04/11/2009

réflexions sur les religions

Origines des mythes

                    De tous temps et dans tous les pays du monde, les gens se sont posés des questions au sujet de leur environnement, de la vie en général et de leur présence sur notre planète. La science, inexistante alors, ne pouvait leur être d'aucun secours. Comme il est dans la nature des hommes de ne pas supporter des questions sans réponse, ils imaginèrent différents scénarios pour les débuts du monde qui les entourait et pour justifier leur existence et tout ce qui en découle : la chance, la malchance, le mal, le bien, la maladie, la mort.

                  Ils inventèrent des Esprits mystérieux qu’il fallait contenter pour ne pas subir leur colère, ils leur donnèrent des noms divers, ils étaient les Dieux, qu'ils personnifièrent de différentes façons en leur élevant des statues humaines ou animales ou un mélange des deux. Avec le temps, les récits inventés des débuts du monde et de la vie se structurèrent, ils étaient souvent ingénieux et propres à satisfaire les attentes des hommes. D'ailleurs, par divers moyens, en se servant de la crédulité des gens, en leur faisant peur parfois, des hommes et des femmes plus intelligents et plus réfléchis (parfois plus cupides et désireux de dominer les autres)  ont profité de l'ascendant qu'ils avaient sur leurs contemporains pour accaparer ces divinités et prétendre être leur porte-parole, pour imaginer des rites, des obligations, des tabous et se mêler de la vie quotidienne de leurs semblables, pas toujours pour leur bien, même si parfois cela réglementait la vie de façon constructive (éviter les querelles, engager les gens à s'entraider, réduire les horreurs des guerres…)

                  Les mêmes récits des premiers temps se retrouvaient avec quelques changements dans les religions diverses d'un même ensemble de pays proches. A ces récits se mêlaient aussi des réminiscences d'histoires anciennes, de faits arrivés et enjolivés ou transformés au fil du temps. (La tour de Babel, le Déluge…)  C'est pourquoi on retrouve les récits de la Genèse, avec des variantes, dans à peu près toutes les religions anciennes du Proche et du Moyen Orient. Il est donc parfaitement stupide de prendre les récits de la Genèse au pied de la lettre. D'ailleurs, les avancées de la  science  remettent, si besoin était, ces mythes à leur vraie place, celle de l'imaginaire collectif. A mon avis, c'est une erreur de continuer d'en parler comme s'ils avaient une quelconque vraisemblance. Ce sont de jolies histoires qui font partie de notre patrimoine commun, comme les contes de Grimm, les récits de la mythologie grecque, les Niebelungen ou les Sagas scandinaves.

 

Si cependant, on veut analyser ces histoires de la Genèse, qu'y trouve-t-on?

  • Des récits poétiques, n'oublions pas que les orientaux parlent d'une façon

imagée et adorent les récits édifiants, inventés pour expliquer et développer des idées.

  • Une image des premiers hommes supposés, pas vraiment flatteuse : Adam est crédule et influençable, Eve, crédule et rusée : elle croit ce que dit le serpent (le serpent qui ici personnifie un personnage mauvais, est au contraire vénéré pour ses dons bénéfiques en Egypte) et son mari l'écoute et mange la pomme.
  • Dieu : ce Dieu me paraît mesquin, jaloux, rancunier. Il semble vouloir maintenir ses créatures dans une prison dorée, entièrement sous sa domination et tout à fait infantilisés. Quand ils osent lui désobéir, hop, ils sont jetés dehors comme des malpropres et un anathème épouvantable les condamne, eux et leurs descendants, sans exception!

 

Bien entendu, on peut voir plus loin et, comme on dit, lire ces récits au second degré. On y trouve alors matière à réflexions :

  • L'importance de la parole créatrice

"Dieu dit:"

  • L'omniprésence de ce que nous appelons faute de mieux, le Divin:

"l'Esprit de Dieu régnait sur les eaux"

Pour moi, (comme tout ce que j'écris et n'engage que moi, à charge de plus malin de me prouver que j'ai tort) cette phrase met en lumière cette part de nous qui aspire à plus haut que nous, cette part que j'appelle "Divin" faute de mieux ou de plus précis.

 

Question que je me pose :

"Pourquoi sommes-nous des insatisfaits?"

 Nous sentons qu'il doit exister quelque chose qui nous dépasse et vers quoi nous aspirons. D'où nous vient cette certitude?

 

Cela me rappelle un épisode du livre de Nils Holgerson:

Il y est question d'une île qui a la forme d'un corps de papillon sans aile.

Un berger qui y habite dit ceci:"Existe-t-il quelqu'un qui pourrait m'expliquer pourquoi une telle nostalgie plane ici… je l'ai ressentie tous les jours de ma vie…Je voudrais savoir si quelqu'un d'autre a compris que toute cette nostalgie vient de ce que l'île entière est un papillon qui regrette ses ailes"

Avons-nous quelque part perdu nos ailes?

