rendit son âme fidèle au dieu des chevaux, à l'orée d'une sombre forêt.

 

Il y avait plus de quatre mois qu'ils marchaient au hasard, quêtant l'impossible. L'été, bien avancé, tirait vers l'automne. Déjà, les soirées fraîchissaient et le soleil au couchant allongeait les ombres sur les collines. Dans les champs, ne restait des blés que la paille. Sur les coteaux là bas, les vignerons cueillaient le raisin mûr en chantant.

 

"Qu'allons-nous faire, à présent?" soupira le jouvenceau en caressant pour la dernière fois l'encolure de l'animal.

 

"Rentrons, Thibaut. Je suis lasse. Tu ne trouveras jamais ce que tu cherches et la Damoiselle a déjà oublié son idée.  Faisons demi-tour."

 

"Peut-être as-tu raison, ma mie. Il faut que je me fasse une raison. Cette quête est impossible."

 

Le soir tombait. La journée avait été chaude. Un orage menaçait. Ils cherchèrent un abri pour la nuit. Ils entrèrent dans la forêt, espérant trouver une cabane de bûcheron. Ils marchaient vite, ils n'étaient pas à leur aise. De loin le tonnerre roulait. Il n'allait pas tarder à pleuvoir.

Il faisait de plus en plus sombre. C'est ce qui les sauva. Le bruit de chevaux au galop les fit se jeter dans les fourrés bordant le chemin. Il était temps! Trois cavaliers passèrent en trombe devant eux sans les voir. Ils eurent le temps de remarquer qu'ils étaient fortement armés et portaient cuirasse. Derrière leur selle, pendaient de gros sacs. Ils avaient la mine farouche.

C'étaient des bandits, à n'en pas douter, ou des soldats en rupture de guerre avec leur butin.

Les jeunes gens, serrés l'un contre l'autre, tremblaient de peur. Et la pluie qui commençait à tomber en larges gouttes!

Un éclair un instant les aveugla et le tonnerre aussitôt gronda longuement dans la nuit. S'ils restaient là, la foudre les menacerait. Ils se levèrent et partirent en pataugeant dans les flaques qui s'élargissaient sur le chemin détrempé. Encore un éclair et sous leurs yeux ils entrevirent un bâtiment en mauvais état, une ancienne chapelle, bâtie autrefois par un ermite et qui tombait en ruines.

            Comme ils s'en approchaient, ils entendirent hennir un cheval. Les trois bandits devaient être à l'intérieur.

 

"Allons-nous en, supplia Nicolette. S'ils nous voient, ils nous tuerons."

 "Ne dis pas de bêtises. Ils ne pourraient pas nous voir. Il fait noir comme dans un four."

 

Prudemment, ils contournèrent la chapelle. Sous un auvent battant sous le vent de l'orage, les chevaux s'abritaient tant bien que mal de la pluie qui tombait dru. Les sacs ne se trouvaient plus derrière les selles.

Thibaut avisa un fenestron sous le toit branlant de la chapelle. Grimpant hardiment sur un tas de pierres éboulées, il lança un regard dans l'oratoire. Ébahi, il  vit que  les bandits  avaient descellé une pierre tombale, au milieu du chœur.  Dans le trou ouvert ainsi sous leurs pieds, ils glissaient les sacs les uns après les autres. Le garçon en avait vu assez. Il rejoignit Nicolette, frissonnante de crainte et de froid, et l'entraîna dans l'épaisseur de la forêt.  Ils coururent longtemps en silence, s'écorchant les jambes aux ronces, désireux de mettre autant de distance que possible entre eux et la chapelle qui abritait les bandits. Épuisés, ils finirent par s'endormir au pied d'un chêne géant, blottis l'un contre l'autre, au plus profond de la forêt.

 

Ce fût le soleil qui les réveilla, glissant ses rayons neufs entre les arbres jusque sous leur nez. Ils s'étirèrent, encore trempés par la pluie qui n'avait cessé avant la mi-nuit.

"Qu'allons-nous faire?" questionna Nicolette. "Retrouver la chapelle et prendre les sacs" répondit le garçon tout de go.

 

Il était fou, complètement fou! Pourquoi l'avait-elle suivi jusqu'ici? Elle devait être folle, elle aussi! Mais qu'il ne compte pas sur elle pour retourner se jeter sur l'épée des bandits!

Elle le suivit pourtant en marmonnant. Allait-elle rester seule au milieu des bois? Que deviendrait-il sans elle? Il fallait au moins qu'elle eut  du bon sens pour deux!

Une heure plus tard, ils virent le clocheton de l'oratoire entre les arbres. Les oiseaux pépiaient sur les branches. Tout était calme, plus de trace des sinistres visiteurs et de leurs montures. Ils se risquèrent à l'intérieur du bâtiment. La dalle du tombeau était remise en place.

 

"Au travail, Nicolette, aide-moi."

 

            Avec l'aide de l'épée paternelle, Thibaut réussit à soulever la pierre. Il descendit dans le trou malgré les protestations de sa compagne et ressortit les sacs un par un. Négligeant de refermer tout de suite le caveau, ils hissèrent leur butin par une échelle branlante, menant au petit clocher.  Là, ils ouvrirent  les sacs. Il y avait de tout: des pièces d'or, des bijoux, des étoffes fines, une bourse remplie de pierres précieuses et, tout au fond du troisième sac, Thibaut, stupéfait sortit un bracelet tel que l'avait décrit la Damoiselle Sybille. Les jeunes gens se regardèrent ahuris. Etait-ce le bracelet de vermeil de la reine Guenièvre?

 

 " Sûrement pas" décréta aussitôt Nicolette, péremptoire.

 Il y avait peu de chance en effet. Comment serait-il arrivé là, à supposer qu'il existât réellement!

 "Tant pis! C'est lui ou ce n'est pas lui, mais il lui ressemble si furieusement qu'il fera l'affaire! A moi la Damoiselle du Pontois et son château! Nicolette ma mie, tu m'as porté chance! Tu m'as bien aidé, tu ne le regretteras pas."

