23/02/2010

Le bracelet de vermeil

Le Bracelet de Vermeil

 

Il était une fois un château fort bâti au sommet d'une colline. Des créneaux en couronnaient les  murailles. Un fossé profond l'entourait, rempli d'eau glauque où se reflétaient les tours poivrières et le donjon massif. Un pont-levis, une herse et une forte porte en chêne, bardée de métal et de clous, en défendaient l'accès.

 

            Cependant, le pays était calme ce printemps-là. Par le pont-levis baissé et les deux battants ouverts de la porte, se pressait un va et vient de gens, les uns portant des paniers rempli de verdures, les autres poussant des animaux, rétifs ou dociles, bœufs, cochons que le boucher attendait, ânes porteur de farine. Une soubrette amenait un panier de linge, frais lavé à la rivière qu'on voyait miroiter dans la plaine.  De ci de là picoraient des poules, des paons et des pigeons, dans la cour intérieure, entre les serviteurs affairés. 

Au milieu de toute cette agitation, un garçon musardait, le nez en l'air. Il avait quinze ans, un air ingénu, des cheveux bouclés et les joues roses de l'enfance qui l'avait quitté depuis peu.

 

"Thibaut, que fais-tu là, paresseux?" lui lança la soubrette en passant, "Es-tu le seul à ignorer la venue de la Damoiselle Sybille ? Elle arrive céans, les guetteurs ont vu son cortège au-delà du village. Elle sera là dans moins d'une demie heure."

"Que m'importe la Damoiselle, Nicolette ma mie, quand j'ai devant moi le plus joli minois qu'on peut voir à des lieues à la ronde, " répondit le jouvenceau.

 

" Ne t'avise pas d'y toucher, à ce joli minois" fit la soubrette, en riant.

 

"Et au reste, je peux?" répondit effrontément Thibaut, en tirant la belle par son bliaut

 

" Au lieu de dire des bêtises, aide-moi plutôt à porter mon panier."

 

 

A ce moment, des cavaliers entrèrent en trombe dans la cour, bousculant tout qui ne se garait pas assez vite.

Une troupe de soldats les suivit, escortant une Dame à l'air sévère, montée sur une jument  blanche, et une Damoiselle de bleu vêtue, portant diadème d'or sur ses longs cheveux dénoués. Son cheval était noir comme un diable. Il encensait et ses naseaux fumaient. Le contraste était saisissant entre l'étalon plein de feu et sa cavalière, encore presque une enfant.

 

Thibaut, poussé dans une encoignure, avec Nicolette et son panier, regardait la jouvencelle, comme une apparition. Pourtant, elle passa devant lui, hautaine, sans le voir, pas plus qu'elle ne sembla voir la foule pressée dans la cour.

Un écuyer l'aida à  descendre de sa monture et la fillette s'avança vers la châtelaine qui venait d'apparaître sur les degrés du logis Seigneurial.

"Soyez la bienvenue, chère enfant, dit la châtelaine, votre voyage s'est-il bien passé? Vous devez être fatiguée. Entrez vous rafraîchir. Le repas sera servi dès le retour du Comte."

Orpheline, Sybille était la nièce du comte de Gréole, le Seigneur du domaine. Son père avait péri en Terre Sainte après avoir vaillamment combattu les infidèles.  Sa mère, ayant trépassé au cours de l'hiver, l'avait confiée par testament aux bons soins de  son frère et de son épouse. Le printemps s'était fait longtemps attendre, c'est pourquoi Sybille du Pontois arrivait seulement chez son oncle, quatre mois après le décès de la comtesse, sa mère.

Elle était arrivée  en compagnie de sa gouvernante, une  vieille fille austère et revêche qui élevait avec sévérité  cette enfant au caractère fantasque et rebelle.

Les jours qui suivirent leur arrivée, Thibaut, oublieux de taquiner Nicolette comme à son accoutumée, trouvait tous les prétextes pour traîner au château dans l'espoir de rencontrer la Damoiselle. Orphelin lui aussi, fils d'un baron ruiné, il était au service du Comte, bon à tout faire, ni vilain, ni écuyer, il végétait, apprenant par ci, par là de qui voulait bien l'instruire les rudiments nécessaires pour devenir plus tard Chevalier. Du moins, c'était là son rêve!

 

 

Comme il fallait s'y attendre, le château n'étant pas si grand, il se trouva un beau jour, au détour d'un couloir, nez à nez avec l'objet de ses pensées. Sybille sortait d'une pièce à l'étourdie et faillit lui tomber dans les bras.

Cette fois elle lui jeta un regard courroucé: quel était ce minable qui avait osé se trouver sur son chemin? Bredouillant Dieu sait quoi, Thibaut lui laissa le passage. Il y avait tout de même un certain progrès: la Damoiselle l'avait regardé!

 

D'espoir en désespoir, le hasard, bon enfant, les fit se rencontrer souvent. Plus les jours passaient, plus son amour grandissait. Il n'avait plus qu'un seul rêve: avoir un jour Sybille comme épouse.

Nicolette suivait d'un air goguenard  les heurs et les malheurs des amours impossibles du garçon. Elle se moquait gentiment de lui: pour qui se prenait-il, tout baron qu'il était, sans un sol vaillant, sans avenir? La Damoiselle avait du bien, de la naissance. Le fief de son père prospérait sous l'autorité efficace d'un régisseur tandis qu'elle vivait chez son oncle. Bientôt les jeunes seigneurs des alentours se presseraient à la porte du château dans l'espoir d'épouser la jouvencelle et sa fortune. On disait même que la Cour avait eu vent de sa beauté. Le roi avait plusieurs fils. Qui sait si un jour Sybille ne deviendrait pas Princesse?

 

"Tu n'es pas gentille, Nicolette. Pourquoi me décourages-tu de la sorte?"

"Parce que je t'aime, idiot! Je n'ai pas envie de te voir malheureux."

"C'est vrai? Tu m'aimes? Alors tu vas m'aider! J'ai entendu l'autre soir, à la veillée où pour une fois le Comte m'avait convié, j'ai entendu, dis-je, la Damoiselle déclarer qu'elle épouserait seulement celui qui serait capable de lui amener le bracelet de vermeil de la reine Guenièvre.

Bien sur, le Comte a ri. Mais Sybille était sérieuse. Elle ne se dédirait pas. Nicolette, ce bijou c'est moi qui le lui apporterai."

 

"Tu es devenu fou, Thibaut. Comment et où voudrais-tu le trouver?"

"Voilà quatre nuits que je passe à la bibliothèque du château. Il s'y trouve de vieux grimoires et des manuscrits précieux. A part le chapelain, personne ne s'y intéresse. Le Comte lui-même sait à peine lire. Moi, je connais le latin, j'ai appris à lire avec un clerc. J'ai habité chez lui une année avant de venir ici. Le bracelet de Guenièvre existe. Il suffit de le trouver."

 

"Comment feras-tu? Voyons, tu sais bien que c'est impossible!"

" J'ai mon cheval, c'est mon seul bien, avec l'épée de mon père. Je vais partir dès l'aube et ne reviendrai qu'avec le bijou. J'irai au bout du monde s'il le faut mais je le trouverai."

 

 

Nicolette fit tout ce qui était en son pouvoir pour le dissuader. Ne savait-il pas qu'il y avait des brigands un peu partout? N'avait-il donc jamais entendu parler des troupes du féroce Prince Noir? Que ferait-il, tout seul, avec un cheval âgé et une épée trop grande pour lui? Il n'avait pas un sol en son escarcelle. De toute façon, comme il resterait parti longtemps, (il n'allait pas trouver ce bijou sous le pas de son cheval) à son retour, la Damoiselle serait mariée, oublieuse de son caprice d'un moment. Et qu'il ne compte en aucun cas sur elle! S'il voulait faire cette folie, qu'il la fasse tout seul!

 

Et c'est ainsi que le lendemain, ils partirent tous les deux sur le vieux cheval du baron défunt. S'il s'était figuré que Nicolette allait l'abandonner, il était encore plus fou qu'on ne l'aurait cru! Qu'aurait-il mangé ? Et bu? Le soleil sera bientôt au zénith. Il pensait sans doute que des fontaines parsèmeraient son chemin et qu'il trouverait du pain sur le bord de la route? Encore heureux qu'elle avait quelques écus cachés dans un bas, sous sa paillasse! Ils tiendraient bien quelques jours avec cela et rentreraient alors au château, bredouilles bien entendu,  sains et saufs,  à condition que les soudards du Prince Noir prennent une autre route!

 

            Tandis qu'elle bougonnait dans son dos, Thibaut riait et se sentait tout guilleret, à chevaucher sous un ciel bleu comme le manteau de la Madone. Cela ne lui déplaisait pas non plus de sentir les bras de Nicolette autour de sa taille et son corps souple tout contre lui. Il allait sur ses seize ans, il avait la vie devant lui. Il espérait presque mettre du temps avant de trouver le bracelet de la Reine, pour profiter du voyage et voir du pays.

 

Ils allèrent tantôt à cheval, tantôt marchant pour l'épargner, le pauvre ! Ils logèrent dans les granges des fermes, mangèrent ce qu'ils trouvèrent ou ce qu'on voulut bien leur donner quand les provisions de Nicolette eurent disparu dans leur gosier, arrosées généreusement d'eau claire. Le temps restait beau et les brigands avaient à faire en d'autres lieux. Eux-mêmes s'arrêtaient dans les abbayes, interrogeaient les moines, consultaient de vieux parchemins, mais le bracelet de Guenièvre restait introuvable.

 

Un jour, pourtant, il y eu un indice: d'entre les feuilles d'un manuscrit, un bout de parchemin s'échappa quand Thibaut l'ouvrit. L'ayant parcouru, il poussa un cri de joie. Il s'agissait de la fin d'un conte ancien, quelques lignes, mais elles faisaient allusion au bracelet de vermeil! La reine Guenièvre le portait au poignet lors de sa mise au tombeau! 

Nicolette protesta vigoureusement: il ne s'agissait que d'un conte! Et quand bien même serait-il vrai, où donc se trouvait le tombeau de la reine? Et Thibaut allait-il, le trouvant, l'ouvrir pour voler le bijou? Ne savait-il pas que profaner une tombe était grand sacrilège? Il serait certes excommunié! Que deviendrait-elle alors, pauvre Nicolette! Elle irait se pendre dans l'heure! Que faire d'autre?

 

Thibaut se mit à rire et lui plaqua deux gros baisers sur les joues pour l'apaiser. Ils reprirent leur errance, plus souvent à pieds qu'à cheval, le vieil animal boitant bas. Bientôt hélas, il rendit son âme fidèle au dieu des chevaux, à l'orée d'une sombre forêt.

 

Il y avait plus de quatre mois qu'ils marchaient au hasard, quêtant l'impossible. L'été, bien avancé, tirait vers l'automne. Déjà, les soirées fraîchissaient et le soleil au couchant allongeait les ombres sur les collines. Dans les champs, ne restait des blés que la paille. Sur les coteaux là bas, les vignerons cueillaient le raisin mûr en chantant.

 

"Qu'allons-nous faire, à présent?" soupira le jouvenceau en caressant pour la dernière fois l'encolure de l'animal.

 

"Rentrons, Thibaut. Je suis lasse. Tu ne trouveras jamais ce que tu cherches et la Damoiselle a déjà oublié son idée.  Faisons demi-tour."

 

"Peut-être as-tu raison, ma mie. Il faut que je me fasse une raison. Cette quête est impossible."

 

Le soir tombait. La journée avait été chaude. Un orage menaçait. Ils cherchèrent un abri pour la nuit. Ils entrèrent dans la forêt, espérant trouver une cabane de bûcheron. Ils marchaient vite, ils n'étaient pas à leur aise. De loin le tonnerre roulait. Il n'allait pas tarder à pleuvoir.

Il faisait de plus en plus sombre. C'est ce qui les sauva. Le bruit de chevaux au galop les fit se jeter dans les fourrés bordant le chemin. Il était temps! Trois cavaliers passèrent en trombe devant eux sans les voir. Ils eurent le temps de remarquer qu'ils étaient fortement armés et portaient cuirasse. Derrière leur selle, pendaient de gros sacs. Ils avaient la mine farouche.

C'étaient des bandits, à n'en pas douter, ou des soldats en rupture de guerre avec leur butin.

Les jeunes gens, serrés l'un contre l'autre, tremblaient de peur. Et la pluie qui commençait à tomber en larges gouttes!

Un éclair un instant les aveugla et le tonnerre aussitôt gronda longuement dans la nuit. S'ils restaient là, la foudre les menacerait. Ils se levèrent et partirent en pataugeant dans les flaques qui s'élargissaient sur le chemin détrempé. Encore un éclair et sous leurs yeux ils entrevirent un bâtiment en mauvais état, une ancienne chapelle, bâtie autrefois par un ermite et qui tombait en ruines.

            Comme ils s'en approchaient, ils entendirent hennir un cheval. Les trois bandits devaient être à l'intérieur.

 

"Allons-nous en, supplia Nicolette. S'ils nous voient, ils nous tuerons."

 "Ne dis pas de bêtises. Ils ne pourraient pas nous voir. Il fait noir comme dans un four."

 

Prudemment, ils contournèrent la chapelle. Sous un auvent battant sous le vent de l'orage, les chevaux s'abritaient tant bien que mal de la pluie qui tombait dru. Les sacs ne se trouvaient plus derrière les selles.

Thibaut avisa un fenestron sous le toit branlant de la chapelle. Grimpant hardiment sur un tas de pierres éboulées, il lança un regard dans l'oratoire. Ébahi, il  vit que  les bandits  avaient descellé une pierre tombale, au milieu du chœur.  Dans le trou ouvert ainsi sous leurs pieds, ils glissaient les sacs les uns après les autres. Le garçon en avait vu assez. Il rejoignit Nicolette, frissonnante de crainte et de froid, et l'entraîna dans l'épaisseur de la forêt.  Ils coururent longtemps en silence, s'écorchant les jambes aux ronces, désireux de mettre autant de distance que possible entre eux et la chapelle qui abritait les bandits. Épuisés, ils finirent par s'endormir au pied d'un chêne géant, blottis l'un contre l'autre, au plus profond de la forêt.

 

Ce fût le soleil qui les réveilla, glissant ses rayons neufs entre les arbres jusque sous leur nez. Ils s'étirèrent, encore trempés par la pluie qui n'avait cessé avant la mi-nuit.

"Qu'allons-nous faire?" questionna Nicolette. "Retrouver la chapelle et prendre les sacs" répondit le garçon tout de go.

 

Il était fou, complètement fou! Pourquoi l'avait-elle suivi jusqu'ici? Elle devait être folle, elle aussi! Mais qu'il ne compte pas sur elle pour retourner se jeter sur l'épée des bandits!

Elle le suivit pourtant en marmonnant. Allait-elle rester seule au milieu des bois? Que deviendrait-il sans elle? Il fallait au moins qu'elle eut  du bon sens pour deux!

Une heure plus tard, ils virent le clocheton de l'oratoire entre les arbres. Les oiseaux pépiaient sur les branches. Tout était calme, plus de trace des sinistres visiteurs et de leurs montures. Ils se risquèrent à l'intérieur du bâtiment. La dalle du tombeau était remise en place.

 

"Au travail, Nicolette, aide-moi."

 

            Avec l'aide de l'épée paternelle, Thibaut réussit à soulever la pierre. Il descendit dans le trou malgré les protestations de sa compagne et ressortit les sacs un par un. Négligeant de refermer tout de suite le caveau, ils hissèrent leur butin par une échelle branlante, menant au petit clocher.  Là, ils ouvrirent  les sacs. Il y avait de tout: des pièces d'or, des bijoux, des étoffes fines, une bourse remplie de pierres précieuses et, tout au fond du troisième sac, Thibaut, stupéfait sortit un bracelet tel que l'avait décrit la Damoiselle Sybille. Les jeunes gens se regardèrent ahuris. Etait-ce le bracelet de vermeil de la reine Guenièvre?

 

 " Sûrement pas" décréta aussitôt Nicolette, péremptoire.

 Il y avait peu de chance en effet. Comment serait-il arrivé là, à supposer qu'il existât réellement!

 "Tant pis! C'est lui ou ce n'est pas lui, mais il lui ressemble si furieusement qu'il fera l'affaire! A moi la Damoiselle du Pontois et son château! Nicolette ma mie, tu m'as porté chance! Tu m'as bien aidé, tu ne le regretteras pas."

 

Si le garçon avait pris la peine de regarder la pauvre figure de la mignonne,  il aurait vu que c'était tout le contraire. Mais il était si heureux qu'il n'y fit pas attention le moins du monde. Il dissimula le butin derrière les poutres enchevêtrées, des ardoises tombées du toit et des pierres descellées,  après avoir rempli leurs escarcelles de ducats d'or et d'écus de Paris.

 

 "Nous allons acheter des chevaux  et nous reviendrons ici chercher le reste" décida-t-il sans lui demander son avis.

Comme il mettait le pied sur le premier barreau,  la porte de la chapelle s'ouvrit à la volée. Les malandrins étaient de retour! Ils titubaient, ils avaient dû boire une bonne partie de la nuit. Ils se précipitèrent vers la tombe et, constatant qu'elle était ouverte et vide de magot, ils s'accusèrent mutuellement d'être venu en tapinois voler les sacs et les cacher pour ne rien partager. Ils finirent par se battre, tandis que, tremblants, les jouvenceaux restaient tapis dans le clocher. La bagarre fut si violente qu'ils réussirent à s'entretuer. Après avoir attendu un moment, croyant le danger écarté, Thibaut descendit du clocher à reculons.

Soudain,  le dernier soudard, couvert du sang de ses complices, se releva et bondit sur lui, l'épée au poing. Il allait l'occire lorsqu' une pierre l'atteignit au visage, lancée avec force par Nicolette. Cette fois son compte était bon.

Blancs de frayeur, les jeunes gens tombèrent dans les bras l'un de l'autre.

"Tu m'as sauvé la vie! Je ne l'oublierai pas" dit le jouvenceau, tout ému, en étreignant la belle.

 

Ils galopèrent sur les chevaux des morts, jusqu'à la ville la plus proche et cherchèrent la demeure du bailli. Il sortait tout juste de chez lui, quand ils parvinrent devant sa demeure. Il fût aussitôt mis au courant de leur mésaventure. Il envoya des soldats chercher les corps des malandrins, pour les ensevelir. On reconnu en les voyant, trois brigands fameux qui avaient de nombreux crimes et méfaits sur la conscience. Le bailli leur permis de garder pour eux le trésor, arguant qu'ils l'avaient bien mérité, ayant débarrassé la région de ce gibier de potence.

 

Thibaut était enchanté, tandis qu'il chevauchait aux cotés de Nicolette, le troisième cheval lourdement chargé, trottant derrière.

" Non seulement, j'ai trouvé le bracelet de Guenièvre mais j'ai de quoi faire reconstruire mon château en ruines et me présenter dignement à la  Damoiselle Sybille pour lui demander sa main," disait-il avec satisfaction.

"Bien sur, ajoutait-il, nous partagerons le butin et tu auras une dot magnifique! Les jouvenceaux de tout le pays feront la queue devant ton logis. Tu n'auras que l'embarras du choix."

Nicolette haussait les épaules. Elle ne répondait  mie. Elle fût d'ailleurs muette tout le long du voyage jusqu'au domaine du comte de Gréole. Mais Thibaut, tout joyeux, semblait ne pas s'en être aperçu.

Le soleil d'automne dorait les hautes murailles du château quand les jeunes gens arrivèrent. Novembre proche avait déjà dépouillé les arbres, et les feuilles mortes dansaient sous les pas des chevaux. Ils s'arrêtèrent avant la montée.

Thibaut semblait plongé dans une profonde réflexion. Puis il se tourna vers Nicolette

" Ma mie, dit-il, crois-tu que, depuis le temps, on se souvienne encore de nous ?"

 Il sortit alors de son escarcelle le bracelet de vermeil et, se retournant, il le passa au poignet de Nicolette, stupéfaite.

 "Qu'avons-nous à faire ici? " dit-il, en éclatant de rire.

Ils firent aussitôt demi-tour et on ne les revit jamais dans la contrée.

 

Plus tard un troubadour errant en donna pourtant quelques nouvelles à la veillée, chantant les amours d'un page et d'une lavandière, et la merveilleuse histoire du bracelet de vermeil de la reine Guenièvre. Mais ni le Seigneur comte, ni personne au château n'imaginèrent qu'il s'agissait de Thibaut et Nicolette. Tout le monde les avait oubliés.

Parfois, pourtant, Sybille du Pontois mêlait dans ses rêves le bracelet de vermeil et la figure du jouvenceau entrevu un jour au détour d'un couloir. Elle se réveillait alors, les joues inondées de larmes, mais elle ignorait pourquoi. 

 

FIN

 

 

19:51 Écrit par Marie-Claire Schùermans dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.