 

  • J'aime l'idée que nous sommes faits de terre. Nous faisons intégralement partie d'elle et je pense souvent que la Terre est bien réellement notre mère, nous venons d'elle et nous y retournerons.
  • Je n'aime pas l'idée du tentateur. Je trouve que nous n'en avons pas besoin pour agir à notre guise, en bien ou en mal.
  • Le Mal ! Beau sujet de méditation.

 

Question :

"Pourquoi le mal existe-t-il?"

 

                 Des religions ont cherché une réponse à cette question du bien et du mal.

Certaines, avec logique, en ont déduit  qu'il existait deux divinités : le Dieu du Mal et celui du Bien, lesquels se faisaient une guerre perpétuelle, et la vie des hommes étaient liées à leurs victoires et leurs défaites. (le dieu Ahura Mazda, en Iran) (Seth et Osiris en Egypte…)

                 D'autres ont inventé un Dieu (ou des dieux) à deux visages, selon l'idée que le bien et le mal pouvaient exister dans une même divinité (En Egypte ancienne : Sekhmet et Hathor, deux noms pour une seule déesse: celle de la destruction, de la guerre, des épidémies et celle de l'amour, de la naissance, du renouveau). Les chrétiens ont inventé les anges déchus et le fameux démon qui a hanté les cauchemars de bien des enfants autrefois, et qui n'est autre chose qu'un faune, diabolisé par les premiers chrétiens, qui voulaient empêcher les gens de bien s'amuser lors des fêtes de Dionysos.

                 Mais, comme la mort, personnifiée par un squelette avec une faux en Europe, le mal a simplement été personnifié par un diable cornu. (Son aspect est tout simplement emprunté aux personnages mythologiques grecs : les faunes)

On a beau retourner la question dans tous les sens, il n'y a pas de réponse connue à cette énigme : Pourquoi et comment le mal existe-t-il?

 

                A cette question cependant,  la réponse habituelle des gens d'Eglise est que Dieu nous laisse libres.  Je réfute cela.  

 

               Nous ne sommes pas libres, ou tout au moins, pas entièrement. Notre liberté se heurte à la liberté des autres, elle est limitée par cette liberté-là. De plus, ces religions, qui nous prétendent libres, n'arrêtent pas de nous mettre des tabous, des interdictions, des ordres, en un mot de tout faire, jusqu'à vouloir nous contraindre dans notre vie personnelle, dans notre sexualité, notre droit fondamental à la liberté de pensée.  Si être libre c'est faire ce que ces religions préconisent ou ne pas faire ce qu'elles défendent, en se targuant de la soi-disant parole de Dieu, écrite sous sa dictée,  dans des livres comme la Bible ou le Coran, je n'appelle pas cela autrement que contrainte.

"Tu es libre de faire ce que tu veux, mais si tu ne fais pas ce qu'on te dit, tu es damné, éjecté du paradis…" "Moi je suis croyant, les autres sont des païens, des hérétiques, il faut les tuer, les brûler, les forcer à changer d'idées pour adopter les miennes"…

 

La Bible

                  Dans la Bible telle que nous la connaissons, il y a comme on dit, à boire et à manger. Outre les mythes récurrents, on trouve des récits guerriers, la lutte d'un peuple, qui se réfère à une promesse mythique pour légitimer la conquête brutale et sans pitié d'un pays dont les habitants sont chassés, tués, massacrés.

Mais c'était les mœurs du temps. Au Moyen et au Proche Orient, les peuples ont souvent passé tout leur temps à se battre. (On ne peut pas dire que ce soit terminé à notre époque!)

 

(Petite réflexion personnelle à ce sujet: si les Juifs n'étaient pas si persuadés par leur religion qu’Israël est leur bien, donné par leur Dieu Yahvé et que les Musulmans cessaient de penser qu'une terre peut être plus sacrée qu'une autre, ils arriveraient à s'entendre et à partager le pays, ils essaieraient de vivre ensemble. Ne sont-ils pas frères, selon la Bible et le Coran, puisque descendants du mythique Abraham? )

 

                Je viens de lire un livre tout à fait objectif écrit par deux archéologues israéliens : Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman, "La Bible dévoilée"

               Ces auteurs ne sont vraiment pas soupçonnables de vouloir saboter le Livre que leur peuple (et bien d’autres) tient pour écrit sous inspiration divine. Et pourtant, en tant qu’historiens et archéologues, ces auteurs sont persuadés, preuves à l’appui, que la Bible  a été écrite par des auteurs successifs, sans aucun fondement autre que religieux. D’après eux, les patriarches Abraham, Isaac, Jacob, et leur descendance supposée, sont des figures inventées pour l’édification des fidèles. Les Hébreux n’ont jamais été esclaves en Egypte, (il n'y avait pas d'esclave en Egypte), ils n’en sont pas sortis avec la complicité de Moïse, lequel est aussi mythique que les autres personnages bibliques. L’origine des Juifs est Cananéenne, ils n’ont jamais du conquérir un pays dans lequel ils habitaient de tous temps. Les rois mentionnés, eux-mêmes, sont légendaires. On ne trouve mention d’aucun d’eux dans les textes égyptiens ou dans les correspondances échangées entre eux et les peuples divers du Moyen Orient. Même le roi Salomon, réputé pour sa sagesse, n’est rien d’autre qu’un mythe édifiant ! S’il avait existé, tel que décrit dans la bible, il est impossible qu’il n’ait laissé aucune trace historique. Pourtant, c’est bien le cas !

