23/04/2010

Atelier d'Ecriture

Atelier d'écriture

 

            Perplexe. Elle regardait les petits papiers où, sur chacun, une phrase était griffonnée. Et ces autres, avec des images en noir et blanc. En noir et blanc! Elle qui ne rêvait qu'en couleurs!

             Qu’allait-elle faire avec tout ça? Les autres écrivaient avec application, certaines, le nez en l'air et le stylo aussi, réfléchissaient, ou rêvaient peut être, qui sait? Elles avaient d'autres phrases, sans doute plus belles ou plus gaies. Elle relut les siennes, l'une après l'autre, avec application. Noir et blanc. Les phrases aussi étaient en noir et blanc, sans rire, sans chanson, sans soleil et sans joie.

            Perplexe. Elle avait les doigts sur le clavier de son portable et contemplait d'un air incertain la page blanche sur l'écran. Elle n'avait encore rien écrit. Un éclat de soleil, lancé par une fenêtre que quelqu'un ouvrait, dans la maison en face, ricocha sur ses lunettes. Elle leva la tête. A travers le carreau, le ciel était si bleu. Elle songea à Verlaine : "Le ciel est par dessus les toits, si bleu, si calme…" On entendait les rumeurs de la ville, le bruit de ferraille du tram, un klaxon impatient, la pétarade d'une mobylette. 

                Dans la pièce, il n'y avait aucun bruit. Elle vit la fille aux cheveux noirs parler à sa voisine, si bas qu'on voyait seulement sa bouche articuler Dieu sait quoi. La voisine  étouffa un éclat de rire et jeta un coup d'œil inquiet aux alentours. Personne ne semblait l'avoir entendue. Soulagée, elle replongea son nez sur la page où courait un gribouillis de mots.

                   Des mots! Mais oui, bien sur, les phrases étaient faites de mots!  Est-ce que les mots étaient noirs eux aussi? Ce Noir qui règne sans partage sur la Nuit, le Brouillard, le Deuil et les Chagrins? Les engloutissait-il, comme un trou noir avale les galaxies?

                    Le laisserait elle faire, sans rien tenter? Elle reprit les phrases l'une après l'autre. Leur sens importait peu. Elle chercha les mots qui en valaient la peine, ceux qu'elle allait sauver de l'anéantissement. Dans la première, elle trouva  idée et aiment, dans une autre: lumière, puis animal, aimer, et enfin les rues de la ville.

                     Les rues de la ville. Son regard tomba sur la photo qui représentait une rue sombre, noyée de pluie. L'image s'anima dans sa tête, elle vit un chien tourner le coin, en trottant, son derrière de travers, et la lumière pale d'un réverbère tomber dans les flaques avec la pluie.

                     Mais ce n'était pas là, la rue qu'elle aimait. C'était triste à pleurer. Sombre. Inquiétant. Et les mots employés n'étaient pas sauvés. Elle secoua la tête pour en faire tomber cette idée qui venait de l'image en noir et blanc. Noir et blanc…

                  Une explosion de couleurs envahit son esprit. Elle vit soudain la même rue, un jour d'été. Etroite, elle gardait une certaine fraîcheur entre les maisons à encorbellement qui se disaient bonjour d'une fenêtre à l'autre. Le soleil éclairait vivement les sculptures en bois peintes et les fleurs dégringolant des jardinières, dans un éblouissement de vert et de rouge éclatant, tandis que sur les pavés en bas, l'ombre propice sautait, de ci de là, sur  les flaques de lumière chaude. Elle avait aimé cette rue, cette ville. Et bien d'autres qui lui ressemblaient.

                  Sans qu'elle s'en rende compte, ses doigts courraient sur le clavier du portable et la page de l'écran s'animait. Elle avait oublié l'atelier, les autres, la fille aux cheveux noirs, les rumeurs de la ville. Elle marchait, la main dans la main de celui qu'elle aimait, à travers toutes ces rues qu'ensemble ils avaient parcourues, au long des années, depuis si longtemps.

                   Et le vent leger des beaux jours s'est levé, les phrases et les mots et les photos, de noir et blanc devenus couleurs, se sont envolés pardessus les toits de la ville. Avec un grand rire, elle les a suivis, son portable sous le bras.

 

8:8:J8:8:

09:51 Écrit par Marie-Claire Schùermans dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

Rêve, mon enfant, rêve vraiment étonnant !
j'aime

Écrit par : anne-marie | 01/05/2010

C'est difficile de trouver informés personnes sur cette sujet , cependant, vous sembler vous savez ce que vous parlez! Merci

Écrit par : Emmy | 10/07/2013

Les commentaires sont fermés.