 

Si le garçon avait pris la peine de regarder la pauvre figure de la mignonne,  il aurait vu que c'était tout le contraire. Mais il était si heureux qu'il n'y fit pas attention le moins du monde. Il dissimula le butin derrière les poutres enchevêtrées, des ardoises tombées du toit et des pierres descellées,  après avoir rempli leurs escarcelles de ducats d'or et d'écus de Paris.

 

 "Nous allons acheter des chevaux  et nous reviendrons ici chercher le reste" décida-t-il sans lui demander son avis.

Comme il mettait le pied sur le premier barreau,  la porte de la chapelle s'ouvrit à la volée. Les malandrins étaient de retour! Ils titubaient, ils avaient dû boire une bonne partie de la nuit. Ils se précipitèrent vers la tombe et, constatant qu'elle était ouverte et vide de magot, ils s'accusèrent mutuellement d'être venu en tapinois voler les sacs et les cacher pour ne rien partager. Ils finirent par se battre, tandis que, tremblants, les jouvenceaux restaient tapis dans le clocher. La bagarre fut si violente qu'ils réussirent à s'entretuer. Après avoir attendu un moment, croyant le danger écarté, Thibaut descendit du clocher à reculons.

Soudain,  le dernier soudard, couvert du sang de ses complices, se releva et bondit sur lui, l'épée au poing. Il allait l'occire lorsqu' une pierre l'atteignit au visage, lancée avec force par Nicolette. Cette fois son compte était bon.

Blancs de frayeur, les jeunes gens tombèrent dans les bras l'un de l'autre.

"Tu m'as sauvé la vie! Je ne l'oublierai pas" dit le jouvenceau, tout ému, en étreignant la belle.

 

Ils galopèrent sur les chevaux des morts, jusqu'à la ville la plus proche et cherchèrent la demeure du bailli. Il sortait tout juste de chez lui, quand ils parvinrent devant sa demeure. Il fût aussitôt mis au courant de leur mésaventure. Il envoya des soldats chercher les corps des malandrins, pour les ensevelir. On reconnu en les voyant, trois brigands fameux qui avaient de nombreux crimes et méfaits sur la conscience. Le bailli leur permis de garder pour eux le trésor, arguant qu'ils l'avaient bien mérité, ayant débarrassé la région de ce gibier de potence.

 

Thibaut était enchanté, tandis qu'il chevauchait aux cotés de Nicolette, le troisième cheval lourdement chargé, trottant derrière.

" Non seulement, j'ai trouvé le bracelet de Guenièvre mais j'ai de quoi faire reconstruire mon château en ruines et me présenter dignement à la  Damoiselle Sybille pour lui demander sa main," disait-il avec satisfaction.

"Bien sur, ajoutait-il, nous partagerons le butin et tu auras une dot magnifique! Les jouvenceaux de tout le pays feront la queue devant ton logis. Tu n'auras que l'embarras du choix."

Nicolette haussait les épaules. Elle ne répondait  mie. Elle fût d'ailleurs muette tout le long du voyage jusqu'au domaine du comte de Gréole. Mais Thibaut, tout joyeux, semblait ne pas s'en être aperçu.

Le soleil d'automne dorait les hautes murailles du château quand les jeunes gens arrivèrent. Novembre proche avait déjà dépouillé les arbres, et les feuilles mortes dansaient sous les pas des chevaux. Ils s'arrêtèrent avant la montée.

Thibaut semblait plongé dans une profonde réflexion. Puis il se tourna vers Nicolette

" Ma mie, dit-il, crois-tu que, depuis le temps, on se souvienne encore de nous ?"

 Il sortit alors de son escarcelle le bracelet de vermeil et, se retournant, il le passa au poignet de Nicolette, stupéfaite.

 "Qu'avons-nous à faire ici? " dit-il, en éclatant de rire.

Ils firent aussitôt demi-tour et on ne les revit jamais dans la contrée.

 

Plus tard un troubadour errant en donna pourtant quelques nouvelles à la veillée, chantant les amours d'un page et d'une lavandière, et la merveilleuse histoire du bracelet de vermeil de la reine Guenièvre. Mais ni le Seigneur comte, ni personne au château n'imaginèrent qu'il s'agissait de Thibaut et Nicolette. Tout le monde les avait oubliés.

Parfois, pourtant, Sybille du Pontois mêlait dans ses rêves le bracelet de vermeil et la figure du jouvenceau entrevu un jour au détour d'un couloir. Elle se réveillait alors, les joues inondées de larmes, mais elle ignorait pourquoi. 

 

FIN

 

 

19:51 Écrit par Marie-Claire Schùermans dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

22/12/2009

La Trace

 

La trace

 

                      Un jour, il y a longtemps, Henriette nous a quittés. Je n'étais pas  à la maison. Quand je suis revenue, j'ai hésité à entrer dans sa chambre. Par la porte entr'ouverte, j'ai vu le grand lit de cuivre où elle était restée si longtemps. J'aurais donné le reste de mes jours pour qu'elle y soit encore. Je n'aurais pas dû partir. Peut être n'y avait il que moi qui aurait pu la retenir au bord de sa vie.

     Cependant, les jours, les mois et les années qui suivirent son départ, peut être par crainte de souffrir, comme on hésite à toucher une blessure pour ne pas raviver sa souffrance, tout le monde s'est comporté comme si Henriette n'avait jamais existé. J'ai fait de même, sans doute pour la même raison, à tel point que je me suis mise à douter de son existence.

                      Mais, sournoisement, comme un acide, son absence a creusé un trou au fond de moi. Si tu y mets le doigt, je suis capable de hurler tout bas. Pourtant, je tiens très fort à ce trou, c'est tout ce qu'il me reste d'elle.

    En fait, je n'ai jamais vraiment rencontré Henriette, du moins la femme qu'elle était. Et pourtant, avec le temps qui passe,  il m'arrive de penser à elle comme à un rêve furtif, qui s'envole au réveil et qu'on voudrait retenir.