 

                Que reste-t-il alors de ce Livre des Livres, commenté, décortiqué, enjeu de palabres et de discussions savantes ou pieuses depuis des siècles ? Outre toutes ces histoires édifiantes sorties de l’imagination de pieux -ou très roublards-  écrivains, désireux de donner une structure et un vernis d’authenticité à leurs croyances, dans un but parfois louable, parfois de domination, il y a  justement cette part que nous cherchons, la trace que nous espérons trouver de la réalité de ce qui nous dépasse. Mais pour moi, ce n'est certainement pas ce Dieu décrit dans la Bible, jaloux, rancunier, cruel, autoritaire, lequel est en réalité l'exacte réplique des gens qui l'ont inventé. A mon avis, ce n'est pas Dieu qui a fait l'homme à son image mais bien le contraire: ce sont les hommes qui se sont inventé des dieux qui leur ressemblent.

                  Il y a pourtant des textes sublimes dans la Bible, ce sont certains psaumes par exemple ou certains textes de prophètes, ceux qui montrent le désir des hommes d'accéder à ce qui les dépasse et leur désir de l'existence de quelqu'un qui les aime et s'occupent d'eux. Ce qui n'est, à mon sens, malheureusement qu'un mythe.

                  Personnellement, je crois plutôt en l'homme lui-même, parce que, malgré les horreurs qui se sont passées et qui se passent encore ici et là, il y a toujours quelqu'un qui se lève et qui donne sa vie pour que cela change. Et je m'en voudrais de croire qu'il n'agit que poussé par un Dieu quelconque, comme je suis persuadée aussi que nul diable n'intervient pour pousser les hommes à commettre des crimes odieux.

 

De la place de la femme dans la Bible et le Coran

 

                Il est archi faux de penser que l'homme a partout, et de tous temps, dominé la femme. Il y a eu et il existe encore des sociétés matriarcales. Et on a tout lieu de penser qu'aux temps de la préhistoire, la femme, étant seule capable de mettre un enfant au monde, était considérée à la hauteur de ce pouvoir, l'égale, peu s'en faut, de la Déesse Mère qui était censée le lui avoir donné.

               La Bible étant un livre sorti d'une autre civilisation, c'est-à-dire une civilisation patriarcale, j'ai parlé de Dieu au masculin. Mais il ne faudrait pas oublier que la première divinité inventée par l'homme n'est pas un père, mais une mère, en l'occurrence la Terre elle-même (Gaïa en grec) d'où nous sommes sortis et qui nous fait vivre. Ce mythe est récurent dans le monde entier et dans toutes les religions anciennes (Pacha Mama en Amérique latine, Isis en Egypte, Ishtar à Babylone, Cérès à Rome, Marie pour le christianisme…).

 

               Les religions actuelles issues du Moyen Orient dont, pendant des millénaires,  les sociétés étaient patriarcales, ont gardé, de nos jours, cette défiance de la femme et de la sexualité. Le pouvoir de la femme de donner le jour à un enfant a toujours un peu effrayé les hommes, surtout quand ils n'avaient pas encore compris leur rôle dans la procréation. Mais après, ils ont monopolisé la procréation parce qu'ils pensaient que la femme était juste une "bonne terre" qu'ils ensemençaient.

17:39 Écrit par Marie-Claire Schùermans dans Culture | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

Je suis étonné que mon billet précédent ne soit pas affiché.
J'y disais que votre appréciation des mythes est réductrice. Les mythes sont extrêmement quelquefois importants ce sont des contes initiateurs. Nos ancêtres n'étaient pas nécessairement des imbécoles parce qu'ils ont vécu il y a longtemps. Leurs mythes sont une manière d'exprimer leur philosophie, un peu comme de grandes paraboles. d'ailleurs il n'est que de comparer le même mythe, par exemple du déluge, dans des cultures différents pour voir quils veulent nous transmettre des initiations très différentes. Il y a des mythes non signifiants et des mythes extrêmement signifiants. Comme vous le dites plus bas, il est nécessaire de les lire au second degré. Le premier degré n'a pas nécesairement de sens. Il est nécessairede chercher le trésor.

Écrit par : chercheurdor | 02/04/2010

"nous ne pouvons être honnêtes sans reconnaître qu'il nous faut vivre dans le monde - etsi Deus non daretur -, en devanant majeurs, nous sommes maenés à reconnaître de façon plus vraie notre situation devant Dieu. Dieu nous fait savoir qu'il nus faut vivre en tant qu'ommes qui parviennent à vivre sans Dieu.
Le Dieu qui est avec nous est celui qui nous abandonne ! Le Dieu qui nous liasse vivre dans le monde, sans l'hypothèse de travail Dieu, est celui devant qui nous nous tenons constamment. devant Dieu, nous vivons sans Dieu"
Dietrich Bonhöffer

Écrit par : chercheurdor | 10/11/2010

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