11/11/2009

Peter Singer : Questions d'éthique partique.

Peter Singer :

 Questions d'éthique pratique".

 Voici en gros ce que je pense de ce livre. D'abord, il est évident que je suis d'accord avec pas mal de choses, par exemple le respect qu'il faut avoir pour tout ce qui est vivant, le fait qu'il est inadmissible de faire souffrir les animaux, quelle que soit leur taille, et de les utiliser inutilement pour des expériences. Je suis aussi d'accord qu'il faut respecter l'environnement, pas seulement pour nous, mais aussi pour tous les êtres vivants qui ont autant de droits que nous à vivre sur une terre vivable. Je suis, bien sur, contre la chasse qui est devenue un sport cruel et plus une nécessité pour survivre. Je suis aussi contre la pêche où l'on attrape des poissons pour le plaisir, pour les rejeter ensuite. Je déteste voir des oiseaux en cage, je n'aime pas trop voir des animaux dans un cirque ou un zoo. Je suis d'accord sur le  fait que nous sommes, nous aussi, des animaux, d'une espèce un peu plus évoluée au point de vue intelligence et douée de conscience, ce qui ne nous donne nullement le droit de considérer que nous avons tous les droits sur la nature qui nous entoure, en ce y compris les autres êtres vivants.

Pour ma part, je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour mettre en pratique ces idées, en triant, par exemple, les déchets, en évitant la multiplication des sacs en plastic, en ne jetant rien par terre, en respectant les plantes et les animaux. J'achète des poulets et des œufs en provenance d'élevages qui respectent le bien être des volailles. Ici en Belgique, c'est facile de s'y retrouver, il y a un label de qualité de vie pour les volailles sur les paquets. (Mais tout le monde ne peut pas faire ça, les volailles élevées en batterie sont beaucoup moins chères) Je ne mange jamais de foie gras. Je suis contre la déforestation et je me préoccupe autant des bonobos que des baleines et des dauphins. Je suis contre les avortements de convenance et leur emploi à la place de contraceptifs. Je suis contre la guerre, les massacres, la peine de mort, la pollution physique et intellectuelle, le racisme (parce qu'il n'existe sur terre qu'une seule race humaine, ce qui différencie les gens est bien plus que la couleur de leur peau)

 

Mais ! J'ai été très choquée par certaines idées de ce livre, et pour commencer par  sa forme: je déteste la manipulation des gens par le biais des syllogismes, ce dont use et abuse l'auteur. Je préférerais qu'il expose ses idées tout simplement, parce que celui qui n'est pas d'accord ne va pas changer d'avis avec de tels arguments (les syllogismes). C'est une façon que j'estime malhonnête de vouloir convaincre, c'est presque un viol moral. Je refuse de me laisser manipuler. J'ai un cerveau et je veux réfléchir par moi-même sur le bien fondé  des idées de quelqu'un et décider toute seule si j'y adhère ou pas.  

L'auteur emploie des raisonnements fallacieux en excluant d'office ce qui pourrait le gêner.  Il ne tient pas compte de choses fondamentales, comme le fait que chaque espèce est solidaire de ses semblables.

Je trouve inadmissible pour un homme de mettre sur le même pied, par des raisonnements boiteux, un enfant nouveau né ou un handicapé et un animal d'une autre espèce, aussi intelligent soit il, aussi capable de souffrance ou de bien être soit il. Je ne dis pas que les humains sont des animaux supérieurs aux autres animaux, je dis que ce sont des humains et à cause de cela je les préfère aux autres êtres vivants parce que je suis humaine moi aussi. Et entre le bien d'un animal, quel qu'il soit, et celui d'un  humain, je n'hésite pas un instant.

Si on veut suivre ses raisonnements à la lettre, syllogismes y compris, on arrive à des aberrations : il faut protéger les êtres vivants. Les virus et les autres microbes  sont des êtres vivants. Donc on ne peut pas prendre des médicaments pour se soigner, parce que cela les tue.

Ou bien, suivant le même raisonnement, il ne faut pas chasser les rats et les souris de sa maison, ni les poux sur la tête de ses enfants, ni les moustiques qui sont vecteurs de malaria, ni les sauterelles qui mangent tout sur leur passage, ni les mouches tsé-tsé, etc…Et le cuir, les fourrures, la laine? C'est chez les autres animaux qu'on trouve tout cela. Il ne met pas de pull et il n'a pas de souliers, Peter Singer?

Je trouve que les femmes doivent avoir le choix d'avorter quand on remarque un handicap certain et très invalidant sur un fœtus, ou si la grossesse est le résultat d'un viol, ou si la future mère est une jeune adolescente et que l'enfant risque de ne pas être aimé si on oblige l'aboutissement normal de la grossesse. De même si la santé de la future mère est très compromise.

Bien sur, je suis contre ce que faisaient les nazis quand ils supprimaient les handicapés et les malades mentaux. Un embryon de quelques semaines ne peut pas être comparé à un enfant né vivant. Je suis pour le fait que des gens qui ont une tare grave dans leur famille puissent empêcher la naissance d'un enfant porteur de cette tare, en faisant un tri dans les embryons produits in vitro. Si cela peut aider à trouver des remèdes efficaces, je ne suis pas contre les manipulations d'embryons puisque ce ne sont que des cellules vivantes qui ne sentent rien et ne souffrent pas.

Je ne vois pas du tout la raison de devenir végétarien pour ne pas tuer des animaux, si ce sont des animaux élevés normalement, en ayant soucis de leur bien être durant leur vie, et tués sans leur occasionner de souffrances. Les hommes sont des omnivores depuis la nuit des temps. Certaines théories des préhistoriens avancent même que c'est en grande partie la consommation de protéines animales qui a permis au cerveau humain de se développer.  Dans la vie, la loi est manger ou être mangé et cela vaut pour tout ce qui vit. Tout être vivant est un prédateur pour un autre. Chacun se sert des autres pour survivre (et la nature n'est pas exempte de cruauté loin de là!)  C'est vrai pour nous aussi.

C'est faux de dire que les recherches pour les nouveaux médicaments, les vaccins, la lutte contre le cancer, le sida etc.. pourraient être menées à bien sans expérience sur des animaux. Qui préférerait que son enfant meure, sans être soigné, parce qu'on aurait défendu les expériences sur les animaux? Peter Singer est sans doute très sincère et peut être essaye t il de vivre selon ses idées. Mais je ne suis pas d'accord avec l'argument suivant " si on trouve quelque chose a redire c'est que ses arguments nous dérangent et nous forceraient a changer beaucoup de choses dans notre manière de vivre et de penser".

Cela ne me dérange pas du tout qu'il pense comme ça. Chacun est libre de penser comme il veut. Mais je refuse absolument, et c'est surtout ça qui me dérange dans ce livre, que qui que ce soit veuille m'obliger à être de son avis, par des moyens fallacieux. Il est utopique et il est bien certain que ce n'est pas une personne qui change sa manière de vivre qui va changer grand-chose.

Ce ne sont pas, par des arguments de choc, qu'on va pouvoir changer quoi que ce soit. Je trouve au contraire que c'est par le raisonnement scientifique, l'exposé rationnel des faits et de leurs conséquences, l'éducation, pour ôter ces idées absurdes, véhiculées par les religions créationnistes, qui font de l'Homme le roi et le maître de l'univers! Il faut parler aux gens de leur propre intérêt. Si on pollue la terre, si on ne respecte ni les plantes, ni les animaux, nous ne survivrons pas. C'est ça qu'il faut faire et pas du sentimentalisme genre : je ne vais pas manger de poulet, le pauvre a le droit de vivre! Et pas de poisson non plus: ils sont stressés si on les pêche. Pas de lait (c'est pour les veaux); pas d'œufs: ils auraient pu devenir des poussins. Pas de steaks, pas de jambon, pas de pâtés, de boudin etc.

 Les hommes ne sont pas des herbivores! Et on voit en Inde, par exemple, ce que cela donne avec des gens qui sont végétariens. Ils sont indolents au point d'avoir une religion qui les conforte dans l'idée de ne rien faire pour changer sa situation de vie. "S'ils sont malheureux, c'est qu'ils n'ont pas été gentils dans une autre vie, alors il ne faut surtout rien y changer,  pour avoir une meilleure vie à la prochaine renaissance"

 En conclusion, Peter Singer a de bonnes idées, c'est certain. Nous devons prendre conscience de notre vraie place dans la nature, des responsabilités que nous avons parce que nous SAVONS, ce qui n'est pas le cas des autres animaux. Nous devons respecter l'environnement, les autres êtres vivants aussi mais il faut raison garder et ne pas se laisser embobiner par des idéaux utopiques et pas vraiment souhaitables dans leur entièreté.

Rien ni personne ne pourra jamais me forcer à faire quoi que ce soit. Si je trouve des idées bonnes, je ne me sens pas pour autant forcée à quoi que ce soit. C'est après réflexion que je décide de ma façon de vivre et, si je suis convaincue de quelque chose, les arguments qu'on aura pu donner, pour me convaincre, ne  me dérangent pas.

            Les syllogismes de Peter Singer ont l'air juste,  mais ils sont boiteux. On peut prouver tout ce qu'on veut de cette manière, même de dire finalement qu'un cheval bon marché est cher. Je me méfie absolument des gens qui cherchent à convaincre. Normalement, si une théorie est bonne, le seul fait de l'énoncer devrait suffire à emporter l'adhésion des gens. Ce n'est pas à quelqu'un qu'on adhère éventuellement, mais bien à des idées qu'on juge bonnes. Et peu importe celui qui les a émises.

 

Marie-Claire.

 

 

11:33 Écrit par Marie-Claire Schùermans dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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