23/04/2010

Souvenir pour Cindy

Souvenir pour Cindy

 

 

 

Ce matin là, un matin comme les autres, j'ai ouvert les yeux et j'ai vu ma soeur se regarder dans la glace en faisant des mines, comme à chaque fois qu'elle se croyait seule ...

 

Mais, il faut d'abord que je t'explique : il y avait beaucoup d'enfants chez moi.

J'avais deux soeurs et trois frères taquins, tous plus grands que moi. Ils semblaient me considérer comme un objet, me cajolant, jouant avec moi, ou bien m'écartant sans ménagement suivant leur humeur, sans jamais me demander mon avis.

Pour être tranquille, je me cachais en‑dessous du piano avec des coussins, des livres et Viviane, ma poupée chérie. Je riais tout bas quand je les entendais m'appeler. Silencieuse comme une petite souris, je me gardais bien de sortir de mon trou douillet.

 

Petite fille souvent seule, j'avais du temps pour rêver.

J'imaginais des choses qui parfois me faisaient rire et les autres pensaient que j'étais un peu folle.

Mon invention préférée était de m'imaginer que j'étais une magicienne. Tout ce qui me passait par la tête, même les choses les plus farfelues, se réalisaient aussitôt.

Par exemple, les chicons détestés, dans mon assiette se changeaient en crème au chocolat et pour punir mes frères de leurs taquineries, je les transformais sans pitié en grenouille.

C'était un jeu si amusant que j'y jouais toute la journée, à la maison, à l'école, et au parc devant chez moi, où ma trottinette devenait moto, auto, avion, au gré de ma fantaisie.

Transformer les choses et les gens dans ma tête était devenu plus qu'une habitude, presqu'un réflexe.

 

C'est pourquoi, ce matin là, en me réveillant, quand j'ai vu ma soeur se regarder dans la glace en faisant des mines, j'ai pensé tout de suite "que son nez s'allonge comme celui de Pinocchio."

Alors, crois‑moi ou pas, mais j'ai eu la surprise de ma vie : son nez est devenu VRAIMENT très long ! Le plus étrange était qu'elle semblait n'avoir rien remarqué.

Je me frottai les yeux, pensant rêver. Mais non ma soeur et son long nez sortirent tranquillement de la chambre pour descendre déjeuner.  Je n'en revenais pas !

Plus tard, à table, mon frère se mit à me chatouiller le cou pendant que je buvais mon lait. Bien sûr, j'ai renversé et maman m'a  grondée. Sans réfléchir, j'ai pensé "grenouille". Mon frère disparut aussitôt. Et c'est à une grenouille bien verte que papa a donné une tartine de confiture, comme si c'était tout naturel.

 

A l'école, j'ai vécu un vrai cauchemar. Je n'osais plus penser à rien, car, aussitôt, tout se réalisait.

Quand Nicole la plus sotte de la classe, répondit à la maîtresse que 2 et 2 faisaient 5, je pensai étourdiment "Quel âne !"

Malheur, un âne, un vrai, se trouva assis à côté de moi...

Le plus drôle (ou le plus terrible) fut quand la maîtresse se trouva transformée en poule parce que j'avais pensé qu'elle faisait exactement le même bruit qu'une poule en se fâchant.

Le jeu avait tout à fait cessé de m'amuser. J'aurais bien voulu tout arrêter. Mais comment s'arrêter de penser ? Surtout que des choses de plus en plus folles me venaient à l'esprit.

A la sortie, dans les rangs, il y avait, outre l'âne et la poule, un cochon rose, deux chats, quelques souris et... un hippopotame!

 

Je rentrai chez moi en courant.

J'étais bouleversée, d'autant plus que le bus qui passait avait maintenant mille pattes, tandis que la boîte aux lettres au coin de la rue tirait la langue en roulant des yeux comme des billes.

Je me jetai en pleurant dans les bras de maman.

 "Je voudrais que tout redevienne normal!" criai‑je.

"Je pense que tu as de la fièvre" dit­-elle, doucement en posant sa main sur mon front.

 

J'ouvris les yeux. C'était le matin. Le soleil  entrait tout content dans ma chambre et promenait ses doigts dorés sur l'étagère avec mes livres, sur mes habits et sur mes jouets au bout du lit.

Ma sœur se regardait dans la glace et son nez était tout mignon, comme toujours.

 

"J'ai fait un cauchemar" pensais-je.

Tout cela n'était qu'un rêve affreux! Je sautai de mon lit toute heureuse et courut embrasser ma sœur, en me jurant de ne plus jamais rien inventer.

 

Seulement, il faut bien avouer que je n'ai pas tenu ma promesse.

Même à présent que je suis une grand-mère, quelque part dans ma tête, je crois que je suis restée une petite fille car il m'arrive encore de rire toute seule à cause des inventions farfelues qui me viennent à l'esprit.

 

Il faudrait pourtant que je fasse attention de ne plus traiter Yannick, mon petit‑fils, de cornichon !

On ne sait jamais...

FIN

 

 

 

09:48 Écrit par Marie-Claire Schùermans dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

tête de linotte, arrête donc de penser que mon nez est long... Amen

Écrit par : anne-marie | 01/05/2010

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