  Je me demande pourquoi je te parle de cela, tout à coup. Quel souvenir soudain a traversé ma pensée? Eveillé par une odeur, peut être, le son d'une voix, une musique lointaine…Ou bien ce chat qui traverse le jardin endormi sous la neige, son poil noir tout moucheté de blanc.  Il se secoue et soulève ses pattes d'un air dégoûté. Il laisse dans son sillage des petits trous ronds qu'aussitôt les flocons remplissent, comme l'eau de mer dans les traces de pas, sur l'estran.  Il ne restera bientôt  rien de son passage.

  Une angoisse me prend qu'il en soit ainsi d'Henriette. Peut être parce que, s'il ne reste rien d'elle, ne restera-t-il rien de moi…car elle fait partie de moi comme je fais partie d'elle. Mais j'ignore ce qui en moi est elle et ce qui en elle était déjà moi. Peut être suis-je simplement la trace de son passage.

 Ainsi existe Henriette au fond de chacun de ses enfants et ce qui les différencient ne sont que les matériaux divers de sa personnalité. Etait-elle, comme Chantal, secrète et réservée? Ou comme Anne-Marie et moi, spontanée, curieuse et pleine de passion? Ou bien est ce dans mes frères que je vais la retrouver? Qu'y a-t-il en eux qui lui appartenait? Le sérieux de Marcel, la fantaisie de Harry ou la gentillesse de Bob?

   Un chasseur qui traque un cerf peut, sans l'avoir vu, reconnaître à des subtils détails, son poids, sa taille, son âge et sa couleur. Serais-je aussi habile pour faire le portrait d'Henriette, au départ de si peu de chose : les petits trous ronds laissés par le chat qui traverse le jardin, endormi sous la neige?

    Pourtant je me souviens d'elle, un souvenir en forme d'absence, comme de ces photos dont on a découpé un personnage. Le décor est resté et les autres personnages aussi. Au milieu il y a un trou au contour  de quelqu'un. C'est ce quelqu'un que je veux retrouver dans son entier.

   Depuis longtemps, je veux parler d'elle, forcer les portes de ma mémoire, ces portes verrouillées sur son existence. Je veux la sortir de cet étrange pays du non-être, je veux découvrir la femme qu'elle était, la mère que j'ai perdue, en suivant les traces de ses pas tout au long de sa vie.

 Quand j'écoute une mezzo-soprano chanter certains chorals de Jean Sébastien Bach, comme dans l'Oratorio de Noël par exemple, il m'arrive de retrouver sa voix si chaude et je ne peux m'empêcher d'avoir les larmes aux yeux. Autant du bonheur de croire encore l'entendre, que du chagrin de l'avoir perdue. Si je dois retrouver Henriette, ce sera par là qu'il me faudra commencer.

 Je peux  parler du bonheur qu'elle avait à cause de la musique. J'étais assise à ses pieds, sous le piano. Elle ne s'apercevait pas de ma présence. Seul comptait pour elle ce qu'elle jouait. J'écoutais, fascinée, non seulement par la beauté de ce que j'entendais mais par ce bonheur qui la comblait en ces instants et dont je me sentais exclue. J'entrevoyais alors pour elle une existence en dehors de moi. En quelque sorte, c'était comme si je touchais  du doigt son être propre, qui faisait qu'elle était "elle-même", une personne différente de ma mère, quelqu'un qui était "elle", indépendamment des liens qui l'attachaient si fort à moi.

  Ce fut pour moi un grand sujet d'étonnement de découvrir que cela était possible. Je ne vivais que par elle et je croyais qu'elle ne vivait que pour moi. J'ignorais alors que chacun ne vit d'abord que pour soi-même. Certes, ce n'est pas par égoïsme. Mais pour pouvoir devenir quelqu'un d'autre, une épouse, une mère ou jouer n'importe quel rôle dans la suite de sa vie, ne doit on pas tout d'abord être profondément soi même, afin de puiser en soi la force et les qualités nécessaires pour faire face ? Ainsi dût faire Henriette jusqu'à son dernier souffle. Elle fût une épouse que mon père ne pût jamais oublier, qu'il regretta jusque dans son grand âge, l'appelant encore dans ses derniers moments, me confondant avec elle. Six fois elle mit au monde un enfant, j'étais la dernière et la cause involontaire de la lente dégradation de sa santé.

  Femme, épouse, mère, avant cet accomplissement par où passe t on? D'où vient ce chat qui traverse le jardin enneigé? Pour le savoir, faut il suivre ses traces à l'envers, le regarder s'en aller à reculons, comme un film qui se rembobine?

Vais-je, alors, dans ma quête, voir Henriette se lever de son lit, revenir en arrière, revivre à l'envers sa vie et par conséquent, me revoir, moi, devenir de plus en plus petite et rentrer dans son ventre en pleurant? Que fut la vie d'Henriette avant moi? Je n'en connais que des bribes, des "on dit", des anecdotes. Avant d'être la  mère, elle fut l'épouse, la fiancée, la fille, un  tout petit enfant…

 La trace…On dit parfois que l'éducation d'un enfant commence 20 ans avant sa naissance. Cette famille où va naître Henriette, cet environnement  dans lequel  elle va grandir, ce cocon, porte les traces innombrables, invisibles, de ceux qui y sont nés avant elle. Comme si la mer gardait un souvenir confus de tous ceux dont elle a effacé les empreintes sur le sable.

 J'ai trouvé, oubliées dans un tiroir, des photos très anciennes. Pas ce genre de photos figées où une famille  pose en habits du dimanche, devant un décor factice et impersonnel. Mais des instantanés, pleins de vie où les personnages sont eux-mêmes. Ma grand-mère maternelle adorait faire des photographies. Elle a du posséder un des premiers appareils qui permettaient,  sans pose ni complication, d'obtenir des portraits vrais, des paysages et  des scènes de la vie quotidienne. 

  Je connais plus de choses à son  sujet qu'en ce qui concerne sa fille Henriette. Pourtant je n'avais que deux ans quand mourut cette femme, admirable à bien des égards. Ma mère m'en a tant parlé, pas seulement avec des mots: avec des objets, des dessins, avec des larmes parfois. J'avais vraiment le sentiment, malgré mon jeune age, qu'elle avait perdu quelqu'un d'infiniment précieux.

   J'imagine facilement qui fut Elise, ma grand-mère, depuis son enfance même. Ses parents étaient des gens sympathiques et joviaux. C'est ce qui ressort des photos prises par leur fille. Mon arrière grand père était notaire, issus d'une longue lignée de gens de robe. Son père à lui, personnage haut en couleurs, avait donné à son fils des prénoms originaux: Fidèle, Amant, Constant. Mon arrière grand-mère disait de son mari qu'il les méritait amplement. Quel bel éloge!

Ils habitaient à Hoogleede, en Flandres. Imagine un village paisible, entouré de champs que bordent des saules penchés par  le vent, une rivière paressant au soleil au milieu des  prairies et sur la berge, un héron gris qui se promène, solennel; un moulin dont la roue tourne au gré du courant, entraînant l'eau qui jaillit des pales dans une gerbe de lumière; des fermes blanches, des vergers, le clocher de l'église, debout  au milieu des toits rouges, un vol d'hirondelles, l'abois d'un chien et cette  belle maison dans un grand jardin, au bord d'une route tranquille où passent des charrettes tirées par des chevaux lents et lourds, au poitrail tintinnabulant de grelots cuivrés, des gens simples, regardant de loin l'objectif, avec une certaine appréhension. Grâce à Elise, j'ai des photos de cet endroit. J'aurais aimé y vivre.

 Sur une d'elles, on la voit avec sa sœur. Elles sont assises au jardin et peignent sur de la porcelaine. Derrière elles, sous les buissons fleuris, on devine la maison et, entre les branches, la tête de mon arrière grand père qui observe la scène. Il porte une casquette  sur ses cheveux déjà blancs et une moustache se retrousse sous son nez. On voit Elise de face. Accoudée à la table, elle est penchée sur son travail, un pinceau à la main, un fin sourire sur son visage. Des mèches folles s'échappent de sa coiffure. Près d'elle, sur une chaise de jardin, elle a posé son chapeau de paille, enrubanné et fleuri. Elle est absorbée entièrement par son ouvrage, tandis que sa sœur regarde l'objectif, son pinceau en l'air.

                    Ma grand-mère était une artiste. Nous avions à la maison, dans une vitrine, un service à thé entièrement décoré de sa main. Elle avait capturé des insectes de toutes sortes et les avait immortalisés sur les tasses, les assiettes et les pots d'une façon si vivante qu'on aurait cru qu'ils allaient s'envoler, dans un grand bruit d'ailes froissées, si on avait osé y toucher. Henriette avait précieusement exposé ce service  dans une vitrine et nous ne l'employions que dans les grandes circonstances ou lorsqu' elle recevait ses amies, au salon, où j'avais le droit de venir pour les saluer d'une révérence.

  Les parents d'Elise avaient quatre enfants, deux garçons et deux filles. De tous, Fidèle préférait Elise. Il lui passait tous ses caprices, l'admirant follement dans tout ce qu'elle faisait. Un hiver, elle faillit mourir d'une pneumonie, elle avait couru au jardin, pieds nus dans la neige, alors qu'elle était déjà enrhumée. Elle pensait, dit elle, que c'était des plumes, elle les avait vues, depuis sa fenêtre, voler doucement comme un duvet qu'on secoue. Elle fut au lit longtemps, brûlante de fièvre, ses boucles blondes collées au front. Elle délirait et la maisonnée, anéantie, attendait la fin. Fidèle ne quittait son chevet que pour expédier quelque paysan qui vendait son champs ou avait fait un héritage. Sa pieuse épouse, résignée, n'avait plus d'espoir. Par moment, rarement, l'enfant faisait surface et semblait reconnaître son entourage. Fidèle la supplia de guérir. Il lui donnerait tout ce qu'elle voulait, lui promit il, mais qu'elle vive. Les premiers beaux jours parurent à travers le carreau et le soleil en profita pour entrer et chatouiller le nez d'Elise qui dormait, si pale, sur l'oreiller.

                       En même temps que la nature, la petite fille s'est réveillée. Quand elle put se lever, soutenue par son père, elle voulut aller au jardin. Il faisait magnifique. Un ciel tout bleu, sans les nuages torturés à la Jacob van Ruisdael comme on en voit si souvent en Flandres. Et devant le perron, attendait une petite  charrette en osier, tirée par une chèvre blanche. Henriette m'avait si bien décrit la scène que je pensais qu'elle y avait assisté elle-même, dans une confusion de générations que justifiait mon jeune âge.

                     Autre vision d'Elise: une petite fille cachée sous la table pour ne pas aller à l'école. Son joli visage fermé et farouche. Et Fidèle qui la relève en riant et lui raconte mille choses qui la font rire.

                          Outre la peinture et le dessin qui avaient ses préférences, Elise apprit avec bonheur à coudre et à broder. Plus tard, elle essaya en vain d'inculquer des notions de couture à sa fille aînée, Henriette. Ses dons auront sauté une génération, ma sœur et moi cousons avec plaisir, tandis que j'adore peindre et dessiner, ce qu'Henriette n'a jamais su faire.

Non. Henriette était avant tout musicienne. Je peux l'imaginer dans le salon de la maison familiale, essayant d'atteindre les touches du piano, ses boucles blondes et son petit nez  au ras de l'ivoire. Parce que Elise aussi jouait du piano. Cela faisait partie de la bonne éducation qu'on donnait aux filles de la bourgeoisie au 19ème siècle.

   Henriette était l'aînée de six enfants. Je possède une jolie photo où on les voit tous, se donnant la main, avec des poupées entre les filles. Ma mère est au milieu de ses soeurs et les deux garçons sont sur les cotés. Le décor est une véranda aux murs tapissés de glycine. Plus loin on devine le jardin. Il y a des arbres qui se balancent au vent. C'est sûrement leur mère qui a voulu fixer cette scène.  A quoi pense Henriette qui ne regarde pas l'objectif? Elle a un air déjà si sérieux. Quel age peut elle avoir? Dix ans, douze peut être. A-t-elle du abandonner son livre afin  poser pour la photo? Je sais qu'elle aimait lire, depuis toujours. Elle cachait, disait on, son livre sur ses genoux, pendant les repas, pour lire furtivement entre les plats. Où se trouve cette maison dont on ne voit que le coté jardin? Dans quel village ou quelle ville? Je ne l'ai jamais su.

  Sur une autre photo, sans doute un peu plus tard, on la voit dans sa robe de communiante. Déjà elle a ce fin sourire dont je me souviens et ce regard si clair, si droit. Elle était très pieuse, c'était l'époque. On ne discutait pas, on croyait ce qu'on vous disait de croire, avec sincérité. Je ne possède aucune autre photo de son adolescence. On peut suivre sa trace pourtant dans un pensionnat d'Ecloo: celui dit "de la Vierge aux épines". Maman m'y avait emmenée quand j'avais 7 ans, pendant la guerre. J'y ai vu cette petite statue ancienne, si jolie, qui, m'a t elle raconté, fut trouvée par hasard dans un buisson épineux. Pour elle on construisit une chapelle et plus tard ce couvent où Henriette fut élève. Je ne sais pas au juste quelles études elle a faites. Elle n'y resta pas 6 ans parce qu'elle partit une année pensionnaire dans un couvent anglais, dans les Cornouailles. C'était Erasmus avant l'heure.

  C'est dans cet endroit que la guerre la retrouve à 19 ans. Ma grand-mère se réfugie là avec ses filles, ses fils sont au combat. Mais Henriette ne peut rester oisive et inutile pendant que le monde brûle. Elle part à Londres suivre des cours accélérés et se retrouve en Belgique, à La Panne, à l'hôpital de l'Océan, tout près du front, comme infirmière.  Bientôt les blessés affluent. Que fut sa vie là bas? J'ai un livre écrit par une autre infirmière qui vécu cette guerre avec elle.[1] Elle parle de ma mère à plusieurs reprises dans ce livre de mémoire. Que de courage il a fallut à une jeune fille si jeune encore! Aimante et sensible, Henriette a du vivre pendant quatre ans en devant supporter la souffrance des autres, la soulageant avec toute sa compassion et ses compétences. J'ai de nombreux témoignages de ses blessés de guerre, dans un carnet que j'ai retrouvé. Quel portrait ils font de ma mère!  En voici un exemple:

 A mademoiselle H.Van Acker, notre bonne "Sister"

 Connais tu la petite sœur Henriette?

Si bonne, si douce, si charmante enfant,

Elle est de celles qu'on regrette

Quand elles nous quittent un instant!

En y posant la main elle panse nos douleurs

Et quand hélas plus rien ne nous console

Sa voix nous dit des mots où chante la douceur

Et l'on revit à la fraîcheur de sa parole.

 Auprès de ceux que la douleur accable

On la voit qu'elle s'empresse à tout instant

Et le courage répond à son sourire aimable

 Par quoi récompenser un dévouement si grand ?

…On vous admire, belle âme charitable!

…On vous aime tant, petite fée de l'Océan

 Oscar Streugers

13ème régiment de ligne ¼, Blessé à Dixmude le 17/1/1916

  Je regarde, en écrivant, une photo d'époque. Henriette est au milieu de ses soldats blessés. Elle porte un voile et un uniforme strict mais elle a un sourire éclatant. "Petite fée de l'Océan," c'est bien ce qu'elle a du être pour ces soldats qui vécurent l'enfer des tranchées. 

                      Il y avait chez nous dans un coin du salon un portrait pas bien grand, peint sur toile, d'un homme jeune, en uniforme.  Il portait le même nom que mon frère: Marcel. Maman m'a raconté son histoire, qui est aussi la sienne. Ils étaient fiancés en ces temps sauvages et durs. Ils trouvaient l'un dans l'autre la force de tenir. Marcel était médecin. Il fit, un triste jour, une sortie héroïque pour sauver un blessé tombé entre les lignes. La sortie réussit mais au dernier moment, tandis que le blessé basculait dans la tranchée, les autres, en face, ont pris le sauveur pour cible. C'est dans les bras d'Henriette qu'il mourut quelques heures à peine après cet incident. J'essaye d'imaginer la scène, moi qui connais l'amour partagé, depuis tant d'années.  Ce devait être épouvantable. Où a-t-elle trouvé la force pour quitter son amour mort et aller soigner les autres blessés, qui auraient plus de chance ? Ils avaient besoin d'elle. Elle ne pouvait faiblir.

  La guerre finie, je ne sais ce que fit Henriette, où elle vécu et comment. Deux de ses sœurs s'étaient mariées, peut être les deux frères aussi. Restaient avec ma grand-mère, la petite Milou et ma mère. Elle était belle, intelligente, cultivée. Resterait elle avec le souvenir de Marcel et les regrets de ce qui n'avait pu s'accomplir? Ce n'était pas les prétendants qui manquaient mais à chacun, elle refusait avec un sourire, comme pour s'excuser.

  Un jour quelqu'un vint sonner à sa porte. Ce n'était pas un inconnu mais le meilleur ami de Marcel. Henriette écouta ce qu'il avait à dire. Sa mère lui fit, après son départ:

" J'espère que tu ne l'a pas refusé trop cavalièrement. C'est quelqu'un de bien "

"J'ai dit oui", répondit Henriette.

 Ils se marièrent un mois plus tard. Que fut la vie d'Henriette à partir de ce moment là? Fut elle heureuse avec ce grand garçon tendre qui avait si peu de choses en commun avec elle? Il n'appréciait de la musique que le Boléro de Ravel. Allez savoir pourquoi! Il ne me l'a jamais dit. Il aimait lire, elle aussi, mais lisaient ils les mêmes ouvrages? Il était colérique, elle était la douceur même, bourru et maladroit, elle avait les mots pour arranger les choses.

 Ce que je sais c'est que lui, mon père, avait adoré ma mère du temps même où son ami vivait encore, Médecin lui aussi, il avait fait sa connaissance à l'Océan. Il lui écrivait parfois, ils échangeaient des livres. J'ai lu ces lettres anodines mais j'en connais l'auteur! et tout ce qui s'y trouvait d'amour, si bien caché entre les lignes. Ma mère avait-elle deviné aussi? En les relisant peut être. Et c'est sans doute une des raisons de son mariage avec lui.

  Je me demande, je me demande…Pouvait elle aimer une deuxième fois aussi fort que la première? C'est une chose que je ne saurai jamais. Je n'ai pas connu la femme qui vécut cela, seulement ma mère. Je ne me souviens pas de l'ombre d'une dispute entre eux. Je sais que l'amour de mon père pour elle fut total et dura autant que sa vie même, comme sa douleur de l'avoir si tôt perdue. J'ignore ce que pensait vraiment Henriette. On ne parle pas de ces choses avec sa mère quand on est encore une enfant. On n'y songe même pas.

 J'aurais voulu… oh oui j'aurais voulu lui parler de femme à femme, écouter ses confidences, connaître ce qui la faisait tenir debout, lire avec elle les mêmes livres, lui expliquer mon amour pour la musique, lui demander tout et n'importe quoi, des choses aussi anodines que par exemple sa couleur préférée, ce qu'elle aimait manger, ce qu'elle pensait de ceci ou de cela, si elle avait des rêves et lesquels, ce qui lui avait manqué et ce qui la comblait de bonheur. Mais j'ai 75 ans, elle avait l'age de ma fille, à son départ. J'ai vécu tout ce qu'elle n'a pas eu le temps de vivre. Est-ce que c'est en moi que je vais trouver la femme quelle était?

Non, cette femme est morte avec Henriette. Pour moi, elle fut seulement ma mère. J'ai toujours 12 ans dans ma tête quand je pense à elle.

   La neige en gros flocons a chassé le chat du jardin. On ne voit plus l'ombre des traces qu'il avait laissées. Le sol est uniformément blanc. Il brille d'une étrange lumière.

 

8:8:8



[1] [1]" Infirmières de Guerre en service commandé" par Jane de Launoy4 pas sur la neige

17:47 Écrit par Marie-Claire Schùermans dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

18/12/2009

Absence

 

Absence

 

Je suis au bord du monde

Et j'ai peur.

Je suis au bord du monde

Et je crie: "Y a-t-il quelqu'un?"

Au dessus de moi,

Depuis le ciel noir,

Les milliards d'étoiles

Me regardent,

De leurs yeux dorés.

Elles me regardent et rient

De ma stupidité.

 

YYYYYY

Explication d'Absence

L'explication de ce vers est qu'en fait il n'y  a personne qui s'occupe de ce qui se passe sur la terre et que c'est stupide d'espérer une réponse à ma question parce qu'il n'y a personne pour me répondre. D'Où le titre "Absence". Depuis que je suis née il y a eu toujours quelqu'un pour me dire que Dieu existe et qu'il s'occupe de nous. Je me suis rendu compte avec le temps qu'en fait il n'y avait personne et cela me manque, je voudrais encore y croire et ...les étoiles se moquent de moi, bien sur! J'ai eu l'idée de ce poème avec un dessin. On y voyait la terre et un bonhomme debout dessus qui criait dans une bulle, vers le ciel :"Y a quelqu'un? Y a personne?" C'était très parlant et très angoissant quelque part. Mais cela me donne du courage parce que je me dis que je ne dépends que de moi même et c'est seulement à moi que je dois des comptes pour ce que je fais de ma vie. ET ceux qui peuvent m'aider, ce sont les gens qui ont compté pour moi dans ma vie et qui ne sont plus là. Mais leur esprit est toujours en moi et ils y vivront aussi longtemps que je vivrai moi même. Je pense à mes parents bien sur, surtout. Mais aussi à ceux que je mets dans mon île. J'ai inventé une île où je rassemble en esprit tous ceux qui m'ont influencée et dont j'ai appris quelque chose de fort.

 

09:59 Écrit par Marie-Claire Schùermans dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

14/12/2009

La route de la Soie

2 route de la soie
Une des expositions  "Europalia Chine" est particulièrement intéressante, conviviale et instructive. Il s'agit de "La route de la soie" exposée aux Musées Royaux d'art et d'Histoire, au Cinquantenaire, à Bruxelles. Le visiteur parcourt cette route avec les marchands d'autrefois, dans un décor grandeur nature de piste désertique, de villages nomades, de villes à l'architecture étonnante. Tout au long du chemin, des panneaux explicatifs en quatre langues, des cartes, expliquent comment voyageaient non seulement les étoffes de soie mais aussi le savoir faire des peuples dont le territoire était traversé, leurs croyances, leurs habitudes, leurs rites, leurs langues, leur écriture. Les archéologues ont trouvé et inventorié de nombreuses tombes qui contenaient de véritables trésors, bijoux, parrures,  mais aussi des ustensiles, poteries, statuettes, des vêtements, des étoffes.  Ces objets sont exposés dans des vitrines mises en valeur par un éclairage parfait et illustrent les textes ainsi que les commentaires des audioguides.

15:46 Écrit par Marie-Claire Schùermans dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

12/11/2009

Arto Paasilinna : Petits suicides entre amis

Arto Paasilinna : "Petits suicides entre amis"

Biographie d'Arto Paasilinna    
Né à Kittilä le 20 avril 1942

Né à l'arrière d'un camion, en pleine fuite des allemands, Arto Paasilinna traverse la Norvège, puis la Suède pour finir en Laponie finlandaise. Dès 1955, il exerce des métiers manuels comme celui de bûcheron ou d'ouvrier agricole mais suit, quelques années plus tard, des cours d'enseignement général à l'Ecole supérieure d'éducation populaire de Laponie. Il commence à écrire en devenant stagiaire au quotidien régional, 'Lapin Kansa'. Entre collaboration à la rédaction de divers journaux et revues littéraires, et l'écriture de romans tels que 'Le lièvre de Vatanen' (1993) ou 'Le fils du dieu de l'orage' (1995), il trouve encore le temps de composer des scénarios pour le cinéma et la télévision. Les thèmes récurrents comme celui de la fuite, des personnages singuliers et un art de la répétition qui n'appartient qu'à lui font toute l'originalité de ses oeuvres. Cet auteur prolifique et brillant est devenu une figure emblématique et incontournable de la littérature finlandaise, et est parti pour gagner la reconnaissance d'un public international.

Résumé du livre

Un beau matin, Onni Rellonen, petit entrepreneur dont les affaires périclitent, et le colonel Hermanni Kemppainen, veuf éploré, décident de se suicider. Le hasard veut qu'ils échouent dans la même grange. Dérangés par cette rencontre fortuite, ils se rendent à l'évidence : nombreux sont les candidats au suicide. Dès lors, pourquoi ne pas fonder une association et publier une annonce dans le journal ? Le succès ne se fait pas attendre. Commence alors une folle tournée à travers la Finlande : une trentaine de suicidaires de tous poils s'embarquent pour l'aventure. Un périple loufoque mené à un train d'enfer, des falaises de l'océan Arctique jusqu'au cap Saint-Vincent au Portugal.

Commentaires

Ce livre traite d'un thème douloureux d'une façon tout à fait humoristique, mais parfaitement logique. Les personnages décrits sont des gens comme tout le monde, avec chacun leurs spécificités, chacun leur raison de vouloir mettre fin à leurs jours. L'implacable logique du récit amène une conclusion à la quelle aucun lecteur n'aurait pensé en commençant ce livre. Bien entendu, ce récit est une satire, mais sa lecture peut quand même amener le lecteur à se poser pas mal de questions au sujet du suicide et être poussé à réfléchir, au delà de l'humour, à son absurdité.

11:10 Écrit par Marie-Claire Schùermans dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

11/11/2009

Peter Singer : Questions d'éthique partique.

Peter Singer :

 Questions d'éthique pratique".

 Voici en gros ce que je pense de ce livre. D'abord, il est évident que je suis d'accord avec pas mal de choses, par exemple le respect qu'il faut avoir pour tout ce qui est vivant, le fait qu'il est inadmissible de faire souffrir les animaux, quelle que soit leur taille, et de les utiliser inutilement pour des expériences. Je suis aussi d'accord qu'il faut respecter l'environnement, pas seulement pour nous, mais aussi pour tous les êtres vivants qui ont autant de droits que nous à vivre sur une terre vivable. Je suis, bien sur, contre la chasse qui est devenue un sport cruel et plus une nécessité pour survivre. Je suis aussi contre la pêche où l'on attrape des poissons pour le plaisir, pour les rejeter ensuite. Je déteste voir des oiseaux en cage, je n'aime pas trop voir des animaux dans un cirque ou un zoo. Je suis d'accord sur le  fait que nous sommes, nous aussi, des animaux, d'une espèce un peu plus évoluée au point de vue intelligence et douée de conscience, ce qui ne nous donne nullement le droit de considérer que nous avons tous les droits sur la nature qui nous entoure, en ce y compris les autres êtres vivants.

Pour ma part, je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour mettre en pratique ces idées, en triant, par exemple, les déchets, en évitant la multiplication des sacs en plastic, en ne jetant rien par terre, en respectant les plantes et les animaux. J'achète des poulets et des œufs en provenance d'élevages qui respectent le bien être des volailles. Ici en Belgique, c'est facile de s'y retrouver, il y a un label de qualité de vie pour les volailles sur les paquets. (Mais tout le monde ne peut pas faire ça, les volailles élevées en batterie sont beaucoup moins chères) Je ne mange jamais de foie gras. Je suis contre la déforestation et je me préoccupe autant des bonobos que des baleines et des dauphins. Je suis contre les avortements de convenance et leur emploi à la place de contraceptifs. Je suis contre la guerre, les massacres, la peine de mort, la pollution physique et intellectuelle, le racisme (parce qu'il n'existe sur terre qu'une seule race humaine, ce qui différencie les gens est bien plus que la couleur de leur peau)

 

Mais ! J'ai été très choquée par certaines idées de ce livre, et pour commencer par  sa forme: je déteste la manipulation des gens par le biais des syllogismes, ce dont use et abuse l'auteur. Je préférerais qu'il expose ses idées tout simplement, parce que celui qui n'est pas d'accord ne va pas changer d'avis avec de tels arguments (les syllogismes). C'est une façon que j'estime malhonnête de vouloir convaincre, c'est presque un viol moral. Je refuse de me laisser manipuler. J'ai un cerveau et je veux réfléchir par moi-même sur le bien fondé  des idées de quelqu'un et décider toute seule si j'y adhère ou pas.  

L'auteur emploie des raisonnements fallacieux en excluant d'office ce qui pourrait le gêner.  Il ne tient pas compte de choses fondamentales, comme le fait que chaque espèce est solidaire de ses semblables.

Je trouve inadmissible pour un homme de mettre sur le même pied, par des raisonnements boiteux, un enfant nouveau né ou un handicapé et un animal d'une autre espèce, aussi intelligent soit il, aussi capable de souffrance ou de bien être soit il. Je ne dis pas que les humains sont des animaux supérieurs aux autres animaux, je dis que ce sont des humains et à cause de cela je les préfère aux autres êtres vivants parce que je suis humaine moi aussi. Et entre le bien d'un animal, quel qu'il soit, et celui d'un  humain, je n'hésite pas un instant.

Si on veut suivre ses raisonnements à la lettre, syllogismes y compris, on arrive à des aberrations : il faut protéger les êtres vivants. Les virus et les autres microbes  sont des êtres vivants. Donc on ne peut pas prendre des médicaments pour se soigner, parce que cela les tue.

Ou bien, suivant le même raisonnement, il ne faut pas chasser les rats et les souris de sa maison, ni les poux sur la tête de ses enfants, ni les moustiques qui sont vecteurs de malaria, ni les sauterelles qui mangent tout sur leur passage, ni les mouches tsé-tsé, etc…Et le cuir, les fourrures, la laine? C'est chez les autres animaux qu'on trouve tout cela. Il ne met pas de pull et il n'a pas de souliers, Peter Singer?

Je trouve que les femmes doivent avoir le choix d'avorter quand on remarque un handicap certain et très invalidant sur un fœtus, ou si la grossesse est le résultat d'un viol, ou si la future mère est une jeune adolescente et que l'enfant risque de ne pas être aimé si on oblige l'aboutissement normal de la grossesse. De même si la santé de la future mère est très compromise.

Bien sur, je suis contre ce que faisaient les nazis quand ils supprimaient les handicapés et les malades mentaux. Un embryon de quelques semaines ne peut pas être comparé à un enfant né vivant. Je suis pour le fait que des gens qui ont une tare grave dans leur famille puissent empêcher la naissance d'un enfant porteur de cette tare, en faisant un tri dans les embryons produits in vitro. Si cela peut aider à trouver des remèdes efficaces, je ne suis pas contre les manipulations d'embryons puisque ce ne sont que des cellules vivantes qui ne sentent rien et ne souffrent pas.

Je ne vois pas du tout la raison de devenir végétarien pour ne pas tuer des animaux, si ce sont des animaux élevés normalement, en ayant soucis de leur bien être durant leur vie, et tués sans leur occasionner de souffrances. Les hommes sont des omnivores depuis la nuit des temps. Certaines théories des préhistoriens avancent même que c'est en grande partie la consommation de protéines animales qui a permis au cerveau humain de se développer.  Dans la vie, la loi est manger ou être mangé et cela vaut pour tout ce qui vit. Tout être vivant est un prédateur pour un autre. Chacun se sert des autres pour survivre (et la nature n'est pas exempte de cruauté loin de là!)  C'est vrai pour nous aussi.

C'est faux de dire que les recherches pour les nouveaux médicaments, les vaccins, la lutte contre le cancer, le sida etc.. pourraient être menées à bien sans expérience sur des animaux. Qui préférerait que son enfant meure, sans être soigné, parce qu'on aurait défendu les expériences sur les animaux? Peter Singer est sans doute très sincère et peut être essaye t il de vivre selon ses idées. Mais je ne suis pas d'accord avec l'argument suivant " si on trouve quelque chose a redire c'est que ses arguments nous dérangent et nous forceraient a changer beaucoup de choses dans notre manière de vivre et de penser".

Cela ne me dérange pas du tout qu'il pense comme ça. Chacun est libre de penser comme il veut. Mais je refuse absolument, et c'est surtout ça qui me dérange dans ce livre, que qui que ce soit veuille m'obliger à être de son avis, par des moyens fallacieux. Il est utopique et il est bien certain que ce n'est pas une personne qui change sa manière de vivre qui va changer grand-chose.

Ce ne sont pas, par des arguments de choc, qu'on va pouvoir changer quoi que ce soit. Je trouve au contraire que c'est par le raisonnement scientifique, l'exposé rationnel des faits et de leurs conséquences, l'éducation, pour ôter ces idées absurdes, véhiculées par les religions créationnistes, qui font de l'Homme le roi et le maître de l'univers! Il faut parler aux gens de leur propre intérêt. Si on pollue la terre, si on ne respecte ni les plantes, ni les animaux, nous ne survivrons pas. C'est ça qu'il faut faire et pas du sentimentalisme genre : je ne vais pas manger de poulet, le pauvre a le droit de vivre! Et pas de poisson non plus: ils sont stressés si on les pêche. Pas de lait (c'est pour les veaux); pas d'œufs: ils auraient pu devenir des poussins. Pas de steaks, pas de jambon, pas de pâtés, de boudin etc.

 Les hommes ne sont pas des herbivores! Et on voit en Inde, par exemple, ce que cela donne avec des gens qui sont végétariens. Ils sont indolents au point d'avoir une religion qui les conforte dans l'idée de ne rien faire pour changer sa situation de vie. "S'ils sont malheureux, c'est qu'ils n'ont pas été gentils dans une autre vie, alors il ne faut surtout rien y changer,  pour avoir une meilleure vie à la prochaine renaissance"

 En conclusion, Peter Singer a de bonnes idées, c'est certain. Nous devons prendre conscience de notre vraie place dans la nature, des responsabilités que nous avons parce que nous SAVONS, ce qui n'est pas le cas des autres animaux. Nous devons respecter l'environnement, les autres êtres vivants aussi mais il faut raison garder et ne pas se laisser embobiner par des idéaux utopiques et pas vraiment souhaitables dans leur entièreté.

Rien ni personne ne pourra jamais me forcer à faire quoi que ce soit. Si je trouve des idées bonnes, je ne me sens pas pour autant forcée à quoi que ce soit. C'est après réflexion que je décide de ma façon de vivre et, si je suis convaincue de quelque chose, les arguments qu'on aura pu donner, pour me convaincre, ne  me dérangent pas.

            Les syllogismes de Peter Singer ont l'air juste,  mais ils sont boiteux. On peut prouver tout ce qu'on veut de cette manière, même de dire finalement qu'un cheval bon marché est cher. Je me méfie absolument des gens qui cherchent à convaincre. Normalement, si une théorie est bonne, le seul fait de l'énoncer devrait suffire à emporter l'adhésion des gens. Ce n'est pas à quelqu'un qu'on adhère éventuellement, mais bien à des idées qu'on juge bonnes. Et peu importe celui qui les a émises.

 

Marie-Claire.

 

 

11:33 Écrit par Marie-Claire Schùermans dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |