22/12/2009

La Trace

 

La trace

 

                      Un jour, il y a longtemps, Henriette nous a quittés. Je n'étais pas  à la maison. Quand je suis revenue, j'ai hésité à entrer dans sa chambre. Par la porte entr'ouverte, j'ai vu le grand lit de cuivre où elle était restée si longtemps. J'aurais donné le reste de mes jours pour qu'elle y soit encore. Je n'aurais pas dû partir. Peut être n'y avait il que moi qui aurait pu la retenir au bord de sa vie.

     Cependant, les jours, les mois et les années qui suivirent son départ, peut être par crainte de souffrir, comme on hésite à toucher une blessure pour ne pas raviver sa souffrance, tout le monde s'est comporté comme si Henriette n'avait jamais existé. J'ai fait de même, sans doute pour la même raison, à tel point que je me suis mise à douter de son existence.

                      Mais, sournoisement, comme un acide, son absence a creusé un trou au fond de moi. Si tu y mets le doigt, je suis capable de hurler tout bas. Pourtant, je tiens très fort à ce trou, c'est tout ce qu'il me reste d'elle.

    En fait, je n'ai jamais vraiment rencontré Henriette, du moins la femme qu'elle était. Et pourtant, avec le temps qui passe,  il m'arrive de penser à elle comme à un rêve furtif, qui s'envole au réveil et qu'on voudrait retenir.

  Je me demande pourquoi je te parle de cela, tout à coup. Quel souvenir soudain a traversé ma pensée? Eveillé par une odeur, peut être, le son d'une voix, une musique lointaine…Ou bien ce chat qui traverse le jardin endormi sous la neige, son poil noir tout moucheté de blanc.  Il se secoue et soulève ses pattes d'un air dégoûté. Il laisse dans son sillage des petits trous ronds qu'aussitôt les flocons remplissent, comme l'eau de mer dans les traces de pas, sur l'estran.  Il ne restera bientôt  rien de son passage.

  Une angoisse me prend qu'il en soit ainsi d'Henriette. Peut être parce que, s'il ne reste rien d'elle, ne restera-t-il rien de moi…car elle fait partie de moi comme je fais partie d'elle. Mais j'ignore ce qui en moi est elle et ce qui en elle était déjà moi. Peut être suis-je simplement la trace de son passage.

 Ainsi existe Henriette au fond de chacun de ses enfants et ce qui les différencient ne sont que les matériaux divers de sa personnalité. Etait-elle, comme Chantal, secrète et réservée? Ou comme Anne-Marie et moi, spontanée, curieuse et pleine de passion? Ou bien est ce dans mes frères que je vais la retrouver? Qu'y a-t-il en eux qui lui appartenait? Le sérieux de Marcel, la fantaisie de Harry ou la gentillesse de Bob?

   Un chasseur qui traque un cerf peut, sans l'avoir vu, reconnaître à des subtils détails, son poids, sa taille, son âge et sa couleur. Serais-je aussi habile pour faire le portrait d'Henriette, au départ de si peu de chose : les petits trous ronds laissés par le chat qui traverse le jardin, endormi sous la neige?

    Pourtant je me souviens d'elle, un souvenir en forme d'absence, comme de ces photos dont on a découpé un personnage. Le décor est resté et les autres personnages aussi. Au milieu il y a un trou au contour  de quelqu'un. C'est ce quelqu'un que je veux retrouver dans son entier.

   Depuis longtemps, je veux parler d'elle, forcer les portes de ma mémoire, ces portes verrouillées sur son existence. Je veux la sortir de cet étrange pays du non-être, je veux découvrir la femme qu'elle était, la mère que j'ai perdue, en suivant les traces de ses pas tout au long de sa vie.

 Quand j'écoute une mezzo-soprano chanter certains chorals de Jean Sébastien Bach, comme dans l'Oratorio de Noël par exemple, il m'arrive de retrouver sa voix si chaude et je ne peux m'empêcher d'avoir les larmes aux yeux. Autant du bonheur de croire encore l'entendre, que du chagrin de l'avoir perdue. Si je dois retrouver Henriette, ce sera par là qu'il me faudra commencer.

 Je peux  parler du bonheur qu'elle avait à cause de la musique. J'étais assise à ses pieds, sous le piano. Elle ne s'apercevait pas de ma présence. Seul comptait pour elle ce qu'elle jouait. J'écoutais, fascinée, non seulement par la beauté de ce que j'entendais mais par ce bonheur qui la comblait en ces instants et dont je me sentais exclue. J'entrevoyais alors pour elle une existence en dehors de moi. En quelque sorte, c'était comme si je touchais  du doigt son être propre, qui faisait qu'elle était "elle-même", une personne différente de ma mère, quelqu'un qui était "elle", indépendamment des liens qui l'attachaient si fort à moi.

  Ce fut pour moi un grand sujet d'étonnement de découvrir que cela était possible. Je ne vivais que par elle et je croyais qu'elle ne vivait que pour moi. J'ignorais alors que chacun ne vit d'abord que pour soi-même. Certes, ce n'est pas par égoïsme. Mais pour pouvoir devenir quelqu'un d'autre, une épouse, une mère ou jouer n'importe quel rôle dans la suite de sa vie, ne doit on pas tout d'abord être profondément soi même, afin de puiser en soi la force et les qualités nécessaires pour faire face ? Ainsi dût faire Henriette jusqu'à son dernier souffle. Elle fût une épouse que mon père ne pût jamais oublier, qu'il regretta jusque dans son grand âge, l'appelant encore dans ses derniers moments, me confondant avec elle. Six fois elle mit au monde un enfant, j'étais la dernière et la cause involontaire de la lente dégradation de sa santé.

  Femme, épouse, mère, avant cet accomplissement par où passe t on? D'où vient ce chat qui traverse le jardin enneigé? Pour le savoir, faut il suivre ses traces à l'envers, le regarder s'en aller à reculons, comme un film qui se rembobine?

Vais-je, alors, dans ma quête, voir Henriette se lever de son lit, revenir en arrière, revivre à l'envers sa vie et par conséquent, me revoir, moi, devenir de plus en plus petite et rentrer dans son ventre en pleurant? Que fut la vie d'Henriette avant moi? Je n'en connais que des bribes, des "on dit", des anecdotes. Avant d'être la  mère, elle fut l'épouse, la fiancée, la fille, un  tout petit enfant…

 La trace…On dit parfois que l'éducation d'un enfant commence 20 ans avant sa naissance. Cette famille où va naître Henriette, cet environnement  dans lequel  elle va grandir, ce cocon, porte les traces innombrables, invisibles, de ceux qui y sont nés avant elle. Comme si la mer gardait un souvenir confus de tous ceux dont elle a effacé les empreintes sur le sable.

 J'ai trouvé, oubliées dans un tiroir, des photos très anciennes. Pas ce genre de photos figées où une famille  pose en habits du dimanche, devant un décor factice et impersonnel. Mais des instantanés, pleins de vie où les personnages sont eux-mêmes. Ma grand-mère maternelle adorait faire des photographies. Elle a du posséder un des premiers appareils qui permettaient,  sans pose ni complication, d'obtenir des portraits vrais, des paysages et  des scènes de la vie quotidienne. 

  Je connais plus de choses à son  sujet qu'en ce qui concerne sa fille Henriette. Pourtant je n'avais que deux ans quand mourut cette femme, admirable à bien des égards. Ma mère m'en a tant parlé, pas seulement avec des mots: avec des objets, des dessins, avec des larmes parfois. J'avais vraiment le sentiment, malgré mon jeune age, qu'elle avait perdu quelqu'un d'infiniment précieux.

   J'imagine facilement qui fut Elise, ma grand-mère, depuis son enfance même. Ses parents étaient des gens sympathiques et joviaux. C'est ce qui ressort des photos prises par leur fille. Mon arrière grand père était notaire, issus d'une longue lignée de gens de robe. Son père à lui, personnage haut en couleurs, avait donné à son fils des prénoms originaux: Fidèle, Amant, Constant. Mon arrière grand-mère disait de son mari qu'il les méritait amplement. Quel bel éloge!

Ils habitaient à Hoogleede, en Flandres. Imagine un village paisible, entouré de champs que bordent des saules penchés par  le vent, une rivière paressant au soleil au milieu des  prairies et sur la berge, un héron gris qui se promène, solennel; un moulin dont la roue tourne au gré du courant, entraînant l'eau qui jaillit des pales dans une gerbe de lumière; des fermes blanches, des vergers, le clocher de l'église, debout  au milieu des toits rouges, un vol d'hirondelles, l'abois d'un chien et cette  belle maison dans un grand jardin, au bord d'une route tranquille où passent des charrettes tirées par des chevaux lents et lourds, au poitrail tintinnabulant de grelots cuivrés, des gens simples, regardant de loin l'objectif, avec une certaine appréhension. Grâce à Elise, j'ai des photos de cet endroit. J'aurais aimé y vivre.

 Sur une d'elles, on la voit avec sa sœur. Elles sont assises au jardin et peignent sur de la porcelaine. Derrière elles, sous les buissons fleuris, on devine la maison et, entre les branches, la tête de mon arrière grand père qui observe la scène. Il porte une casquette  sur ses cheveux déjà blancs et une moustache se retrousse sous son nez. On voit Elise de face. Accoudée à la table, elle est penchée sur son travail, un pinceau à la main, un fin sourire sur son visage. Des mèches folles s'échappent de sa coiffure. Près d'elle, sur une chaise de jardin, elle a posé son chapeau de paille, enrubanné et fleuri. Elle est absorbée entièrement par son ouvrage, tandis que sa sœur regarde l'objectif, son pinceau en l'air.

                    Ma grand-mère était une artiste. Nous avions à la maison, dans une vitrine, un service à thé entièrement décoré de sa main. Elle avait capturé des insectes de toutes sortes et les avait immortalisés sur les tasses, les assiettes et les pots d'une façon si vivante qu'on aurait cru qu'ils allaient s'envoler, dans un grand bruit d'ailes froissées, si on avait osé y toucher. Henriette avait précieusement exposé ce service  dans une vitrine et nous ne l'employions que dans les grandes circonstances ou lorsqu' elle recevait ses amies, au salon, où j'avais le droit de venir pour les saluer d'une révérence.

  Les parents d'Elise avaient quatre enfants, deux garçons et deux filles. De tous, Fidèle préférait Elise. Il lui passait tous ses caprices, l'admirant follement dans tout ce qu'elle faisait. Un hiver, elle faillit mourir d'une pneumonie, elle avait couru au jardin, pieds nus dans la neige, alors qu'elle était déjà enrhumée. Elle pensait, dit elle, que c'était des plumes, elle les avait vues, depuis sa fenêtre, voler doucement comme un duvet qu'on secoue. Elle fut au lit longtemps, brûlante de fièvre, ses boucles blondes collées au front. Elle délirait et la maisonnée, anéantie, attendait la fin. Fidèle ne quittait son chevet que pour expédier quelque paysan qui vendait son champs ou avait fait un héritage. Sa pieuse épouse, résignée, n'avait plus d'espoir. Par moment, rarement, l'enfant faisait surface et semblait reconnaître son entourage. Fidèle la supplia de guérir. Il lui donnerait tout ce qu'elle voulait, lui promit il, mais qu'elle vive. Les premiers beaux jours parurent à travers le carreau et le soleil en profita pour entrer et chatouiller le nez d'Elise qui dormait, si pale, sur l'oreiller.

                       En même temps que la nature, la petite fille s'est réveillée. Quand elle put se lever, soutenue par son père, elle voulut aller au jardin. Il faisait magnifique. Un ciel tout bleu, sans les nuages torturés à la Jacob van Ruisdael comme on en voit si souvent en Flandres. Et devant le perron, attendait une petite  charrette en osier, tirée par une chèvre blanche. Henriette m'avait si bien décrit la scène que je pensais qu'elle y avait assisté elle-même, dans une confusion de générations que justifiait mon jeune âge.

                     Autre vision d'Elise: une petite fille cachée sous la table pour ne pas aller à l'école. Son joli visage fermé et farouche. Et Fidèle qui la relève en riant et lui raconte mille choses qui la font rire.

                          Outre la peinture et le dessin qui avaient ses préférences, Elise apprit avec bonheur à coudre et à broder. Plus tard, elle essaya en vain d'inculquer des notions de couture à sa fille aînée, Henriette. Ses dons auront sauté une génération, ma sœur et moi cousons avec plaisir, tandis que j'adore peindre et dessiner, ce qu'Henriette n'a jamais su faire.

Non. Henriette était avant tout musicienne. Je peux l'imaginer dans le salon de la maison familiale, essayant d'atteindre les touches du piano, ses boucles blondes et son petit nez  au ras de l'ivoire. Parce que Elise aussi jouait du piano. Cela faisait partie de la bonne éducation qu'on donnait aux filles de la bourgeoisie au 19ème siècle.

   Henriette était l'aînée de six enfants. Je possède une jolie photo où on les voit tous, se donnant la main, avec des poupées entre les filles. Ma mère est au milieu de ses soeurs et les deux garçons sont sur les cotés. Le décor est une véranda aux murs tapissés de glycine. Plus loin on devine le jardin. Il y a des arbres qui se balancent au vent. C'est sûrement leur mère qui a voulu fixer cette scène.  A quoi pense Henriette qui ne regarde pas l'objectif? Elle a un air déjà si sérieux. Quel age peut elle avoir? Dix ans, douze peut être. A-t-elle du abandonner son livre afin  poser pour la photo? Je sais qu'elle aimait lire, depuis toujours. Elle cachait, disait on, son livre sur ses genoux, pendant les repas, pour lire furtivement entre les plats. Où se trouve cette maison dont on ne voit que le coté jardin? Dans quel village ou quelle ville? Je ne l'ai jamais su.

  Sur une autre photo, sans doute un peu plus tard, on la voit dans sa robe de communiante. Déjà elle a ce fin sourire dont je me souviens et ce regard si clair, si droit. Elle était très pieuse, c'était l'époque. On ne discutait pas, on croyait ce qu'on vous disait de croire, avec sincérité. Je ne possède aucune autre photo de son adolescence. On peut suivre sa trace pourtant dans un pensionnat d'Ecloo: celui dit "de la Vierge aux épines". Maman m'y avait emmenée quand j'avais 7 ans, pendant la guerre. J'y ai vu cette petite statue ancienne, si jolie, qui, m'a t elle raconté, fut trouvée par hasard dans un buisson épineux. Pour elle on construisit une chapelle et plus tard ce couvent où Henriette fut élève. Je ne sais pas au juste quelles études elle a faites. Elle n'y resta pas 6 ans parce qu'elle partit une année pensionnaire dans un couvent anglais, dans les Cornouailles. C'était Erasmus avant l'heure.

  C'est dans cet endroit que la guerre la retrouve à 19 ans. Ma grand-mère se réfugie là avec ses filles, ses fils sont au combat. Mais Henriette ne peut rester oisive et inutile pendant que le monde brûle. Elle part à Londres suivre des cours accélérés et se retrouve en Belgique, à La Panne, à l'hôpital de l'Océan, tout près du front, comme infirmière.  Bientôt les blessés affluent. Que fut sa vie là bas? J'ai un livre écrit par une autre infirmière qui vécu cette guerre avec elle.[1] Elle parle de ma mère à plusieurs reprises dans ce livre de mémoire. Que de courage il a fallut à une jeune fille si jeune encore! Aimante et sensible, Henriette a du vivre pendant quatre ans en devant supporter la souffrance des autres, la soulageant avec toute sa compassion et ses compétences. J'ai de nombreux témoignages de ses blessés de guerre, dans un carnet que j'ai retrouvé. Quel portrait ils font de ma mère!  En voici un exemple:

 A mademoiselle H.Van Acker, notre bonne "Sister"

 Connais tu la petite sœur Henriette?

Si bonne, si douce, si charmante enfant,

Elle est de celles qu'on regrette

Quand elles nous quittent un instant!

En y posant la main elle panse nos douleurs

Et quand hélas plus rien ne nous console

Sa voix nous dit des mots où chante la douceur

Et l'on revit à la fraîcheur de sa parole.

 Auprès de ceux que la douleur accable

On la voit qu'elle s'empresse à tout instant

Et le courage répond à son sourire aimable

 Par quoi récompenser un dévouement si grand ?

…On vous admire, belle âme charitable!

…On vous aime tant, petite fée de l'Océan

 Oscar Streugers

13ème régiment de ligne ¼, Blessé à Dixmude le 17/1/1916

  Je regarde, en écrivant, une photo d'époque. Henriette est au milieu de ses soldats blessés. Elle porte un voile et un uniforme strict mais elle a un sourire éclatant. "Petite fée de l'Océan," c'est bien ce qu'elle a du être pour ces soldats qui vécurent l'enfer des tranchées. 

                      Il y avait chez nous dans un coin du salon un portrait pas bien grand, peint sur toile, d'un homme jeune, en uniforme.  Il portait le même nom que mon frère: Marcel. Maman m'a raconté son histoire, qui est aussi la sienne. Ils étaient fiancés en ces temps sauvages et durs. Ils trouvaient l'un dans l'autre la force de tenir. Marcel était médecin. Il fit, un triste jour, une sortie héroïque pour sauver un blessé tombé entre les lignes. La sortie réussit mais au dernier moment, tandis que le blessé basculait dans la tranchée, les autres, en face, ont pris le sauveur pour cible. C'est dans les bras d'Henriette qu'il mourut quelques heures à peine après cet incident. J'essaye d'imaginer la scène, moi qui connais l'amour partagé, depuis tant d'années.  Ce devait être épouvantable. Où a-t-elle trouvé la force pour quitter son amour mort et aller soigner les autres blessés, qui auraient plus de chance ? Ils avaient besoin d'elle. Elle ne pouvait faiblir.

  La guerre finie, je ne sais ce que fit Henriette, où elle vécu et comment. Deux de ses sœurs s'étaient mariées, peut être les deux frères aussi. Restaient avec ma grand-mère, la petite Milou et ma mère. Elle était belle, intelligente, cultivée. Resterait elle avec le souvenir de Marcel et les regrets de ce qui n'avait pu s'accomplir? Ce n'était pas les prétendants qui manquaient mais à chacun, elle refusait avec un sourire, comme pour s'excuser.

  Un jour quelqu'un vint sonner à sa porte. Ce n'était pas un inconnu mais le meilleur ami de Marcel. Henriette écouta ce qu'il avait à dire. Sa mère lui fit, après son départ:

" J'espère que tu ne l'a pas refusé trop cavalièrement. C'est quelqu'un de bien "

"J'ai dit oui", répondit Henriette.

 Ils se marièrent un mois plus tard. Que fut la vie d'Henriette à partir de ce moment là? Fut elle heureuse avec ce grand garçon tendre qui avait si peu de choses en commun avec elle? Il n'appréciait de la musique que le Boléro de Ravel. Allez savoir pourquoi! Il ne me l'a jamais dit. Il aimait lire, elle aussi, mais lisaient ils les mêmes ouvrages? Il était colérique, elle était la douceur même, bourru et maladroit, elle avait les mots pour arranger les choses.

 Ce que je sais c'est que lui, mon père, avait adoré ma mère du temps même où son ami vivait encore, Médecin lui aussi, il avait fait sa connaissance à l'Océan. Il lui écrivait parfois, ils échangeaient des livres. J'ai lu ces lettres anodines mais j'en connais l'auteur! et tout ce qui s'y trouvait d'amour, si bien caché entre les lignes. Ma mère avait-elle deviné aussi? En les relisant peut être. Et c'est sans doute une des raisons de son mariage avec lui.

  Je me demande, je me demande…Pouvait elle aimer une deuxième fois aussi fort que la première? C'est une chose que je ne saurai jamais. Je n'ai pas connu la femme qui vécut cela, seulement ma mère. Je ne me souviens pas de l'ombre d'une dispute entre eux. Je sais que l'amour de mon père pour elle fut total et dura autant que sa vie même, comme sa douleur de l'avoir si tôt perdue. J'ignore ce que pensait vraiment Henriette. On ne parle pas de ces choses avec sa mère quand on est encore une enfant. On n'y songe même pas.

 J'aurais voulu… oh oui j'aurais voulu lui parler de femme à femme, écouter ses confidences, connaître ce qui la faisait tenir debout, lire avec elle les mêmes livres, lui expliquer mon amour pour la musique, lui demander tout et n'importe quoi, des choses aussi anodines que par exemple sa couleur préférée, ce qu'elle aimait manger, ce qu'elle pensait de ceci ou de cela, si elle avait des rêves et lesquels, ce qui lui avait manqué et ce qui la comblait de bonheur. Mais j'ai 75 ans, elle avait l'age de ma fille, à son départ. J'ai vécu tout ce qu'elle n'a pas eu le temps de vivre. Est-ce que c'est en moi que je vais trouver la femme quelle était?

Non, cette femme est morte avec Henriette. Pour moi, elle fut seulement ma mère. J'ai toujours 12 ans dans ma tête quand je pense à elle.

   La neige en gros flocons a chassé le chat du jardin. On ne voit plus l'ombre des traces qu'il avait laissées. Le sol est uniformément blanc. Il brille d'une étrange lumière.

 

8:8:8



[1] [1]" Infirmières de Guerre en service commandé" par Jane de Launoy4 pas sur la neige

17:47 Écrit par Marie-Claire Schùermans dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

18/12/2009

Absence

 

Absence

 

Je suis au bord du monde

Et j'ai peur.

Je suis au bord du monde

Et je crie: "Y a-t-il quelqu'un?"

Au dessus de moi,

Depuis le ciel noir,

Les milliards d'étoiles

Me regardent,

De leurs yeux dorés.

Elles me regardent et rient

De ma stupidité.

 

YYYYYY

Explication d'Absence

L'explication de ce vers est qu'en fait il n'y  a personne qui s'occupe de ce qui se passe sur la terre et que c'est stupide d'espérer une réponse à ma question parce qu'il n'y a personne pour me répondre. D'Où le titre "Absence". Depuis que je suis née il y a eu toujours quelqu'un pour me dire que Dieu existe et qu'il s'occupe de nous. Je me suis rendu compte avec le temps qu'en fait il n'y avait personne et cela me manque, je voudrais encore y croire et ...les étoiles se moquent de moi, bien sur! J'ai eu l'idée de ce poème avec un dessin. On y voyait la terre et un bonhomme debout dessus qui criait dans une bulle, vers le ciel :"Y a quelqu'un? Y a personne?" C'était très parlant et très angoissant quelque part. Mais cela me donne du courage parce que je me dis que je ne dépends que de moi même et c'est seulement à moi que je dois des comptes pour ce que je fais de ma vie. ET ceux qui peuvent m'aider, ce sont les gens qui ont compté pour moi dans ma vie et qui ne sont plus là. Mais leur esprit est toujours en moi et ils y vivront aussi longtemps que je vivrai moi même. Je pense à mes parents bien sur, surtout. Mais aussi à ceux que je mets dans mon île. J'ai inventé une île où je rassemble en esprit tous ceux qui m'ont influencée et dont j'ai appris quelque chose de fort.

 

09:59 Écrit par Marie-Claire Schùermans dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

16/12/2009

Joyeux Noël

Joyeux Noël à ceux qui lisent mon blog.

12 Mon village de Noël x

18:29 Écrit par Marie-Claire Schùermans dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

14/12/2009

Vêtements de papier

Aux Musées Royaux d'Art et d'Histoire, une autre exposition est à voir absolument. Il s'agit de vêtements de papier, portés par des mannequins d'hommes, de femmes et d'enfants, inspirés par les vêtements de la Renaissance Italienne et en particulier des membres de l'illustre famille des Médicis. Cette exposition a été présentée déjà à Florence et a recueilli un immense succès.

Vêtements de papier

16:00 Écrit par Marie-Claire Schùermans dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

La route de la Soie

2 route de la soie
Une des expositions  "Europalia Chine" est particulièrement intéressante, conviviale et instructive. Il s'agit de "La route de la soie" exposée aux Musées Royaux d'art et d'Histoire, au Cinquantenaire, à Bruxelles. Le visiteur parcourt cette route avec les marchands d'autrefois, dans un décor grandeur nature de piste désertique, de villages nomades, de villes à l'architecture étonnante. Tout au long du chemin, des panneaux explicatifs en quatre langues, des cartes, expliquent comment voyageaient non seulement les étoffes de soie mais aussi le savoir faire des peuples dont le territoire était traversé, leurs croyances, leurs habitudes, leurs rites, leurs langues, leur écriture. Les archéologues ont trouvé et inventorié de nombreuses tombes qui contenaient de véritables trésors, bijoux, parrures,  mais aussi des ustensiles, poteries, statuettes, des vêtements, des étoffes.  Ces objets sont exposés dans des vitrines mises en valeur par un éclairage parfait et illustrent les textes ainsi que les commentaires des audioguides.

15:46 Écrit par Marie-Claire Schùermans dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |